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 Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)

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ninnenne
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MessageSujet: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 12:50

Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg

 
Rauschenberg "Charlene" 1954



"Je désire intégrer à ma toile n’importe quel objet de la vie" Robert Rauschenberg




Après avoir étudié l'art aux Etats-Unis et à Paris, Robert Rauschenberg (né en 1925) expose pour la première fois ses tableaux en 1951.Il s'agit alors de monochromes, les White Paintings. En 1952 il entreprend d’effacer à la gomme un dessin de Willem de Kooning (c'est le scandaleux Erased De Kooning drawing), figure emblématique de l'expressionnisme abstrait qui dominait l’art américain de cette époque. Il rencontre John Cage et Merce Cunningham au mythique Black Mountain College en Caroline du Nord, et fait la connaissance de Jasper Johns à New York. Il se lie d'amitié avec le peintre Cy Twombly avec qui il voyagera en Europe et en 'Afrique du Nord et avec qui il exposera en 1953 à New York, à son retour aux États-Unis.

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Robert Rauschenberg

A partir de 1954, Rauschenberg, marqué par les assemblages de Kurt Schwitters, réalise des oeuvres dans lesquelles les objets font leur apparition.C'est la naissance des "Combines paintings",mêlant sculpture, peinture, collages, une forme de composition nouvelle, qui préfigure le pop art. Son idée est de créer un lien entre l'art et la vie. "Je les appelle "combines", c'est à dire œuvres combinées, combinaisons. Je veux ainsi éviter les catégories. Si j'avais appelé peintures ce que je fais, on m'aurait dit que c'étaient des sculptures, et si j'avais appelé cela des sculptures, on m'aurait dit qu'il s'agissait de bas reliefs ou de peintures." R. Rauschenberg. On peut noter que, en 1955, ce que les Américains appellent «combine», c’est la moissonneuse-batteuse...



Robert Rauschenberg en 1958 et en 1961 



Rauschenberg ""Minutiae" 1954 - Merce Cunningham danse "Minutiae" en 1954

Ni peinture ni sculpture les Combines de Rauschenberg, véritables rébus visuels, envahissent l’espace."Dans l’œuvre de Rauschenberg, l’image ne repose pas sur la transformation d’un objet, mais bien plutôt sur son transfert. Tiré de l’espace du monde, un objet est imbriqué dans la surface d’une peinture. Loin de perdre sa densité matérielle dans cette opération, il affirme au contraire et de manière insistante que les images elles-mêmes sont une sorte de matériau" (Rosalind Krauss)

L'aventures des "Combines", commence avec "Charlene" et "Minutiae" (1954).Minutiae est œuvre en trois dimensions rassemble les éléments chers à Rauschenberg : textiles, bois et miroirs. C'est un décor pour "Minutiae", une chorégraphie de Merce Cunningham, créée le 8 décembre 1954 à la Brooklyn Academy of Music, sur une musique de John Cage, on verra les danseurs traverser l'oeuvre et se déplacer à l’intérieur.

A partir de ce moment la surface des tableaux de Rauschenbergcombinent les matériaux les plus divers, des objets tels des cravates, des petites cuillères ou des coupures de journaux ainsi que coqs, poules et autres chèvres, empaillées. 

"A.. P. :Pourquoi intégrez–vous dans vos oeuvres des bouteilles, des ficelles, des chaises, des objets divers ?
R.. R.. :je n'ai aucun but. Les peintres emploient des couleurs qui, elles aussi, sont fabriquées. je désire intégrer à ma toile n'importe quels objets de la vie. [ ... ]L'erreur c'est d'isoler la peinture, c'est de la classifier. J'ai employé des matériaux autres que la peinture, afin qu'on puisse voir les choses d'une manière neuve, fraîche."(Entretien avec André Parinaud -1961)



Rauschenberg "Monogram" 1955



Robert Rauschenberg - Canyon 1959 - Black Market 1961

Le plus célèbre des "Combines" de Rauschenberg est sans aucun doute "Monogram" (1955-1959): Association improbable d’une chèvre angora au museau peint, (debout sur une toile horizontale) ceinte d’un pneu d’automobile, et de différents collages (d’une balle de tennis à différents papiers imprimés). Renvoi à l'enfance de Rauschenberg prés d'une usine de pneu et au souvenir de sa chèvre "Bily" tuée un jour par son père. Ce même père qui quelques années plus tard, a propos des oeuvres de son fils s'étonnera que l'on parvienne à "vendre des merdes pareilles". Monogram, refusé par le MoMA de New-York a été acquis en 1965 par le Moderna Museet de Stockholm.

Dans la même année 1955 il commence une autre "Combine" Odalisk, et il réalise le célèbre Bed : Rauschenberg a badigeonné de peinture les draps et le couvre-lit en patchwork qui constituent la matière même de l'œuvre, perçue comme un objet et une surface horizontale, que l’artiste présente à la verticale accrochée au mur. Pour la petite histoire ce légendaire Bed qui faisait partie de l'exposition organisée par Leo Castelli à New York en 1958 (qui fit scandale) sera acheté par Leo Castelli lui même.



Robert Rauschenberg, Odalisk, 1955/58



Robert Rauschenberg. Bed. 1955


Avec Black Market exécuté pour l’exposition L’Art en mouvementorganisée par le Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1961 Rauschenberg propose une œuvre interactive. À l'origine, la valise posée ouverte recélait divers objets, elle était reliée à la toile par une corde ou étaient fixés 4 bloc-notes, un par objet qu'elle contenait. Les spectateurs étaient invités à prendre un objet et à déposer dans la valise l'un de ses objets personnels. Chaque objet déposé dans la valise devait être décrit sur le bloc-notes correspondant.

Les Performances de Rauschenberg



"Pelican" 1963 Rober Rauschenberg Carolyn Brown et Alex Hay 



"Elgin Tie" 1964 Rober Rauschenberg 

En 1961 Rauschenberg réalise sa série des "Time Paintings" :trois tableaux réalisés pendant une performance qui eut lieu au théâtre de l’ambassade des Etats-Unis à Paris. A la toile installée dos au public afin que celui ci ne puisse en voir l’élaboration était attaché un micro qui permettait d'"écouter" le peintre en action. Un réveil collé sur la toile déterminait par sa sonnerie la fin de l’œuvre, et alors, Rauschenberg emportait son tableau sans le montrer aux spectateurs.
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Au début des années 1960 Rauschenberg collaboreavec le Judson Dance Theater, un collectif composé de ces danseurs et plasticiens tels Trisha Brown, Robert Morris, Steve Paxton, Yvonne Rainer, et Carolee Schneemann. Entre 1963 et 1967, Rauschenberg chorégraphie et interprète pas moins de onze performances, parmi lesquelles Pelican (1963), Elgin Tie (1964) Urban Cycle (1967), Spring Training (1965), Map Room II (1965) ou Linoleum (1966).

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Robert Rauschenberg - "Pilgrim" 1960 - "First Landing Jump" 1961

Rauschenberg remporte le prix de la Biennale de Venise de 1964,signant la fin de la suprématie de l’École de Paris, au détriment de celle de New York. A Paris, "Combat" parle d'"un affront fait à la dignité de la création artistique", "l'Osservatore romano" lui dénonce "la défaite totale et générale de la culture". 

Par la suite, Rauschenberg, tout en poursuivant ses réalisations composites, s'essaie à la techniques des Silkscren,utilisant le transfert d'images sur soie à l'aide d'essence. En 1966, il fonde les "Experiments in Art and Technology" (avec l’ingénieur Billy Klüver). Ce groupe a pour but de faciliter un échange entre les artistes et les ingénieurs.Dans sa série Carboard (1971 - 72), il s'est borné à l'utilisation de boîtes de carton, ce qui élimine pratiquement toutes les images, la réduction de la palette à un quasi monochrome, commentaire sur le matérialisme et jetabilité de la vie moderne. Dans les années 80 il passera au métal comme support: aluminium la série Urban Boubon, cuivre de la série Borealis 



Rauschenberg - "Cardboard"
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[size=24]Années 50 - l'Ericofon -


 
L'Ericofon (contraction d"’Ericsson compagnie téléphone") est le premier téléphone à porter un nom au lieu d'un numéro. Dès le début des années 40, Hugo Blomberg et Ralph Lysell de la société Laars Magnus Ericsson déposent un brevet de téléphone monobloc. Le projet un temps mis en sommeil sera repris par Gösta Thames. 

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C'est l'invention du plastique ABS qui a permit sa réalisation. La mise au point de l'appareil a exigée de concevoir de nouveaux composants transformateurs, cadran, condensateurs existants sont trop lourds et volumineux C'est le premier téléphone monobloc, le premier en plastique et le premier disponible en plusieurs couleurs. C'est un panel de 25 femmes qui déterminera les couleurs de l'appareil. six couleurs et dégradés seront retenus , dont le rouge, le bleu clair, le bleu-gris, l’ivoire, le vert et le gris clair.




Il est présenté en 1953 et il sera commercialisé à partir de 1956. Au départ, l’Ericofon est utilisé dans les hôpitaux pour son côté pratique, il suffit de prendre en main le combiné pour que la tonalité apparaisse. Mais les particuliers plébiscitent immédiatement l'appareil... pas son nom cependant, ils le rebaptisent Cobra. Et il deviendra une icône du téléphone "moderne". Bien que ce premier modèle ne soit pas homologué en France cela ne l'empêchera pas d'arriver dans les entreprises et chez les particuliers.



Le modèle évoluera peu, en 1958 arrivera un modéle avec un angle de courbure plus important. En1976 Ericson sortira le modele 700 au design plus anguleux, qui sera un échec. La carriére de l'Ericofon, alias "Cobra" a duré 20 ans. Il a désormais acquis le statut d'objet d'art et est exposé au Muséee d'art moderne de New-York.

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Années 50 - Christian Dior -


 
 
La première collection de Dior, le 12 février 1947, baptisée " new look" par Carmel Snow, rédactrice en chef de Harper’s Bazaar, teintée d’historicisme, avec ses épaules rondes, sa taille de guêpe et ses jupes longues, est en nette rupture avec la mode de guerre.Dans une France exsangue d’après-guerre, un jeune créateur impose sa vision de la femme et de l’élégance au monde entier. Christian Dior est un homme simple. Il n’avait pas prévu de devenir couturier et était extrèmement mal à l’aise vis à vis de son double mondain, faiseur de rêve de la haute société et patron d’une grande maison avec plus de 900 personnes dépendant de ses créations. La presse, propulse cet homme réservé sur le devant de la scène et contribue à rehausser la place des grands couturiers dans le champ de la mode et de la culture et à redonner à la mode française la place prédominante qu’elle avait avant le conflit.

