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 Parcs, réserves naturelles... - Réserve des gorges de l'Ardèche

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ninnenne
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MessageSujet: Parcs, réserves naturelles... - Réserve des gorges de l'Ardèche   Dim 17 Aoû - 12:01

Oreillard gris
(Plecotus austriacus)

1 - GEOLOGIE 

Trois temps géodynamiques permettent de comprendre l’histoire géologique de la Basse Ardèche Urgonienne : formation (genèse de la roche) ; déformation (dislocation) ; transformation (érosion). C’est un cycle que l’on retrouve à toutes les échelles de temps (géologique ou historique). La géologie permet de comprendre le fonctionnement du milieu naturel, particulièrement dans les gorges de l'Ardèche et sur les plateaux.

Origine : 

Formation : 
Le massif calcaire s’est formé il y a -125 millions d’années (MA) lorsque la mer recouvrait la plus grande partie du Sud-est de la France, seul le cœur du Massif central émergeait alors des flots. Au cours du temps, les différents dépôts de sédiments (coquilles, restes de récifs, sables, limons…) se transformèrent en roche dure (diagenèse) et donnèrent différentes strates suivant leur composition. Un massif sous-marin de 300 mètres d'épaisseur fut ainsi formé, composé des calcaires dit de l’Urgonien (du nom de la localité de référence Orgon en Provence), lui-même peu à peu recouvert de sédiments.

Déformation : 
Quelques millions d’années plus tard (il y a ~110 MA), la mer se retira peu à peu, laissant la place à un régime continental durant lequel une grande partie des derniers sédiments marins déposés furent érodés. L’eau continentale de surface s’est alors écoulée sur la pénéplaine ainsi dégagée, traçant les méandres d'un cours d'eau. Puis, durant le tertiaire (il y a ~60 MA), la croûte terrestre subit des déformations profondes qui conduisirent au soulèvement des Pyrénées et à la formation des Alpes. Le massif calcaire fut alors soulevé et fracturé, parfois sur quelques centimètres, parfois sur des kilomètres. La rivière a certainement eu une partie de son cours détournée par ces fractures. 

Transformation : 
Lors de la dernière phase, le principal facteur d’érosion est l’eau qui a pu pénétrer le massif calcaire le long des fractures. Elle allie à la fois une action chimique par dissolution du calcaire et une action mécanique par frottements et usure de la roche lors du transport de matériaux. Pendant les périodes de glaciations, le gel de l’eau infiltrée a provoqué une fracturation intense, fournissant l’Ardèche en débris rocheux et accentuant l’érosion mécanique. 

Différentes phases de creusement du canyon se sont succédées avec les variations du niveau de la Méditerranée : l’encaissement principal s’est produit il y a environ 6 MA en raison de l’assèchement presque total de la mer, créant ainsi les hautes falaises des gorges. La remontée de la mer dans la vallée du Rhône (~-5 MA) a entraîné une élévation du lit de la rivière. Ensuite, le soulèvement des plateaux a conduit à l’enfoncement de l’Ardèche jusqu’à un niveau proche de l’actuel (~-400 000 ans). En fonction des variations climatiques et du niveau de la mer, les gorges ont alors connu des stades de remblaiement et d’incision, façonnant des entablements calcaires ou terrasses.

Le massif karstique ainsi formé, principalement drainé par l'Ardèche, a des propriétés particulières qui façonnent le paysage de la Basse Ardèche Urgonienne.

Habitats naturels

Quatre grands types de milieux se retrouvent dans les gorges de l'Ardèche et sur les plateaux :

Pelouses, garrigue et forêt 

Le massif calcaire, fissuré et plein de failles, ne retient pas du tout l'eau en surface. La végétation s'est donc adaptée pour supporter des températures élevées en été et un apport d'eau très réduit tout au long de l'année. Seules les espèces dites xérothermophiles peuvent se développer.