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Christian Dior 1947 (à gauche le tailleur "Bar")


Né en 1905 en Normandie dans une famille d’industriels , Christian Diorgrandit dans une ambiance très Belle-Époque.Lors d’une kermesse en Normandie en 19119, une chiromancienne lui prédit un bel avenir auprès des femmes: "C'est par elles que vous réussirez. Vous en tirerez de gros profits..." Ce que l'intéressé commente avec humour dans son autobiographie (Christian Dior et moi) : "L'équivoque est aujourd'hui dissipée, mais je crois bien qu'à l'époque elle était aussi obscure pour mes parents que pour moi, car ils se trouvaient certainement aussi mal renseignés sur les bénéfices de la traite des Blanches que sur ceux de la haute couture."
 



Au lendemain de la Première Guerre mondiale, à Paris il se lie d’amitié avec les artistes des Années Folles : Gaxotte, Bérard, Sauguet, le poète Max Jacob et Jean Cocteau. Sa mère veut qu'il suive une carrière diplomatique, et Christian Diors'inscrit à l’Ecole des Sciences Politiques, qu’il quitte en 1926 sans le moindre diplôme. Il ouvre alors une galerie d'art dans laquelle il expose des toiles de Picasso, Matisse ou encore Dali. Mais Sa mère meurt brusquement en 1931 et son père est ruiné par la crise ; et Christian Dior découvre en même temps le dénuement et la liberté. Soutenu par quelques amis artistes, il crée, comme lors de son enfance, des costumes pour le cinéma et le théâtre. Il fait également le siège des grandes maisons de l'époque, et parvient à vendre certains de ses croquis à Nina Ricci, Balenciaga ou encore Claude Saint-Cyr.

En 1938, il est engagé par Robert Piguet en tant que modéliste et signe d’entrée trois collections. Le tailleur en pied-de-poule noir et blanc est son premier best-seller. On commence à parler de lui lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Il passe alors un an sous les drapeaux, puis, démobilisé, il entre chez Lucien Lelong. En 1945 il fait la connaissance de Marcel Boussac, le roi du coton, qui croit immédiatement en son talent. Boussac investit 60 millions de francs et lui accorde tout : une maison à son nom; l'hôtel du 30, avenue Montaigne dont il rêvait avant même qu'il ne se libérât, une équipe de familiers, des boiseries blanches, des tentures grises, une minuscule boutique tapissée de toile de Jouy, des montagnes de fleurs et des kilomètres de tissu.



1) Brigitte Bardot en Dior 1950 - 2) Irène Dunne (actrice américaine) chez Dior en 1951

En février 1947, Christian Dior enflamme littérale- ment la mode d’après- guerre avec son premier défilé, fruit d'un intense travail de collaboration avec son équipe, dont Pierre Cardin en est le premier tailleur. C’est la naissance d’une nouvelle femme, d’une conception radicalement avant-gardiste : taille cintrée, poitrine haute et ronde, épaules étroites, jambes découvertes jusqu’à 30 cm au-dessus du sol. Pour le tailleur intitulé «bar» du «New Look», la jupe descendait à 30 cm du sol et utilisait 40 mètres de tissu ! En ces périodes de restriction de l’après guerre, ce fut un véritable scandale mais aussi un tournant radical et un vent frais pour la mode après les années d’austérité de la guerre. Pour la petite histoire, en fait il s’agissait d’un stock de tissu de toile de parachute fabriqué par la société Boussac pendant la guerre, les parachutes étaient alors en soie. Jamais une mode n’a déclenché un pareil mouvement d’opinion.



Aux actualités cinématographiques, on voit des scènes de femmes qui se battent en plein Paris et s’arrachent leurs vêtements. Ce sont des ménagères de la rue Lepic qui entrent en furie quand elles voient les premières robes new look , s’en prennent à celles qui les portent, empoignent leurs corsages et les déchirent en morceaux.

La carrière de christian Dior fut de courte durée: 10 ans de 1947 à 1957. Soit 22 collections en tout. A chaque saison il lançait une nouvelle ligne: H, A,Y, 8, verticale, oblique, profilée...Il n’hésite pas à se démoder lui-même pour surprendre, notamment avec sa ligne "haricot vert"où il efface les volutes des collections précédentes. Dans les années 1950, il libère la taille des femmes avec Ligne H. Il lance, en même temps que sa maison de couture et sa première collection, une société de parfum.



Christian Dior - 1950

Il pose les fondations d'un véritable empire en institutionnalisant la licence et le dépôt de marque en louant son nom pour griffer des articles fabriqués en gros par des industriels qui lui reversent des royalties. Il ouvre des bureaux de relations publiques à travers le monde, organise des défilés à l'échelle planétaire, il est le couturier des stars. En 1957, sa maison assure plus de la moitié des exportations de la couture française, et Time Magazine le consacre à sa Une. En onze ans, son activité s'étend dans quinze pays et assure l’emploi de plus de deux mille personnes.

En octobre 1957, il est foudroyé en Italie, où il y séjournait quelques jours pour se remettre en forme. D’aucuns diront qu’il a été rappelé par Dieu pour rhabiller les anges. C'est Yves Saint Laurent qui prendra sa succession pour la collection de 1958.


Carolle ou NewLook ?

La première collection de Christian Dior, en février 1947, s'intitulera la Ligne Carolle. L’expression "New Look » est l’œuvre de Carmel Snow, rédactrice en chef du Harper's Bazaar, qui en voyant les nouveaux modèles de Dior s’exclama : « Dear Christian, your dresses have such a new look ! »

"On sortait de la guerre et de ses horreurs; on était toujours dans les privations. Les femmes portaient elles aussi une sorte d'uniforme: une jupe courte, un chemisier, une veste à épaules carrées. En plus, elles taillaient leurs vêtements dans les vieux costumes de leurs maris. Imaginez le retour à une poitrine et des hanches naturelles, de petites épaules et une taille de guêpe. Et des jupes dont l'enver- gure demandait parfois 40 mètres de tissu... Tout le monde voulait être habillé comme ça. Les femmes qui n'avaient pas beaucoup de moyens cousaient un grand volant écossais à leur jupe courte, pour lui donner la bonne longueur et un peu d'ampleur." André Levasseur, modéliste de Dior.



Ligne H -1954



Ligne Y -1955



Automne hiver -1955-56
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Années 50 - Action painting -


Jackson Pollock et Lee Krasner - 1949

Action painting, les peintres dans l'arène

"Ce qui doit passer sur la toile n’est pas une image, mais un fait, une action" Harold Rosenberg


Le terme  Action Painting, littéralement   "peinture d’action" ou "peinture gestuelle",est proposé en 1952 par Harold Rosenberg dans un article de la revue "Art News" afin de caractériser le travail d'une des deux grandes tendances de l'école de New-York jusqu'alors regroupées sous le terme ambigu d'Expressionnisme abstrait. Harold Rosenberg définit ainsi  l'Action Painting :  "A un certain moment, les peintres américains [...] commencèrent à considérer la toile comme une arène dans laquelle agir, plutôt que comme un espace dans lequel reproduire, recréer, analyser ou “exprimer” un objet réel ou imaginaire. Ce qui devait passer sur la toile n’était pas une image, mais un fait, une action.  Ce n'est plus avec une image dans l'esprit que le peintre approchait de son chevalet ; il y venait, tenant en main le matériau qui allait servir à modifier cet autre matériau placé devant lui. L'image sera le résultat de cette rencontre..."

Dans cette "peinture d'action", c'est l'acte physique de peindre qui est privilégié,seule importe la révélation contenue dans l'acte.  Le geste pictural, devient expression en soi, cette évolution annonçant les happenings où la performance se fera spectacle. À ce courant se rattachent en particulier les  Jackson Pollock, Willem de Kooning, Franz Kline.

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Jackson Pollock "Stenographic" 1942


Jackson Pollock  "The Key"  1946


Jackson Pollock, Jack "The Ripper"

Pollock est né dans le Wyoming en 1912, il s'installe à New-york en 1930  où il connaît une misère extrême durant les années de crise, dès 1936, il souffre des conséquences de son alcoolisme  Il s'intéresse à la peinture murale des artistes mexicains Orozco et Siqueros, puis en fréquentant le cercle de Peggy Gugenheim  au surréalisme. Il a l'occasion de voir les œuvres d'André Masson, inventeur du dessin automatique, exposées au Museum of Modern Art, qui lui ouvrent la voie d'une peinture "gestuelle".  Il a vécu fort modestement durant la majeure partie de sa vie dans sa ferme de Long Island, aux côtés de sa femme Lee Krasner, peintre elle aussi. Sa mort prématurée en 1956, dans un accident automobile, n'a fait que  renforcer sa stature mythique, il est le protagoniste majeur de l’une des avant-gardes les plus fécondes de l'art du xxe siècle.

Il est exposé pour la première fois par Peggy Guggenheim en 1943 dans sa galerie "Art of this Century", sans grand succès , si ce n'est auprès du critique Clement Greenberg (Greenberg soutiendra Pollock tout au long de sa brève carrière) qui voit dans l'oeuvre de Pollock et plus particulièrement dans deux toiles "Guardians of the Secret" et "Male and Female" un talent volcanique, explosif et trouble.

A la suite de Hans Hofmann, Jackson Pollock utilise dès 1947 le "dripping" et le "pouring":  la couleur est égouttée ("dripping") ou déversée ("pouring") de manière aléatoire sur une toile, généralement de très grand format, posée à même le sol,  la peinture, dans l’instant où elle se trouve entre la main de l’artiste et le support pictural, échappe à toute influence volontaire;  " j’aborde la peinture comme on aborde le dessin ; c’est-à-dire directement. Je ne travaille pas à partir de dessins, je n’utilise pas d’esquisses en couleur ni de dessins en vue d’une peinture définitive. Je pense qu’aujourd’hui…plus la peinture est immédiate et directe ..plus nombreuses sont les possibilités d’affirmer sa pratique ." disait-il.  Ses drippings, exposés à partir de 1947 à la galerie new-yorkaise de Betty Parsons  le rendent célèbres (Life titrait en 1949 «Pollock est-il le plus grand peintre vivant?»)  . Clement Greenberg, théoricien fervent d'une abstraction postcubiste à l'américaine sut très tôt voir la part considérable d'élaboration esthétique dans les toiles de Pollock "the dripper" là ou d'autres ne voyait qu'agitation d'un excité, déguisé en cow-boy et souvent ivre, en proie à des états d'âme. "C'est seulement quand je perds contact avec le tableau que le résultat est un gâchis. Autrement, il y a harmonie totale, échange facile, et le tableau est réussi" disait Pollock.


Jackson Pollock  "Lavender Mist Number 1" 1950


Jackson Pollock  "convergence " 1952

Pour Jackson Pollock, il s’agit de distribuer sur  l'ensemble du tableaul’énergie pure de la matière picturale. L’attention n’étant plus captée par l’émergence d’un détail ou d’un point précis de la surface, ses peintures sont  all-over  "c’est-à-dire couvertes d’un bord à l’autre [...] et suggèrent ainsi la possibilité de répéter le tableau au delà de son cadre à l’infini".

La période des drippings (1947-1951)  verra naitre entre autres "Full Fathom Five" (1947),  ou sont intégrés divers éléments : clous, semences, boutons, clefs, monnaie..; noyés, perdue dans un enchevêtrement de lignes et recouverts de peinture…  ou "Sea Change" (1947), "Alchemy" (1947) et  "Autumn Rythm : Number 30" (1950). 

Fin 1952, Pollock expose pour la première fois à Paris et voit une rétrospective de son oeuvre organisée par Clement Greenberg. Son travail prend une nouvelle direction, il réintroduit des figures humaines. Son chef d'oeuvre de cette période est sans doute "Portrait and dream" ou à coté d'un visage dans un enchevêtrement de lignes on devine des corps enlacés, paradigme du déchirement de Pollock entre figuration et abstraction.

En novembre 2006, une toile peinte en 1948par Jackson Pollock s’est échangée dans une vente privée, sans enchères et de gré à gré, 140 millions de dollars, devenant ainsi la toile la plus chère du monde. 


Jackson Pollock  "Ocean Greyness " 1953


Elaine et Willem de Kooning 1953


Willem de Kooning

Willem de Kooning est né en 1904 aux Pays Bas,il suit les cours de l’Académie des beaux-arts de Rotterdam. En 1926 il s'embarque  pour les États-Unis et s'installe à New York. Il se lie avec  les premiers abstraits américains et en 1935 et décide de se consacre à la peinture. Atteint depuis 1989 d'Alzheimer, il meurt en 1997.

En 1936 il travaille sous la direction de Fernand Légerà une peintre murale pour le port d'embarquement des "French Lines" à New-York. Il partage jusqu'en 1947 un atelier avec Arshile Gorky. Ses premières œuvres sont des représentations, à la limite de l’abstraction, de silhouettes masculines, inspirées du surréalisme et de Picasso.


Sa première exposition personnelle a lieu à New-york en 1948.L' action painting de Willem de Kooning est faite de coups de brosse ou de couteau très visibles, gestuels et vigoureux, dont "Asheville" en 1948 et "Excavation"  en 1950 sont particulièrement représentatifs.

En 1950 il reprend une série intitulée Women, commencée à la fin des années 40,"Les premières des Women sont assises convenablement, comme dans les portraits réalisés par Ingres au XIXe siècle. Progressivement, les figures deviennent plus tourmentées.. En robe d’été ou en maillot de bain, debout ou assises, les Women de cette époque sont captivantes, obsédantes... De Kooning peignait femme après femme, pour finir par atteindre une impasse infranchissable, un blocage. Il mettait alors son tableau hors de sa vue. Une visite de l’historien Meyer Schapiro sauva probablement cette œuvre, et permit en tout cas de conclure qu’elle devait rester dans l’état où elle était. De Kooning passa alors aux Walkyries qui constituent la série des Women numérotées de II à VI. "Sally Yard. Philippe Sollers raconte que De Kooning "supprimait souvent ses tableaux, et ceux qu’il gardait étaient désignés par lui d’un dédaigneux : non à détruire". 


Willem de Kooning "Painting" 1948


Willem de Kooning "Excavation" 1950

Il expose cette série, exécutée de façon agressive,sur le mode de l’action painting,  à la matière picturale épaisse, chair aux roses et rouges dominants (« la chair est la raison pour laquelle on a inventé la peinture ») en 1953. Et en 1954 il exposera sa toile peut être la plus "célèbre Marilyn Monroe".

De Kooning a toujours refusé de choisir entre abstraction et figuration,pratiquant l'une et l'autre approche de même qu'il refusa toute affiliation "Personnellement, disait-il , je n'ai besoin d'aucun mouvement. [...] De tous les mouvements, c'est le cubisme que je préfère. Il y avait cette atmosphère merveilleuse, fragile, de réflexion [...]. Le cubisme est devenu un mouvement, il ne s'est pas posé comme tel. Il y a une force en lui, mais ce n'était pas un  mouvement forcé."

À la fin des années cinquante, il réalise des œuvres plus abstraites.En 1962 De Kooning obtient la nationalité américaine. En 1968 une grande rétrospective de son œuvre a lieu  au  Stedelijk Museum de Rotterdam et dans les plus grands musées américains. En 1969 il se tourne vers la sculpture et réalise des bronzes.


Willem de Kooning -  "Woman I" 1950 - "Marilyn Monroe" 1953



Franz Kline 

Franz Kline

Franz Kline est né en 1910  dans ville minière de Pennsylvanie,il fait des études artistiques à Philadelphie, Boston et Londres avant de s'installer à New York. A Londres il rencontre sa future femme, une danseuse du Sadler's Wells Ballet Company , Elizabeth Vincent Parsons . Entre 1938 et 1957 Kline déménagera 14 fois pour cause de loyer impayé. En 1946 sa femme atteinte de schizophrénie est internée pour 6 mois et en 1948 elle le sera de nouveau, cette fois jusqu'en 1960. En 1952 il enseigne  au Black Mountain College(Caroline du Nord), puis au Pratt Institute à Brooklyn, et enfin à la Philadelphia Museum School of Art. Kline meurt à New York en 1962.

Dans les années quarante, sa peinture est figurative.En 1943 il rencontre Willem de Kooning.  On date de 1948 son passage à Action Painting, année ou  De Kooning  fait découvrir à Kline les possibilités du travail à l'aide d'un épiscope et le pousse à étudier des images agrandies  de certains de ses dessins. "Un dessin de 4 par 5 pouces d'un rocking chair…surgit dans une gigantesque touche noire qui éradique toute image, la touche étendue comme une entité en elle-même, sans relation à une autre entité que celle de sa propre existence" Franz Kline


Franz Kline  1941


Franz Kline sans titre 1948

Il expose seul pour la première fois en 1950 une série de onze grands format sen noir et blanc à la Egan Gallery.Même si ces œuvres semblent jaillir d'un geste purement spontané, l' émail noir inscrit les trajectoires du geste sur la surface.,de nombreuses esquisses les précèdent sur du papier journal ou des feuilles d'annuaire. 

Pour lui la peinture en noir en blanc n'est pas un choix intellectuelmais un processus qui s'est développé logiquement à partir de dessins au pinceau. De lui Clement Greenberg  dira que ses œuvres ont "la tension évidente qui s'identifie avec la peinture moderniste depuis Cézanne. Kline aussi a "démonté" son art ". 

Robert Rauschenberg lui, déclarera :"J'aimais l'expressionnisme abstrait, mais j'ai été très attentif à ne rien en apprendre. J'ai toujours pensé qu'il y avait assez de place pour tout le monde. Je n'avais pas à envier Willem De Kooning. Le seul que j'ai quand même un peu envié, c'est Franz Kline . On apprend toujours de ses pairs, mais il faut l'utiliser comme un avantage, non le subir comme un poids."


Il réintroduit la couleur dans son travail en 1955.Parmi ses derniers tableaux, figurent Dahlia (1959) ou Meryon (1960-1961).


Franz Kline Pinting two 1954
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Années 50 - Saul Bass -


 
"Mon but au travers du générique est de préparer le spectateur à l’émotion du film, à lui ouvrir l'appétit, à le plonger dans l'ambiance de l'histoire" Saul Bass

Saul Bass : l'homme qui révolutionna le générique de film


 

[size=16]Saul Bass (1920-1996) est non seulement un des grands noms du graphisme du milieu du 20ème siècle, mais aussi  le maître incontesté d'une nouvelle conception de l'animation graphique.  Il a créé plus de 50 génériques pour des réalisateurs comme Otto  Preminger, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, John Frankenheimer ou Martin Scorsese[/size]



[size=16]Saul Bass nait dans le Bronx à new-York, il est le fils d'un émigré, artisan fourreur.Il étudie à la Art Students League de New-York  puis au Brooklyn College ou il reçoit l'enseignement de Gyorgy Kepes un designer hongrois, qui avait travaillé à Berlin dans les années 30 avant de fuir le nazisme. Il fait découvrir à Bass le Bauhaus et le constructivisme russe et l'initie à l'esthétique moderniste.[/size]


[size=16]Il débute à la Warner Bros comme graphiste, il y restera jusqu'en 1946.Il s'installe alors  à Los Angeles, où il travaille pour diverses agences de publicité, il conçoit en 1949 les placards publicitaires du film "Champion" de Mark Robson avec Kirk Douglas.
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A partir des années 50 il travaille en indépendant et ouvre son propre studio "Saul Bass and associates",et va développer son style personnel, une conception que Scorcese définira comme la création "d'une image emblématique, immédiatement reconnaissable et immédiatement lié au film".
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[size=16]Saul Bass - Saul Bass et Alfred Hitchcock sur le tournage de "Psychose"[/size]



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[size=16]En 1954 Preminger, séduit par son travail pour l'affiche de son  film "Carmen Jones" lui demandera de créer aussi le générique. Ce travail le fit connaitre et lui permit de travailler en 1955 sur les affiches de deux films  "The Big Knife"  de Robert Aldrich et "The 7 year itch" de Billy Wilder[/size]



[size=16]Mais c'est le film suivant de Preminger "L'homme au bras d'or"(The Man with the golden arm) en 1955 qui fera de lui le maitre incontesté du générique. Le film raconte d'un musicien de jazz (joué par Frank Sinatra) contre l'héroïne. Saul Bass se servira de l'image d'un bras en papier noir découpé comme symbole de l'addiction à la drogue tant dans l'animation du  générique que  pour l'affiche.[/size]



[size=16]"Mon but au travers du générique est de préparer le spectateur à l’émotion du film,à lui ouvrir l'appétit, à le plonger dans l'ambiance de l'histoire, en abordant déjà, et de manière métaphorique, tous les thèmes présents dans le film. C’est une sorte de conditionnement, une expérience qui fait que lorsque le film commence, le public a déjà ressenti une résonance émotionnelle". Saul Bass disait vouloir dans ses génériques imaginer ce qui a pu se passer  avant les premières images filmées par le réalisateur.[/size]