Dans ces conditions de sécheresse, les formations végétales aptes à pousser sur des sols très pauvres et très drainés sont les pelouses sèches. Cette flore fixe alors la couche très fine de sol, nécessaire au développement des autres plantes méditerranéennes. Ainsi, la garrigue basse, en mosaïque avec les pelouses, regroupe une flore très variée (lavande, thym, aphyllante de Montpellier…). La garrigue haute, quant à elle, trahit un début d'embroussaillement et de fermeture du milieu (recouvrement du sol) souvent par le buis. Si le sol est assez épais, elle peut même évoluer en forêt : la forêt méditerranéenne typique est essentiellement composée de chênes verts, arbres qui résistent à la sécheresse et restent toujours en feuilles. Dans les combes plus fraîches, le chêne blanc (pubescent) peut se développer. 

La faune présente est très discrète, trouvant le calme nécessaire à ses occupations (reproduction, alimentation) dans la forêt ou sous les fourrés. Les zones dégagées sont les territoires de chasse de nombreux rapaces, qu'ils préfèrent les petits mammifères, les oiseaux ou les reptiles.

Rivière, sources et berges 

La rivière méditerranéenne est caractérisée par une alternance de périodes d'étiage (niveau le plus bas) sévère, voire d'assec, et de périodes de hautes eaux (crues) : le niveau de l'Ardèche dans les gorges peut monter de 15 à 20 mètres ! 

Lors des crues, la rivière transporte des galets, du sable et des sédiments fins qui usent la roche des berges : la rive en creux (concave) est érodée plus rapidement que la rive en plein (convexe) où des matériaux se déposent, les galets en banc et le sable en plage plus ou moins épaisse (dune). Les méandres se resserrent jusqu'au recoupement : c'est le cas du Pont d'Arc. 

La majeure partie de l'eau de l'Ardèche provient d'affluents en amont du Pont d'Arc. L'eau infiltrée des plateaux ressort au niveau des résurgences (sources), très visibles tout le long des gorges. Certaines sources sont pétrifiantes et forment du tuf, amalgame de calcaire et de mousses se développant dans ce milieu très humide.

La faune et la flore se sont adaptées à ce milieu aquatique changeant. Les végétaux supportent inondations, courant fort et sécheresse lors de l'étiage, que ce soit la végétation des bancs de galets ou la ripisylve. Cette forêt des berges, véritable frontière entre le milieu terrestre et aquatique, est essentiellement composée d'arbres et d'arbustes comme les saules, les peupliers. 

Les animaux ont chacun leur habitat de prédilection, galets des rapides (radiers) pour ceux qui ont besoin de beaucoup d'oxygène, profondeurs (jusqu'à 7 ou 8 mètres) des plats (mouilles) pour ceux qui aiment le calme, végétation des berges ou dunes de sable pour d'autres : tous ont besoin de la rivière pour vivre.

Falaises et pentes rocheuses 

Les falaises sont des milieux particuliers où la contrainte de la verticalité et d'un sol quasi inexistant demande des adaptations pour s'accrocher et résister à la sécheresse.

Les grandes hauteurs de falaises du canyon des gorges de l'Ardèche ont été sculptées par la rivière lors de l’assèchement presque total de la Mer Méditerranée, puis les fortes précipitations d'un climat tropical, favorisant les gros débits, ont accentué le creusement. Les baumes et les éboulis, quant à eux, proviennent de l'érosion par l'action du gel. Il fait éclater la roche, provoquant des fracturations qui s'agrandiront peu à peu, creusant les baumes, et des effondrements de matériau qui formeront les éboulis.

Les espèces capables de vivre ainsi sur la roche sont très spécialisées : elles ne se retrouvent pas ou peu dans d'autres milieux. La rare végétation des falaises se fixe dans les fentes et utilise le peu de sol disponible : on y trouve la biscutelle à feuilles de chicorée, l'alysse à gros fruits ou le genévrier de Phénicie. Il faut beaucoup de temps à ces espèces pour se développer, elles sont souvent de petites tailles, comme des bonsaïs! 

Les animaux les plus adaptés sont, les oiseaux, pour ceux capables de fabriquer leur nid à flanc de falaises. La faune terrestre se concentre essentiellement sur les vires rocheuses, replats dans la falaise présentant un peu plus de végétation, souvent inaccessibles à l'homme et à la plupart des prédateurs.