[size=13][size=16]Traditionnellement les projectionnistes américains n'ouvraient les rideaux dévoilant l'écran qu'après le générique,aussi Preminger fit mettre sur toutes les bobines une note intimant ""Projectionists – pull curtain before titles" (ouvrez le rideau avant le générique), tant il estimait que le générique de Bass était une partie intégrale de son film, avis que partageait totalement Martin Scorcese "Ses génériques ne sont pas de simples étiquettes sans imagination - comme c'est le cas dans de nombreux films -, ils font partie intégrante du film en tant que tel. Quand son travail apparaît à l'écran, le film lui-même commence vraiment" Martin Scorcese. La collaboration Preminger-Bass se poursuivra sur dix autres films dont, avec notamment, en 1957  "Saint Joan", ainsi qu'en 1958  "Bonjour Tristesse"  et en 1959 ""Autopsie d'un meurtre" (Anatomy of a murder) puis en 1960  "Exodus", en 1963  "The Cardinal" et enfin en 1979 "The Human Factor"[/size][/size]


Outre la conception de génériques de plusieurs dizaines de films [Spartacus (1960), West side Story (1961), The Victors (1963), It's a Mad, Mad, Mad, Mad World (1963) Goodfellas (1990), Doc Hollywood (1991), Cape Fear (1991) and The Age of Innocence (1993) and Casino (1995)] il aura l'occasion de collaborer par ses story boards à la réalisation de séquences de film comme la scène de la douche dans le film Psychose (Psycho - 1960) de Hitchcock ou les combats de Spartacus dans le film de Kubrick.



[size=16]Il va par ailleurs réaliser en propre plusieurs courts métrages d'animation dans les années 60.En 1964, il réalise "The Searching Eye" coproduit avec Sy Wexler et en 1968 "Why Man Creates". n 1974 il réalisera son seul long métrage en tant que réalisateur, un film de science fiction, "Phase IV".[/size]



[size=16]Il a mené parallèlement réalisé de multiples logospour de grandes firmes américaines la  Bell Telephone logo (1969), AT&T globe (1983), Continental Airlines (1968), Dixie (1969) ou United Way (1972).[/size]



[size=16]Saul Bass a marqué de son empreintele générique de film ainsi que l'art de l'affiche cinématographique.[/size]

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[size=13][size=16]Anatomy (1959)[/size][/size]



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[size=13][size=16]North by Northwest (1959)[/size][/size]



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[size=13][size=16]Cardinal (1959)[/size][/size]



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[size=13][size=16]Advise and consent (1962)[/size][/size]



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[size=13][size=16]story board de Bass pour "Psychose" -[/size][/size]



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[size=13][size=16]Phase IV[/size][/size]



[size=13][size=16]Saul Bass réalise Phase IV en 1974, sur un scénario de Mayo Simon. Deux scientifiques cherchent à savoir pourquoi une variété de fourmis noires élimine un à un tous ses ennemis.  elles n’ont plus de prédateurs, mantes religieuses, araignées.. disparaissent mystérieusement.  Les fourmis semblent avoir subi une mutation qui les rend capables d'actions intelligentes. Les deux scientifiques Installés dans une station expérimentale finissent par s'apercevoir qu'ils font l'objet d'un siège en bonne et due forme de la part dela colonie de fourmis....   Celles ci vont entreprendre  de saboter le système de climatisation afin de parayser les ordinateurs des deux observateurs.[/size][/size]



[size=13][size=16]Saul Bass parvient à installer un climat de menace éprouvant, pour rendre compte de la lutte qui s"engage entre les hommes et la colonie de fourmis ou tous les individus sont au service du groupe social. Un rythme lent et des effets visuels innovants en font une œuvre atypique mais prenante.[/size][/size]



[size=13][size=16]Une grande réussite et un classique de la science-fictionqui n'a pas trouver son public à sa sortie, sans doute victime du mauvais travail du distributeur qui l'a a ffublé d'un mauvaise affiche évocatrice d'un film d'horreur. Un comble pour le film d'un affichiste idôlatré.[/size][/size]

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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 12:55

Années 50 - Le roi de la boxe et la reine de la chanson -

 
Le roi de la boxe et la reine de la chanson




[size=16]«Si un jour, la vie t'arrache à moi,
Si tu meurs, que tu sois loin de moi,
Peu m'importe, si tu m'aimes,
Car moi je mourrai aussi...»
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[size=16]Hymne à l'amour
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[size=16]17 mars 1948 Edith Piaf et Marcel Cerdan débarquent à Orly[/size]



[size=13][size=16]Ils se rencontrent le 7 juillet 1946, Cerdan assiste au spectacle d'Edith au club des cinq après son match contre l'américain Williams, mais leur véritable histoire commencera plus tard. La première tournée américaine de Piaf démarre en 1947. Les premiers concerts au Playhouse, cabaret new-yorkais, n'attirent guère les Américains qui ne comprennent pas grand chose au personnage de Piaf. Cependant, sur le point de rentrer en Europe, Piaf décide de rester après avoir lu une excellente critique dans un des plus grands quotidiens de New York. Elle retrouve alors un engagement au Versailles, l'une des boîtes les plus huppées de New York ou elle remporte un triomphe.[/size][/size]



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[size=13][size=16]Première rencontre Piaf Cerdan au théâtre Club des Cinq en 1946[/size][/size]

 
[size=16]Ce passage à New York est marqué pour la chanteuse par deux rencontres essentielles. Tout d'abord, elle devient très amie avec Marlène Dietrich avec qui elle restera en contact jusqu'à sa mort.[/size]



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[size=16]Edith Piaf et Marlène Dietrich à New York[/size]



[size=16]Mais surtout, elle tombe follement amoureuse du boxeur Marcel Cerdan. C'est aprè l'avoir revue, en 1948, au Versailles que le boxeur l'invite à dîner et qu'ils deviennent amants. La chanteuse le rejoint discrètement dans son camp d'entraînement de boxe, à Lock Sheldrake. Surprise par des admirateurs américains au parc d'attractions de Coney Island, on lui demandera de chanter en pleine rue sa célèbre chanson, La Vie en Rose. Édith Piaf et Marcel Cerdan sont tous deux au sommet de leurs gloires respectives.Édith avouera : «Il est si pur dans son coeur que, quand il me regarde, je me sens lavée de tout.»; ce qui ne l'empêche pas d'etre follement jalouse : elle cherche chicane à Cerdan parce qu’il a déjeuné avec l’actrice Mae West, laquelle avait alors plus de soixante ans ! Cerdan était profondément croyant, et Piaf professait une foi catholique superstitieuse, allant même jusqu’à coudre dans la culotte de combat de son amant de petites médailles protectrices de sainte Thérèse de Lisieux ![/size]



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[size=16]Accueil triomphal à Orly pour Cerdan en septembre 1948 après sa victoire contre Zale[/size]



[size=16]Octobre 1949 : après un match-exhibition à Troyes, sur un coup de fil d’Edith Piaf, Cerdan change son départ pour New-York en bateau pour l’avion, afin de la rejoindre plus vite. Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Constellation s'écrase contre le pico de Vara (paroisse Nordestinho) sur l'île de Sao Miguel aux Açores, avec 48 passagers dont la célèbre violoniste Ginette Neveu. Ce sera le premier accident enregistré par Air France sur la ligne Paris – New-York, après plus de 2 000 traversées. Il n'y aura aucun survivant. Marcel avait 33 ans. L’avion-cargo «Liberator», qui ramène le corps des Açores, se pose sur l’aéroport de Casablanca. On installe Marcel dans une chapelle ardente au Stade Lyautey. Durant deux jours et deux nuits, toute la ville défile devant le catafalque.[/size]



[size=13][size=16]Le soir même, contre l'avis de tous, «plus petite, plus perdue que d'habitude», terrassée par la douleur, Édith Piaf exerce son métier : chanter. Cette histoire d’amour hors du commun inspira à Piaf sa plus belle chanson, Hymne à l’amour, prémonitoire. Elle l’avait écrite en juin 1949 pour Yvette Giraud qui devait l’enregistrer. Et puis, à la mort de Cerdan, elle demandera à son consœur de retarder la sortie de son disque afin de l’enregistrer elle-même, ce qu’elle fit le 2 mai 1950. Hymne à l’amour est l’un des titres les plus bouleversants de Piaf, nourri de sa vraie chair, et deviendra un de ses plus grands succès. Après la mort de Marcel Cerdan, Edith et Marinette, la femme de Marcel Cerdan, devinrent amies, même si la dernière idylle qu’avait vécue son mari resta toujours pour cette dernière un sujet particulièrement douloureux.[/size][/size]



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[size=13][size=16]Cerdan et Piaf au restaurant[/size][/size]



[size=16]Fragilisée par cet événement, Piaf, déjà très croyante, se réfugiera dans le mysticisme. Elle ne cesse cependant pas de travailler et en 1950, elle remonte sur scène à Paris à la salle Pleyel. Édith s'essaye même à la comédie musicale. Marcel Achard lui a écrit La P'tite Lili, qui durant sept mois tiendra l'affiche à l'A.B.C., salle fétiche. Eddie Constantine, qui partageait la vedette avec Piaf, témoigne : «Elle m'a donné confiance en moi... Pour que je devienne quelqu'un, elle m'a fait croire que j'étais quelqu'un.» A cette même époque, le jeune auteur-compositeur Charles Aznavour devient son "homme-à-tout-faire", secrétaire, chauffeur et confident. Dès 1945, elle l'a aidé à faire ses preuves sur scène mais jamais elle ne prend sa carrière en main comme pour Montand ou Les Compagnons de la Chanson. Cependant, Aznavour, qui lui écrira des titres tels que "Jézébel" ou "Plus bleu que tes yeux", restera un de ses fidèles jusqu'au bout.[/size]



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[size=16]Edith et Marcel
Claude Lelouch 1983
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[size=16]Deux histoires d'amour en parallèle : celle de la chanteuse Edith Piaf et du boxeur Marcel Cerdan,et celle de Margot de Villedieu et Jacques Barbier. Tandis que les souvenirs d'Edith refont surface, ils croisent une autre histoire d'amour, mettant en scène de moins illustres personnages. Margot de Villedieu, sosie de la chanteuse, a épousé Jacques Barbier au sortir de la guerre. Mais elle en aime un autre : Francis Roman, un comédien qui fut naguère le compagnon d'armes de Jacques. Deux histoires qui finissent mal.[/size]


[size=16]Marcel Cerdan Junior, après le suicide de Patrick Dewaere qui devait l’interpréte, incarne le rôle de son propre père. Ainsi qu’il en témoigne dans son livre de souvenirs Piaf et moi (paru chez Flammarion en 2000), sa mère n’apprécia que modérément le film de Lelouch.
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L'homme aux mains d'argile
Léon Mathot 1949



[size=16]La carrière de Marcel Cerdan d'après un livre de Lucien Roup, son manager, Dix ans avec Marcel Cerdan. Ses principaux matches, ses espoirs, ses découragements et ses triomphes en Europe et en Amérique. Avec Marcel Cerdan dans son propre rôle.[/size]

[size=24]Années 50 - Alfred Kinsey et la révolution sexuelle -

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1953 - les "Barry sisters "  et Beverly Lawrence lisent un article sur le rapport Kinsey





"il n'y a que trois formes d'anomalies sexuelles: l'abstinence, le célibat et le mariage remis à plus tard" Alfred Kinsey





Alfred C Kinsey, (1894-1956) est zoologue de formation, sa première publication porte sur les plantes comestibles d'Amérique du Nord, un sujet assez éloigné de celui qui fera de lui un des scientifiques les plus controversé dans l'Amérique des années 50. Alfred Kinsey  reçoit une éducation ultra conservatrice de son père, un pasteur méthodiste. Il suit des études de psychologie et de biologie et en 1919, il sort diplômé d'un Doctorat es Sciences de l'Université de Harvard. Dès 1920 Alfred Kinsey exerce comme professeur assistant en zoologie à l'Université d'Indiana, il consacre les 20 premières années de sa vie professionnelle à l'entomologie. C'est à l'Université d'Indiana qu'il rencontre Clara McMillan qui  deviendra sa femme et accompagnera toute sa carrière.

Kinsey offre en apparence l'image du parfait représentant de l'américain moyen et de sa pruderie(on verra plus loin qu'en matière de sexualité il a savamment mêler curiosité scientifique et expérimentation personnelle), faisait preuve d'un totale tolérance pour les comportements sexuels. Il avait épousé la première femme avec laquelle il était sorti et passa toute sa vie avec elle et ses valeurs personnelles étaient on ne peut plus traditionnelles. Pater familias, Kinsey aimait  réunir le  dimanche  collègues et  étudiants pour écouter des disques de musique classique, tout en dégustant du café et des tartes faites maison. Pour avoir suggéré  de plutôt passer un boogie-woogie l'épouse de l'un de ses assistants fut bannie de ces soirées dominicales. L'un de ses collègues Wardell Pommeroy le surnommait "La Mère supérieure". Mais en lui le scientifique restait toujours aux aguets, ainsi à un postulant à un poste d'assistant il répond : "vous venez de me dire que les relations sexuelles avant le mariage peuvent avoir un effet nocif sur celui-ci, que les relations extra conjugales brisent les mariages, que l'homosexualité est anormale et que l'idée de relations sexuelles avec des animaux est grotesque. Apparemment, vous connaissez déjà toutes les réponses.



Pourquoi tenez vous autant à faire de la recherche ?"





1948 - Alfred C. Kinsey  et ses assistants Wardell Pomeroy & Clyde E. Martin - Life






C'est "accidentellement" qu'il change de discipline.En 1938 alors qu'il enseigne à 'université de Bloomington dans l'Indiana, un groupe d'étudiants réclame un cours sur la sexualité et le mariage c'est à Kinsey qu'il échoit.  Il constate alors l'absence quasi totale de sources documentaires sur le sujet. Il questionne tout d'abord ses étudiants sur leurs comportements sexuels. Il dira plus tard que ces entretiens ont été pour lui une mine d'or; De plus en plus fasciné par son sujet, il y consacre de plus en plus de temps déclenchant une série de plaintes contre son cours de la part de parents, du clergé local et de quelques collègues conservateurs. Il renonce alors à l'enseignement pour se consacrer à la recherche. Cette nouvelle recherche comprend des milliers de questionnaires anonymes, ainsi que des « tests pratiques » menés par lui-même et ses collaborateurs. A la suite de ses travaux Kinsey constate l'abime qui sépare les pratiques sexuelles telles que la société les voudrait et les pratiques réelles. En 1943 il obtient un don de 23 000 dollars de la fondation Rockfeller.




En 1948 en présentant son rapport sur "Le comportement sexuel de l'homme" ("Sexual Behavior in the Human Male")Kinsey constate que la sexualité des animaux est mieux connue que ele des hommes. Cinq mille trois cent américains blancs, différents par l'age, le niveau d'instruction, la profession, leur situation conjugale... ont répondu à cinq cents questions sur leur vie sexuelle. L'ouvrage est publié chez un éditeur d'ouvrages médicaux, pour éviter tut caractère sensationnaliste, il comptait huit cent quatre pages, Kinsley avait abandonné ses droits d'auteur au profit de son équipe de l'Institut de recherche sexuelle de l'Université d'Indiana "(Institute for Sex Research", rebaptisé plus tard rebaptisé plus tard "Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction" ). Ses conclusions peuvent sembler aujourd'hui banales : de bonnes relations sexuelles font un bon mariage, l'homosexualité est plus répandue qu'on ne veut bien le croire, la masturbation ne rend pas malade, les relations sexuelles avant le mariage donnent des couples mieux assortis... mais a replacer dans le contexte d'une Amérique où les censeurs interdisaient encore que l'on montre, au cinéma, un couple dans une chambre à coucher. Il examine avec un regard dépourvu de tout jugement de valeur les différentes pratiques sexuelle avec un seul critère : leurs représentativités statistiques. la personnalité psychique de l’individu importe peu pour cette comptabilité sociale.






1948 - Alfred Kinsey et sa femme chez eux - Life






Au bout de 10 jours, de réimpression en réimpression l'ouvrage de Kinsley atteint 185 000 exemplaires,selon «Time Magazine»: «Les libraires n'ont rien vu de tel depuis "Autant en emporte le vent"!» «Le best-seller le plus sensationnel de la saison», avance «Newsweek». «Pour trouver un livre scientifique approchant les ventes de celui-ci, il faut probablement remonter à "l'Origine des espèces" de Darwin», note «Life». L'ouvrage  bien accueilli dans un premier temps, dans les milieux scientifiques comme auprès de l'homme de la rue, il doit ensuite faire face à la réplique de ses adversaires face aux remise en cause qu'il déclenche.  C'est une bombe atomique sociale«, écrit le  Time. Bruce Bliven, journaliste au New Yorker, pense que le rapport Kinsey contient plus de dynamite qu’aucun autre document scientifique publié depuis le livre de Darwin sur l’origine des espèces. "Le rapport Kinsey nous révèle que 85 % des jeunes gens du pays sont théoriquement des “criminels” " notent M.L. Ernst et D Loth (l'adultère est alors un délit dans la plupart des états et l'homosexualité est durement réprimée, la Géorgie condamne la sodomie, ainsi que 13 États fédérés, situés en majorité dans le sud des États-Unis,  le Texas, le Kansas, l'Oklahoma, le Missouri, condamnent, eux,  la fellation.).

Harolds Dodds, président de Princeton déclare"Il est bien possible que les journaux de bas étage qui ont fait le lien entre le rapport et les mots orduriers que les petits garçons écrivent sur les palissades aient révélé une vérité scientifique plus profonde que la surabondance de propos vulgaires accumulés dans le rapport lui-même". Les conservateurs chrétiens qualifient Kinsey de maniaque sexuel et lui reprochent d’inciter à l’homosexualité, la pédophilie et autres pratiques sexuelles « perverses ». Mgr Sheehy, de l'Université catholique de Washington, dénonce le «livre le plus antireligieux de notre époque». Margaret Mead, anthropologue célèbre, dénonce ce livre qui ne guide pas les jeunes gens et ne leur suggère «aucun moyen de choisir entre une femme et un mouton»...



La fondation Rockfeller subit des pressionspour supprimer ses subventions à Kinsey, elle se voit menacée d'une enquête sénatoriale et est prise a partie par divers théologiens.






Nus de Platt Lynes






En France "Jusqu’au début des années 1950, seuls la presse à sensation, les humoristes ou les amateurs de littérature érotique se sont emparés du premier rapport. Pour Daniel Guérin, ce sont des « ânes qui s’imaginent qu’il suffit d’avoir tiré un coup pour comprendre l’amour, ils ont haussé les épaules et fait les marioles ». L’allusion à Kinsey fonctionne alors comme un clin d'œil égrillard censé faire rire et surtout vendre. Avec un humour bon enfant, Roger Pierre et Jean Richard écrivent dans leurs « célèbres monologues » un sketch sur le rapport Kinsey, l’occasion est trop bonne de rire des choses du sexe : « quant aux bonnes femmes qui vous disent : “je suis frigide !” tiens mon œil ! Ça dépend de quel bois elles se chauffent ! » Propos qui ne trahissent d’ailleurs pas le point de vue de Kinsey. Plus moralisateur, Jean-Bernard Luc tourne en dérision le rapport dans sa comédie en trois actes La feuille de vigne jouée au théâtre de la Madeleine en mars 1952 sous la direction d’André Brûlé. Dans son introduction, l’auteur joue le romantisme français contre la froide statistique : « persuadé pour ma part, que le pays de Rabelais et de La Fontaine n’est pas encore mûr pour le Kinsysme : ceux qui savent aimer le vin savent aussi respecter l’amour et souhaitent les tout premiers que les feuilles de vigne continuent à pousser partout où le désir trouve bon qu’elles poussent ». Le rapport Kinsey peut également parfois servir de prétexte à une littérature érotique tel ce livre au titre prometteur, Mon comportement sexuel, une Française répond au questionnaire Kinsey, où toutes les expériences sexuelles de la jeune femme sont racontées par le menu" "Kinsey en France" - Sylvie Chaperon






En 1949 Kinsey, dans le cadre de sa recherche sur l'homosexualité et l'érotisme masculin gayentame une relation amicale et professionnelle avec le photographe Platt Lynes. Il lui achète plus de six cents tirages et plusieurs centaines de négatifs pour ses archives. A la m^me époque trouvant dans "Un tramway nommé Désir" de Tennessee Williams  le pendant artistique de son travail, il  écrit à Tenessee Wiliams : "Nous avons entrepris une étude extensive de l'érotisme dans l'art. Cela recouvre la peinture, l'écriture, la scène, etc. L'une des pièces que nous avons étudiées en détail est votre"Tramway". Nous avons eu le bonheur d'obtenir les confidences d'une bonne partie des acteurs des deux compagnies qui l'ont montée, ce qui nous a permis de mettre leur jeu en corrélation avec leur histoire personnelle sur le plan sexuel.. Il y a un très grand nombre de points de la pièce que nous aimerions discuter avec l'auteur...."