Grottes et cavités 

Le massif calcaire, fissuré et faillé, est infiltré par les eaux de pluie qui érodent la roche le long des fissures et les élargissent. Ainsi se forment les grottes, espace vivant, complexe et très fragile.

Le monde souterrain est un milieu fermé à conditions climatiques constantes : hygrométrie élevée, température constante d'environ 12 ou 13°C, obscurité… Les grottes se caractérisent aussi par leur relation avec l'extérieur : certaines ont des échanges réguliers, soit par des courants d'air, soit par des courants d'eau (crues de rivière souterraine, mise en charge). D'autres sont plus ou moins fermées et présentent des conditions intérieures particulières.

Les réseaux formés par l'infiltration des eaux de pluies peuvent être inactifs, si la rivière souterraine est descendue, ou actif, si la circulation aquatique se poursuit. Les concrétions se forment, millimètres par millimètres, par dépôt du calcaire présent dans l'eau qui suinte à travers les microfissures.
La faune cavernicole s'est adaptée aux conditions particulières des grottes et ne pourrait pas vivre en-dehors, tandis que d'autres espèces y trouvent un refuge unique où règne le calme et la tranquillité.

La flore

Pelouses, garrigue et forêt 

Parmi les graminées, principales plantes des pelouses sèches, quelques espèces particulières, adaptées à la sécheresse, peuvent être remarquées : des germandrées, à la floraison discrète , l'aphyllante de Montpellier, des orchidées, comme l'ophrys bécasse et l'ophrys jaune, ou des plantes grasses (Sedum) aux feuilles stockant l'eau si rare. 

La garrigue, sur les plateaux et dans la réserve, est souvent une formation végétale passagère, traduisant l'embroussaillement d'une pelouse sèche avant la recolonisation par la forêt. Lorsque la lavande, le genêt scorpion, le thym et le ciste cotonneux sont présents, on parle de garrigue basse. Si le sol est régulièrement dégradé (pluie, pâturage, incendies), la végétation n'évolue pas. Sinon, le buis, l'alaterne, le térébinthe et surtout le genévrier oxycèdre, ou cade, se développent, fixant encore mieux le sol et l'enrichissant : la forêt peut s'installer.

L'arbre principal de la forêt méditerranéenne est le chêne vert, toujours en feuilles, longtemps exploité pour le charbon de bois. Il est remplacé par le chêne blanc (pubescent) dans les vallons plus frais, souvent accompagné de l'érable de Montpellier, au feuillage roux flamboyant en automne. Le buis, la filaire et l'alaterne complètent la strate arbustive, tandis que des lianes s'accrochent aux arbres pour trouver de la lumière : la très piquante salsepareille, le lierre et le tamier. Asperges sauvages, fragon petit houx et garance voyageuse se développent à l'ombre des chênes verts. Sur le plateau, la pivoine officinale anime les lisières de forêt et les bords de chemins par la beauté de sa fleur : rare, menacée de cueillette, elle est protégée par la loi française sur tout le territoire.

Rivière, sources et berges 

La flore de bord de rivière doit supporter inondations, courant fort et sécheresse lors de l'étiage. 
L'orme champêtre et le frêne se situent plus haut sur la berge que les peupliers, noirs et blancs, puis les saules, blancs, pourpres, drapés, régulièrement submergés lors des crues. Ils peuvent d'ailleurs rester sous l'eau plusieurs jours le temps que la crue passe, ce qui leur donne un "air penché" et pas "très net" !

La flore herbacée, souvent la seule présente sur les bancs de galets, risque toujours de se faire emporter lors d'une crue : elle a recours soit à des racines très profondes et puissantes pour la retenir, soit à une stratégie de reproduction en un temps très court. Ce sont des plantes pionnières, les premières à s'installer sur un milieu hostile. S'y trouvent le pavot cornu, le mélilot blanc, la scrofulaire des chiens… Dans les zones où l'eau stagne, le lythrum salicaire et quelques mousses stabilisent un peu le substrat.

Dans le cours de la rivière, au fil de l'eau, des renoncules aquatiques côtoient cératophylles et myriophylles, plantes strictement inféodées à la présence d'eau.
Des dunes de sable visibles ça et là abritent des espèces peu communes pour la région: la sécheresse qui y règne en fait des milieux très hostiles, favorables à une petite fleur bleue, Alkana tinctoria.

Falaises et pentes rocheuses 

Sur les replats des vires, l'œil observateur remarque des iris nains, la biscutelle à feuilles de chicorée, des euphorbes et, si la vire est assez large, quelques buis et cades, parfois même des chênes verts ou… des oliviers, preuve d'une présence humaine sur les plus accessibles.

En pleine falaise, quelques mousses et fougères poussent dans les fentes, l'alysse à gros fruit leur disputant le peu d'eau et de sol accumulés. Des lichens s'accrochent aussi et teintent la paroi rocheuse, comme le font les traînées bleues noires des colonies de cyanobactéries.

Le seul arbre à croître sur / dans la falaise est le genévrier de Phénicie, conifère capable de vivre de… presque rien ! Les racines profondément ancrées dans la roche, il survit en ne grossissant que de 2 ou 3 mm par an si les conditions sont rudes. Certains spécimens ont été datés à plus de 1500 ans.

Grottes et cavités 

Aucune végétation ne peut se développer sans lumière, les grottes en sont donc dépourvues. Quelques plantes caractéristiques des milieux frais sont visibles à l'entrée, mousses, fougères et végétation propre au milieu où se trouve l'entrée de la grotte.

La faune 

La Basse Ardèche se trouve à la limite nord des paysages typiquement méditerranéens. Plusieurs espèces animales se trouvent donc en limite de leur aire de répartition, certaines sont vulnérables et rares à l'échelle nationale, voire européenne. La faune, comme la flore, a besoin de certaines conditions de vie et est caractéristique aux quatre grands milieux.

Pelouses, garrigue et forêt 

Les invertébrés

Les pelouses sèches abritent beaucoup d'espèces d'invertébrés, à commencer par des herbivores comme les criquets, des nectarivores comme les abeilles et de nombreuses espèces de papillons, dont l'emblématique moro-sphinx qui ressemble à un oiseau-mouche, ou des détritivores comme les mille-pattes diplopodes. Viennent ensuite les carnivores qui se nourrissent des premiers, dont les mantes religieuses, les sauterelles, les araignées, les mille-pattes chilopodes (dont la scutigère, si commune dans les maisons) et quelques rares scorpions.

Les fourrés plus ou moins denses de la garrigue sont favorables à de nombreux insectes : sauterelles, papillons (flambé, citron de Provence, gazé…), coléoptères, fourmis et autres araignées sont des maillons essentiels de la chaîne alimentaire.

Dans la chênaie verte se cachent beaucoup d'arthropodes du sol et d'insectes saproxylophages, dépendant des vieux arbres et bois morts : la larve du grand capricorne se développe dans les vieux troncs de chênes et d'autres minuscules insectes sous les écorces et les feuilles (collemboles, cloportes…). Espèces emblématiques de la zone méditerranéenne, les cigales (16 espèces en France) pondent leurs œufs dans les branches sèches à la fin de l'été et les larves rejoignent le sol à l'automne, après l'éclosion, où elles restent plusieurs années. 

Les vertébrés

Les milieux ouverts que constituent les pelouses sèches servent de terrain de chasse pour de nombreuses espèces de vertébrés. Elles repartent ensuite très vite s'abriter dans les rochers, terriers ou fourrés qu'elles affectionnent. Des lapins de Garenne, peu abondants, peuplent encore quelques sites.
La garrigue est donc très propice aux cachettes, sa proximité avec les milieux ouverts en fait un habitat de choix pour les reptiles : des lézards de murailles, très communs, et lézards verts aux couleurs "flashantes" au très rare lézard ocellé. Des couleuvres (à échelon, d'esculape, de Montpellier) se réchauffent au soleil, faisant toutes concurrence à la vipère aspic, plutôt rare sur le site. Tous s’enfuient au moindre bruit. Dans quelques fourrés plus humides se trouve l'orvet, lézard sans pattes tout à fait inoffensif.