Révérend Billy Graham (1951) - le théologien Henry Van Dusen (1958)






Alfred Kinsey  avec son équipe de l'université d'Indiana (1953) - Hulton Archive






Le deuxième ouvrage "Le comportement sexuel de la femme" ("Sexual behavior in the human female")parait à l'automne 1953. Kinsey a parfaitement conscience du caractère encore plus subversif de ce rapport. Ce qui  pouvait être (relativement) acceptable pour les hommes ne l’est pas pour les femmes. Entre autres, Kinsey réfute totalement l’orgasme vaginal en affirmant l'insensibilité presque complète de l’intérieur du vagin et du col de l’utérus, considérant le clitoris comme l'organe principal du plaisir sexuel féminin. Kinsey rapproche la sexualité féminine de celle des hommes, physiologiquement, il constate que l’excitation, l’acmé et la détumescence sont identiques pour les deux sexes



Le tirage atteint 250 000 exemplaires et déclenche la tempête.Le révérend Billy Graham déclare "Il est impossible d'estimer les dégâts que fera ce livre sur la morale déjà si détériorée de l'Amérique", le théologien Henry P Van Dusen  enfonce le clou "Les aspects les plus inquiétants sont l'absence du moindre écœurement éthique spontané devant les apriori de l'étude et l'incapacité, de la part des lecteurs, à mettre le doigt sur la fausseté de ces a priori; Car les présupposés du rapport Kinsey sont strictement bestiaux..."



Ce deuxième rapport est plus que n'en peut supporter la fondation Rockfellerqui met fin à ses subventions. L'Amérique n'est pas prête à entendre que 62% des femmes interrogées se masturbent ou que 26% trompent leur mari, ni qu'une nymphomane pour Kinsey c’est tout simplement «quelqu’un qui fait l’amour plus souvent que vous». "Kinsey établissait, en outre, une échelle, allant de l’hétérosexualité exclusive à l’homosexualité exclusive, qui contredisait la théorie selon laquelle les homosexuels constitueraient un groupe à part à l’intérieur de la population, et remettait en cause l’assimilation de l’homosexualité à une pathologie. Ces conclusions allaient, de plus, à l’encontre des stéréotypes qui tendaient à associer homosexualité masculine et féminité, lesbianisme et masculinité, offrant une grille de lecture beaucoup plus complexe des relations entre genre et homosexualité." Florence Tamagne. «Presque toutes les prétendues perversions sexuelles relèvent de la normalité biologique», dit-il à ses étudiants, et «il n'y a que trois formes d'anomalies sexuelles: l'abstinence, le célibat et le mariage remis à plus tard».






Alfred Kinsey et sa famille en 1953,  sa fille  Joan Reid, sa femme, son fils Bruce, son gendre Warren Corning, sa fille  Anne Corning  et son autre gendre le  Dr. Robert Reid. - Hulton archive






Kinsey redouble alors d'efforts, «Depuis qu'il s'intéresse au sexe, c'est à peine si je vois mon mari le soir.» disait  Clara Kinsey,mais souffrant de problèmes cardiaques il est hospitalisé à plusieurs reprises et il meurt, à 62 ans, le 25 aout 1956. Son courage et sa curiosité scientifique ont largement contribué à la libération des mœurs. En 1997 James Jones révèle, dans "Alfred Kinsey : A Public/Private Life"  que Kinsey avait entretenu, des années durant, une relation homosexuelle avec l'un de ses assistants et  que le réunions musicales du dimanche lui permettaient  de filmer les ébats de ses collègues et de leurs épouses, dans le cadre de ses recherches,  Kinsey lui même  ou son épouse passant sans problème de l'autre côté de la caméra. Il adorait apparemment jardiner quasi nu, bien en vue. Son autre biographe Jonathan Gathorne-Hardy affirme que l'appétit de Kinsey pour le sexe hors norme et son dédain de la morale sexuelle traditionnelle de l'époque, l'ont incité à éliminer la culpabilité entourant le sexe et à miner la moralité traditionnelle. Mais comme le demande Eric Frassin dans Le Monde « pour faire œuvre de savant, un brevet de bonnes mœurs serait-il requis ? »




60 ans après  Kinsey reste la cible des fondamentalistes et des franges les plus conservatrices de la société américaine,en guerre contre la libération des mœurs : «On ne peut certes pas attribuer la révolution sexuelle à une seule personne, mais pour ce qui est de fournir une excuse scientifique pour attaquer la moralité la plus élémentaire, Kinsey a montré le chemin», dit par exemple Robert Knight. «Ces attaques virulentes contre Kinsey montrent que les conservateurs sentent qu'ils perdent la partie. La controverse que Kinsey a précipitée en 1948 a exposé des lignes de fracture de notre société, sur la vie privée, qui n'ont pas changé depuis; ce qui a changé, ce sont les mœurs des Américains, qui se sont nettement rapprochés de Kinsey.» dit James Jones.






Alfred Kinsey et William Faulkner






Couverture du Time  - aout 1953






Kinsey et sa femme à Paris

Années 50 - Emile Couzinet,Napoléon du navet





"Trois vieilles filles en folie" -
"On y rit, on ira"
(Emile Couzinet)





L'improbable  Emile Couzinet (1896 - 1964) est une exception dans le cinéma français(c'est d'ailleurs heureux d'une certaine façon). Fils d'un menuisier, il est d' abord projectionniste ambulant, puis  dans les années 20 il devient distributeur de films avec sa société Burgus Films et  propriétaire exploitant de  salles de cinéma. Il fait même construire à Bordeaux, en 1932, une salle de huit cents places dont il dessine les plans, réplique du cinéma parisien  "atmosphérique" (comprendre "décor d'atmosphère", colonnades, balustres, loggias, sculptures, toiles décoratives et une voûte étoilée) Le Rex.




En 1937 il  installe dans les locaux du Casino de Royan (dont il est directeur depuis 1931) "Les studios de la Côte de beauté". Sans complexe il devient aussi réalisateur et y réalise son premier film en 1938  "Le club des fadas" (Couzinet est un admirateur de Pagnol, tous les extérieurs seront tournés à Marseille, on retrouve dans le film  des acteurs ayant joué pour Pagnol, pas les  têtes d’affiche, trop chers,  mais les artistes de second plan : Fernand Charpin, Alida Touffe...), suivront "L'intrigante ou La belle bordelaise (1939)," Andorra ou Les hommes d’Airain (1941) ("drame pyrénéen",  qui restera 56 semaines à l’affiche) et " Le Brigand gentilhomme" (film historique involontairement comique avec ses mousquetaires qui ont l’air de sortir de la Cage aux Folles - 1942).



Ses studios de Royan sont détruits lors du bombardement de la ville en 1945 et il décide de tout réinstaller à Bordeaux.Et en 1946 il y construit Les Studios de la Côte d'Argent : trois plateaux de tournages, des ateliers, des magasins de décor, des salles de visionnage et de montage,  le tout à la pointe de la technique de l'époque. Clef de voûte d'un "empire" régional intégrant production, distribution et diffusion de ses propres films, empire en autarcie totale Couzinet allant jusqu'à nourrir techniciens et acteurs dans son propre restaurant et à les loger dans des hôtels lui appartenant.







Paris, la queue pour "Andorra ou les hommes d'Airain," janvier 1943 - Parisienne de photographie



Le premier film qu'il tourne dans ses nouvelles installations est "Colomba" en 1946(avec le ténor bordelais José Luccioni dans le rôle de Don José), en 1948 il réalise "Le bout de la route" (d'après la pièce de Giono), la critique est unanime dans la condamnation du film et de sa médiocrité.




Au début des années 50, Emile Couzinet change de répertoire et  se reconvertit dans la comédie polissonne de série Z.Avec "pour décor, quelque minuscule patelin, pittoresquement "ben d'chez nous" (...) Pour personnage, les notables locaux (...) et par opposition, les joyeux loustics (...). Pour thèmes interchangeables, les héritages farfelus, les épousailles difficultueuses, les cocufiages à rebondissement, les travestissements. Pour ingrédients les calembours éculés et navrants (...) les sous entendus grassement gaudriolesques (...) les saynètes lestes de music hall ou de cabaret..."(Jean-Pierre Bouyxou)

On y croise les grands seconds rôles de l'époque :Pierre Larquey, Jean Tissier, Frédéric Duvallès, Jeanne Fusier Gir, Robert Lamoureux, Jean Carmet... promus là vedettes, dans des comédies aux titres révélateurs "Trois marins dans un couvent" (1949), "le don d'Adèle" (1950),  "Trois vieilles filles en folie" (1951), "Ce coquin d'Anatole" (1951), "Buridan, héros de la Tour de Nesle" (1951),  "Le curé de Saint Amour" (1952), "Quand te tues tu" (1952), "La famille Cucuroux" (1953), "Le congrès des belles-mères" (1954), "Mon curé Champion du régiment" (1955).







Emile Couzinet en tournage





"Ah, les belles bacchantes"



Cela n'améliore pas ses rapports avec la critique, qui descend impitoyablement ses "œuvres".Couzinet, promoteur d’un cinéma populaire sans prétention (ou populiste et salace si on se veut moins complaisant), réplique : "Je suis paysan, j’ai de la paille dans mes sabots, je ne cherche pas à remporter le prix du festival de Cannes mais à offrir aux travailleurs, à la ménagère, une distraction saine et facile pour le samedi soir.", fidèle a sa devise "On y rit, on ira..." « Il fallait, pour mesurer la vertu ludique du cinoche couzinien, voir une salle entière trépigner de joie tout au long du Congrès des Belles-Mères, assurément le chef-d’œuvre de Couzinet car il s’agit de son film le plus trépidant, le plus hystéro, le plus allègrement vulgaire et le plus puissamment craignos. Les dialogues y sont d’une obscénité renversante, les gags (dignes, par leur agressivité, des Trois Stooges) d’une dinguerie épileptique ». (Jean-Pierre Bouyxou)





Ceci dit le genre est "d'époque" : dans ce registre de comédie polissonne naviguent divers petits maitres.Jean Loubignac, met en scène une enquête du commissaire Leboeuf dans les coulisses d'une revue, prétexte à divers strip-tease et scènes de voyeurisme plus ou moins hypocrites dans son le film le plus connu "Ah les belles bacchantes" (1954 - avec De Funes et Robert Dhéry), un genre de chef d'œuvre du burlesque érotique, interdit au moins de 16 ans à sa sortie. Henry Lepage s'adonne lui au grivois dans tous les genres, le film de "nudisme" ( "L'Ile aux femmes nues" 1952), le polar ("Dupont Barbes 1951), la comédie de boulevard ("Les maitres nageurs" 1950). Jean Boyer réalise "Une femme par jour" en 1948 et "Femmes de Paris" en 1952, Alfred Rode, lui mise sur la plastique de sa femme Claudine Dupuis, dans une série de films dits de cabaret ("Boite de nuit", "Tourbillon", "la môme Pigalle"...)