Beaucoup d'oiseaux des milieux ouverts apprécient la garrigue imbriquée de végétation plus basse, ils y trouvent des perchoirs d'où ils peuvent surveiller leur territoire de chasse : les fauvettes méditerranéennes (fauvette pitchou, fauvette mélanocéphale, fauvette passerinette), le pie-grièche écorcheur, qui empale ses proies (gros insectes comme libellules, mantes religieuses, et oisillons, mulots…) sur les épines des buissons, la pie-grièche à tête rousse, plus rare… Quant aux guêpiers d'Europe, oiseaux migrateurs aux couleurs vives, ils nichent dans des talus sableux et chassent en vol, principalement des hyménoptères (guêpes, bourdons…) et quelques libellules. Le circaète Jean-le-Blanc cercle volontiers au-dessus de ces mosaïques de végétation plus ou moins dense à la recherche de ses proies préférées : serpents et lézards.

Adaptée pour grimper aux troncs et aux branches, la couleuvre d'Esculape est le seul reptile à vraiment se plaire dans la chênaie verte.

Les oiseaux y sont souvent très craintifs : de nombreux pics verts, des pics épeiches, le très bruyant geai des chênes, des pouillots, des mésanges et quelques rapaces comme le circaète Jean-le-Blanc nichant à la cime d'un grand arbre, l'épervier, bien présent, ou la chouette hulotte dans les cavités des troncs. Sans oublier des oiseaux plus communs, présents en nombre, ils profitent du retour de la chênaie verte, de sa fraîcheur et de sa tranquillité : la fauvette à tête noire, le pinson des arbres, le tout petit troglodyte mignon, la grive musicienne, le pigeon ramier…
La présence des mammifères est souvent trahie par leurs traces, des plus gros, le sanglier puis le blaireau, aux plus petits, les musaraignes, en passant par les mulots et autres micromammifères et leur prédateur, le renard, mais aussi les chauves-souris, l'écureuil, la genette… 

Rivière, sources et berges 

Les invertébrés

De nombreux insectes et autres invertébrés (araignées…) vivent parmi les plantes herbacées des bancs de galets : certains s'en nourrissent, d'autres s'y reposent. Ils sont les proies de nombreux oiseaux, grenouilles et poissons et participent à la chaîne alimentaire.
Dans les gorges, la microfaune invertébrée benthique (qui vit sur le fond) est très diversifiée et tous les groupes taxonomiques sont présents dans la rivière. Près de 150 espèces peuvent ainsi être recensées parmi les olichètes ("vers"), les planaires ("vers plats"), les crustacées (gammares), les mollusques (moules et escargots d'eau douce) et les larves d'insectes, qu'elles soient de plécoptère, d'odonates (libellules), de diptères (mouches, moustiques…), de trichoptères (dans un fourreau) ou d'éphéméroptères, etc. Grâce à ses caractéristiques, l’Ardèche accueille des espèces de torrents dans les zones rapides et des espèces de rivière calme dans les zones lentes.

Les vertébrés

Dans le parcours des gorges, l'Ardèche appartient à la zone à barbeau, ce qui veut dire que les poissons caractéristiques des conditions écologiques des gorges (eaux vives) dominent : goujon, spirlin, chevaine, barbeau fluviatile, blageon… Mais les zones plus profondes et calmes favorisent aussi d'autres espèces comme la carpe, la perche, le sandre, le gardon, l'ablette et la brême. Certains poissons sont liés aux conditions particulières de l'Ardèche dans les gorges et à ses affluents les plus méridionaux, tronçons où la température atteint facilement 25-28°C en été : le blageon, le barbeau méridional. Les migrateurs reviennent peu à peu : l'alose feinte du Rhône, l'anguille.

Les amphibiens se manifestent souvent bruyamment : la grenouilles verte est la plus visible au bord de l'eau, mais des rainettes méridionales, des crapauds communs et des crapauds calamites s'entendent aussi en des lieux moins humides. Plus discrets, quelques tritons palmés et salamandres tachetées se montrent lors de leur migration vers l'eau au moment de leur reproduction.