"Mon curé champion du régiment"





'Trois marins dans un couvent"



L'objectif de Couzinet n'était nullement artistique, on s'en doute, mais économique: réduire les investissement, maximiser les bénéfices. Les moyens étaient clairs pour lui : caresser les gouts du public dans le sens du poil, éviter les vedettes couteuses mais utiliser les seconds rôles connus qui apportaient leur notoriété sans couter trop cher. L'homme était connu pour sa ladrerie proverbiale sauf pour ce qui concernait la table. Fin gastronome, il payait misérablement mais nourrissait fort bien. Durant le tournage de "Buridan" Couzinet demanda à Nadine Olivier, par ailleurs Miss France, de dévoiler sa poitrine, celle ci accepta moyennant une somme une prime de 20 000 francs, Couzinet jugea alors qu'un sein suffirait et octroya donc une prime de 10 000 francs à la starlette. Selon tous ceux qui ont travaillé avec lui  Couzinet était convivial et sa bonne humeur contagieuse, à défaut d'être payé,  on s'amusait bien sur les tournages.





Les films d'Émile Couzinet avec leur comique troupier, leurs chansons à boire et  leur "polissonnerie"ne survivront pas à l’évolution des goûts et des comportements du public français. La concentration de l'industrie cinématographique et l’arrivée de la Nouvelle Vague précipite le déclin du genre cinématographique "Couzinesque", le public a changé et veut autre chose..  Descendu par par la critique, vilipendé par l'Office Catholique en raison  de quelques nudités dévoilées, Couzinet  n'en écrira dialoguera et réalisera pas moins plus de vingt longs métrages; Il reste sans doute le seul cinéaste au monde a avoir cumuler les fonctions de scénariste, dialoguiste, réalisateur, producteur, distributeur, exploitant et  propriétaire de studio.








"Ce coquin d'Anatole"





"Mon curé champion du régiment"



Son dernier film "Cézarin joue les étroits mousquetaires" en 1962ne sera projeté qu’en région bordelaise, pour le critique Jean-Pierre Bouyxou c'est "Le seul film comique du monde qui ne fasse pas sourire une seule fois, dont tous les gags tombent à plat". Son "empire" disparait avec lui en 1964, les studios sont laissés à l'abandon.




Pour la petite histoire Couzinet tenta de dissuader son assistant Sergio Roberti,jugé trop lent et donc nuisant à la rentabilité de la production de faire carrière dans le cinéma, cinq ans plus tard ce dernier prit le pseudonyme de Sergio Leone... La notice nécrologique de "Positif" ironiquement indulgente rappelait néanmoins que Couzinet avait été "l'animateur le plus brillant le plus brillant du cinéma dans le Sud Ouest"concluait "vraisemblablement il aimait le cinéma".



Un prix "Emile Couzinet"récompense chaque année le plus mauvais film français.







"Le curé de Saint Amour"




















Jeanne Fusier Gir




Jeanne Fusier Gir (1885 -1973), fille de l' artiste dramatique Léon Fusier,  est l'élève de Firmin Gémier (créateur du Théâtre National Populaire). Elle interprète a ses côtés de nombreux classiques au théâtre Antoine. Elle devient une des interprètes attitrée de Sacha Guitry. "J'ai connu Guitry quand j'avais seize ans. Il en avait à peine davantage et il vint au cours d'art dramatique où je travaillais. Tout de suite, je compris qu'il ne venait pas pour apprendre à jouer, mais prospecter pour découvrir de futurs interprètes. Je lui donnais la réplique de Suzanne dans Le Mariage du Figaro, et ce n'est que plusieurs années plus tard qu'il me donna le petit rôle d'une bonne abrutie qui téléphonait au troisième acte de L'Illusionniste : une « panne » qui me lança."




Au cinéma Guitrylui offre un rôle dans "Le Destin fabuleux de Désirée Clary", "Donne-moi tes yeux", "La Malibran", "Le Diable boiteux", "Toa", "Le Trésor de Cantenac", "Tu m'as sauvé la vie", "Debureau", "La Poison...".





Le congrès des belles-mères



En tout elle tiendra  un "second rôle" dans plus de cent films  :"Un carnet de bal", de Julien Duvivier, "Mon curé chez les riches", de Jean Boyer, "Le Corbeau", "Quai des Orfèvres", "Miquette et sa mère", de H.G. Clouzot, "Ma tante d'Honfleur", de Jayet, "Les Vignes du seigneur", de Boyer, "Le Jardinier d'Argenteuil", de Le Chanois.... Son physique particulier voix haut perchée, petits yeux , un long nez et  chignon en font un personnage comique rival de Pauline Carton autre second rôle incontournable du paysage cinématographique français de l'époque.






Vieille fille refoulée, bigote hypocrite, cuisinière exaltée, duchesse despotique, servante dévouéeelle a tout joué. " Museau de carlin et mines de guenon, c'est une force de la nature: enfant de Marie prolongée, bonniche qui titube dans l'office entre la chopine et l'encaustique, paysanne à bavolet douairière à fanfreluches, elle fait siens tous les ridicules, elle exploite toutes les exagérations. Sa frange sur le front, ses yeux doucement bridés, sa voix toute en susurrements et en pâmoisons, sa démarche chaloupée, ses mines pointues, sa bouche plissée la projettent hors du commun.(...)  Jeanne Fusier-Gir faisait partie de " cette race d'artistes qui, d'une silhouette de trois lignes, tiraient un rôle marquant dont les silences étaient éloquents et qui, à la demande, pouvaient tout se permettre : tirer la langue, siffler un litre, danser le cancan mais aussi verser de vraies larmes. " (Raymond Chirat et Olivier Barrot. " Les excentriques du cinéma français ", Veyrier, 1983).





Jean Tissier




Jean Tissier (1896 - 1973)commence une carrière de journaliste puis débute au théâtre aux côtés de la comédienne Réjane. Il apparait au cinéma des 1927 dans le Napoléon d’Abel Gance. Par la suite Il tourne avec Claude Autant-Lara, Roger Vadim, Christian-Jaque, Gilles Grangier, André Cayatte, Marcel Carné...



Diction traînante, regard ahuri et sournois, nonchalanceet un rien de mollesse, son personnage le plus célèbre sera celui du fakir dans L'assassin habite au 21d'Henri-Georges Clouzot. Il a incarné plus de 200 personnages. "Comme mon personnage était différent de celui que j'avais été pendant mes années d'adolescence et de maturité, avec mon lyrisme, mes emballements, mes fougues ! …Un nouvel être avait surgi en moi … J'étais devenu inséparable d'une certaine conception languissante…flasque…j'étais un mou.. .pendant des années, les provinces françaises ont applaudi ce mou…qu'on a ensuite trouvé irrésistible…"




À l'aube des années 1960, son étoile palit.Ses deux dernières apparitions sur le grand écran se font dans «la Veuve Couderc» de Pierre Granier-Deferre (1971 et dans «Sex-shop» de Claude Berri (1972)..





Jean Tissier, Suzy Delair,  "L'assassin habite au 21"

Années 50 - Le début des supermarchés -



le 1er supermarche de France - Rueil-Malmaison - 16 octobre 1958





La fin des années 1950, le début des années 1960 est une période de prospérité en France. Le taux d’activité des femmes se développe fortement. Une partie de la population rurale quitte les campagnes pour s’installer dans la périphérie des villes. Le pouvoir d’achat des ménages explosent. Ceux-ci s’équipent de voitures, de réfrigérateurs. Tout est réuni pour voir éclore et prospérer des grandes surfaces, à la place des commerces traditionnels.




Le concept de points de vente distribuant des produits en quantité importante, moins cher que dans le commerce traditionnel – car vendus en grande quantité avec des marges et des coûts réduits - nécessitait de grandes surfaces, construites à moindre coût. Ces nouvelles grandes surfaces ne pouvaient essentiellement s’implanter qu’en périphérie des villes, là où existaient des terrains peu onéreux. Cette localisation n’était réellement possible qu’à partir justement du moment où les ménages français commencèrent à posséder une voiture.





La hausse du pouvoir d’achat des français se traduisit aussi par la démocratisation du réfrigérateur, inventé dans les années 1910 aux Etats-Unis. Le réfrigérateur permet de conserver les produits frais, et donc d’espacer les visites chez les commerçants. Faire des courses importantes devient possible aussi par rapport au souci de conservation des produits.


On trouve trace des premiers supermarchés aux États-Unis dans les années vingt, peu après l'invention du libre-service. Ces magasins dépouillés sont aménagés dans de vieilles granges, des usines ou des patinoires désaffectées. Les produits sont disposés à même le sol ou sur de simples planches de bois, avec à la clef des prix 20 à 50 % moins élevés que dans les épiceries traditionnelles.





En France, la première ébauche de supermarché est l'œuvre de la Grande épicerie Bardou en 1957 à Paris. Le premier véritable supermarché avec parking ouvre en octobre 1958 dans la nouvelle cité de à Rueil- Malmaison, en région parisienne.



Il s'agit de l'Express-Marché de la société Goulet-Turpin :




14 octobre 1958, veille de l’ouverture. On s’active bruyamment tout autour de l’Express-Marché. Les rues ne sont toujours pas bitumées. Les terrassiers en sont encore à poser des canalisations. Toutes les barres d’immeubles bordant le supermarché ne sont pas achevées. 3 000 logements doivent être livrés au printemps 1959. Le centre commercial lui-même n’est pas terminé. Le Grand magasin Paris Prix n’ouvrira ses portes qu’en décembre. La première cliente franchit le seuil de l’Express-Marché peu avant 9 heures. Pour fêter l’ouverture du magasin, Goulet-Turpin lui offre le montant de ses achats. Elle est d’abord incitée à se saisir de l’un des 150 chariots rangés à droite après l’entrée. Les abris-chariots dispersés aux quatre coins du parking n’existent pas. En observant les photos de l’époque, on est frappé par la petite taille des chariots. Ils sont à peine plus grands que ceux que l’on donne aux enfants aujourd’hui. Leur contenance est de 50 litres seulement (les chariots actuels ont une capacité quatre à cinq fois plus importante). Un bambin assis dans le chariot suffisait à le remplir. Les premières clientes mettent un peu de temps pour s’habituer à manier leur chariot, un engin inconnu. "Un sondage réalisé avant l’ouverture indiquait que 90 % des personnes interrogées refusaient de prendre un chariot. Les gens avaient peur d’être ridicule", précise Jean Goulet, ancien Pdg de Goulet-Turpin. Dans les allées, les collisions sont monnaie courante. Lors de l’ouverture d’un autre supermarché quelques mois plus tard, des clients réclameront la mise en place de voies de circulation à sens unique dans le magasin.