Les reptiles, essentiellement des lézards, sont présents autour de la rivière, se chauffant sur la roche, mais un serpent est complètement inféodé à l'eau : la couleuvre vipérine, capable de rester de longues minutes sous l'eau pour chasser les poissons. Sa ressemblance avec la vipère en fait une victime des nageurs apeurés alors qu'elle est tout à fait inoffensive pour l'homme, comme toutes les couleuvres.

Les oiseaux inféodés au milieu aquatique sont peu nombreux et accompagnés par d'autres plus communs, présents dans la chênaie verte mitoyenne. Le martin-pêcheur se perche dans la ripisylve pour chasser à l'affût, tandis qu'il niche dans des trous creusés dans les berges abruptes. Le loriot au chant fort s'entend aussi dans les arbres où ils nichent. Le cincle plongeur marche au fond de l'eau pour chercher les larves d'insectes et autres invertébrés qui composent son menu. Les bergeronnettes, grises et des ruisseaux, restent quant à elles sur les galets pour débusquer les insectes, tout en hochant la queue. Le grand cormoran hiverne dans les gorges et quelques hérons cendrés s'y sont installés. 

Le castor, mammifère rongeur, a toujours vécu dans les gorges de l'Ardèche, s'accommodant du courant violent et des falaises en installant sa famille dans les anfractuosités des rives rocheuses, il est donc devenu troglodyte. Il se délecte des branches et même des troncs des arbres de la ripisylve (saules, peupliers, frêne), et "s’attaque" parfois au chêne vert et au buis ! La loutre fréquente les Gorges depuis peu : elle marque son territoire par ses épreintes (crottes), observées régulièrement depuis 2004.

Falaises et pentes rocheuses 

Rares sont les espèces qui survivent dans ce milieu difficile : quelques invertébrés méconnus et des lézards aventureux. Sur les vires de grandes dimensions où la végétation s'impose, la présence de la genette et de la fouine est repérable par les crottoirs.

Les espèces reines de ce milieu, inaccessible à l'homme et à la plupart des prédateurs, sont les oiseaux, souvent farouches, où ils trouvent la quiétude nécessaire à leur reproduction.
Les choucas des tours, bien visibles et bruyants, se déplacent en groupe, comme les martinets à ventre blanc qui rasent les falaises en criant, surtout en fin de journée. Plus discrètes, les hirondelles de rochers chassent les insectes en vol toute la journée, parfois en compagnie d'hirondelles de fenêtres. Le tichodrome échelette hiverne dans les gorges tandis que le vautour percnoptère, charognard et migrateur, revient d'Afrique à partir de mars pour se reproduire. Visible toute l’année, l’aigle de bonelli, espèce emblématique, plane au-dessus des falaises et des plateaux, parfois houspillé par les choucas et les quelques grands corbeaux encore présents. Moins menacé, le faucon pèlerin est revenu nicher dans la réserve. La nuit, le hibou grand-duc chasse et chante.

Grottes et cavités 

La faune cavernicole s'est adaptée aux conditions particulières des grottes et ne pourrait pas vivre en-dehors. S'y trouvent essentiellement des invertébrés, certains ayant perdu leur couleur ou/et la vue, inutiles dans un monde sans lumière. Une exception parmi les vertébrés, le protée, amphibien devenu blanc, a gardé ses branchies larvaires et vit exclusivement dans l'eau souterraine.

D'autres espèces trouvent dans les grottes un abri provisoire et n'habitent que celles dont l'accès est relativement facile : elles y hivernent souvent (crapaud, serpents, criquets…).

Les chauves-souris, ou chiroptères, sont les hôtes les plus connus du monde souterrain. 21 espèces ont été dénombrées dans les gorges, toutes strictement protégées par la loi française. Le relief escarpé des gorges, avec d'innombrables grottes, et la proximité de l'eau grâce à la rivière semblent être les conditions idéales pour ces animaux nocturnes, pourtant très vulnérables au dérangement.

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