Le chariot de supermarché







Le chariot de  S. Goldman


En 1936, N. Goldman, qui possédait une chaîne d’épiceries dans l’Oklahoma, mit à la disposition un "porte paniers" à roulettes, sur laquelle on pouvait disposer deux paniers métalliques superposés.





Le chariot téléscopable de Watson


En 1946, un dessinateur industriel du Kansas, Orla E. Watson, eut l’idée de fixer les paniers sur le chariot et de les rendre emboîtables plus besoin d’un employé pour plier et déplier les chariots et ranger les paniers. Le client se chargeait lui-même de désencastrer et de ranger l’engin. O.E. Watson breveta son invention et se préparait à la commercialiser quand il s’aperçut que S.N.


Goldman n’était pas resté les bras croisés :

sans doute averti, il avait copié le chariot emboîtable de O.E. Watson, en l’équipant plus simplement d’un seul grand panier. Suivit une querelle de brevets, d’où S.N. Goldman sortit commercialement vainqueur, O.E. Watson ne conservant que les royalties de son idée. Le chariot de supermarché était né.




En france Raymond Joseph, patron d'une petite entreprise en Alsacequi fabrique des paniers à salade et des égouttoirs connaît donc bien l'utilisation du treillis en acier. En 1934 après un voyage à Chicago où les supermarchés sont déjà bien inplantés, il dépose le premier brevet du chariot pour supermarché qu'il nomme "caddie" (Caddie est une francisation du mot anglais "Caddy" ). Depuis avec ses 160 brevets déposés, la société Caddie S.A. est leader du marché européen.

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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:07

Années 50 - Sens dessus dessous -


Avant, aprés, le résultat - publicité du fabricant Spencer 1947



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Démonstration de la solidité des bas nylon sur le stand Dupont de Nemours - Uniforme et bas nylon pour Marlène Dietrich venue soutenir les troupes.



1947 La France voit le retour de la guêpière pour affiner la taille aux 
49 centimètres de la silhouette coquetier : c’est le new-look lancé par Dior





En 1939, l’américain W. H. Carothers découvre le nylon, fibre" aussi solide que l’acier, aussi fine que la toile d’araignée et d’un magnifique éclat ". Le 15 mai 1940, les bas sont mis en vente avec succès aux États- Unis : 4 millions de paires sont vendues en quatre jours. La lingerie connaît une parenthèse avec la guerre 39-45, par manque de matériel.La fabrication de parachutes prévaut alors sur celle des porte-jarretelles. Après-guerre les sous-vêtements libèrent bras, jambes et gorges. Le cinéma titille les libidos. «Gilda», Rita Hayworth déshabille langoureusement son bras ganté comme elle enlèverait une culotte. Les affiches se peupleront de vamps glamour : Betty Grable, Ava Gardner, Jayne Mansfield , Marilyn Monroe . L’après-guerre, c’est aussi de nouvelles inventions : le latex, la fermeture éclair et le retour de disponibilité du nylon pour les bas.





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1945 La guerre est finie la fabrication des bas Nylon reprend et essaie de faire face à l'inflation de la demande.Chez Macy's à New York 50.000 paires sont vendues en 6 heures, on les essaye dans la rue



Dans les années 50, les poitrines des femmes suivent les caprices de la mode :Sous les vêtements deux articles de base : un soutien gorge dont la forme conique était sructurée par une couture en spirale, dans les années 50 on ne se promenait pas sans soutien gorge, et une gaine élastique, qui prenait du dessus de la taille à la naissance des cuisses. "Le Tiki de Lou reste pointu même sous le pull", "Le Lou n° 9 est le seul soutien- gorge qui fait pigeonner les petites poitrines, elles en rêvent toutes", etc… La femme-objet est devenue le sanctuaire populaire du sexe. Les années 50 ignoraient la révolte, la consommation était reine. Trois nouveautés, les grands magasins,, les fibres artificielles et la confection, permirent à de larges couches de la société d'imiter le styler des riches.



"N'oubliez jamais que vous êtes épouse avant tout" recommandait la styliste américaine Anne Fogarty, et elle recommandait de ne jamais porter de jeans, même pour le ménage, et de toujours porter une gaine solide assurant un maintien parfait. On ne sortait pas sans chapeau ni gants, on asortissait sac et chaussures toujours à talons hauts et avec des bas nylon. A la maison on porte des twin sets sur des jupes plissées, pour l'extérieur le tailleur est de rigueur sur une jupe étroite ou large avec un jupon de taffetas de polyamide et de tulle, ou de coton. Les adolescentes, copiant Brigitte Bardotportaient elles fréquemment jusqu'à quatre jupons superposés



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Publicités 1952 - 1956 - 1960



Peu à peu, la «Vamp» se fait ravir la couronne par la pin-up, argument plus commercial, plus déshabillé aussi. Le magazine Paris- Hollywood se charge d’éduquer ces Messieurs intéressés par la mode légère et moderne. Les jupes remontent aussi vite que la reprise économique. Dans les années 60, les adolescents, découverts et courtisés en tant que consommateurs dans les années 50, remettent en question les us de leurs parents et proposent leur propre contre-culture.



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Mary Quant



Mary Quant, un ancien mannequin, lance la «mini». Une période noire pour les fétichistes commence.



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"Elle" 1950



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Le slip Kangourou :
gloire des années 50





Lors d'une visite dans la pampa, un représentant de commerce, Georges Jonathan,découvre que les cavaliers portent un slip renforcé pour monter à cheval. D'où l'idée de fabriquer un modèle à poche dans son atelier de bonneterie de Nîmes. Il baptise sa marque Eminence et prend le cardinal de Richelieu pour emblème.



A la suite d'Eminence plusieurs bonneteries se lancent dans le slip ouvert à grosses cotes dont l'ouverture ressemble véritablement à la poche d'un kangourou. Comme le marsupial, la poche est accessible par le haut, et non pas le côté comme la plupart des sous-vêtements du genre. Derby, un fabriquant de slip fait même déposer sa marque Kangourou qui deviendra un nom commun.



Le ruban adhésif :
secret de décolletés avantageux





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Sophia Loren Jayne Mansfield



Les généreux et opulents décolletés des stars de l'époque devaient souvent leur bonne tenue à un ruban adhésif pour tapis !On doit ce détournement d'usage aux stars d'Hollywood. Selon le bon usage du commerce la demande créant l'offre on mit au point des rubans adhésifs plus "confortables" et même des coques adhésives.



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1948



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1957

[size=24]Années 50 - Années rock'n roll[/size]





La musique de Chuck Berry, Elvis, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis ou Little Richard, pour ne nommer que ceux-là, eut un impact incalculable sur des millions de jeunes avides de rébellion


Le monde sort de la seconde guerre mondiale, il doit affronter avec les premières bombes atomiques et la "guerre froide" entre l'Est et l'Ouest et le risque désormais réel de pouvoir détruire le Terre... Une jeunesse, née pendant la guerre, s'interroge... La jeune génération se heurte aux idées "toutes faites", aux vieux concepts et aux idéologies qu'elle conteste... Le rock and Roll naît dans les années 1950, alors que la jeunesse s'ennuie d'un trop-plein d'ordre moral, où l'hystérie anticommuniste bat son plein. C’est d’abord un mode de vie et de pensée que cette musique a voulu contribuer à modifier.






Alan Freed


Pour les États-Unis, le rock sonnait le glas de la ségrégation raciale. Contrairement aux pratiques musicales de l'époque, les musiciens de rock'n'roll seront indiféremment blancs ou noirs. Jusqu'à ce que le disc jockey Alan Freed fasse connaître aux blancs le rythm and blues dans son émission Moondog's Rock And Roll Party. Chacun écoutait le style de musique qui "convenait" à son appartenance ethnique. Il était d'ailleurs inadmissible que des artistes blancs se retrouvent dans les mêmes bacs chez les disquaires que les noirs. Le rock'n'roll fera tomber ces barrières. Alan Freed est le premier DJ blanc à soutenir avec force des artistes noirs jouant la "musique du diable" . En 1957, son show télé est annulé quand le chanteur noir Frankie Lymon est filmé dansant avec une femme blanche. La bonne société américaine en fera son " ennemi numéro 1". Longtemps intouchable en raison de sa popularité, on profitera du déclin du mouvement rock en 1959 pour le renvoyer de la station WABC.







La première forme historiquement identifiable de rock'n'roll, est le rockabilly, un croise- ment de rhythm and blues et de musique country. Les premiers guitaristes de rock comme Carl Perkins, Scotty Moore ou les Everly Brothers, avaient tous des racines dans la country. Elvis Presley enregistre ce qui est probablement l'un des tout premiers morceaux de rockabilly, le 5 juillet 1954, à Memphis, dans les studios Sun de Sam Phillips (mort le 30 juillet 2003), avec "That's All Right Mama", un titre créé en 1946 par le bluesman noir Arthur Crudup.
Mais c'est Bill Haley and The Comets qui signent l'acte de naissance du rock'n'roll. En 1955, le film "Blackboard Jungle" (Graine de violence), se sert de "Rock Around the Clock" (une reprise de Sonny Dae and His Knights, 1952) Bill Haley (enregistré en 1954 mais passé inaperçu) comme bande sonore. Ce premier tube de l'histoire du rock est N°1 des hit-parades aux USA (8 semaines) et au Royaume-Uni (3 semaines) en 1955. D'autres vont suivre... D'abord Chuck Berry avec "Maybeline" puis les pionniers du rock Gene Vincent avec "Be Bop A Lula" en juin 1956, Buddy Holly avec "That'll Be the Day" en mai 1957, Jerry Lee Lewis avec "A Whole Lotta Shakin' Goin' ", et Eddy Cochran en 1958 avec "Sommertime Blues". Sans oublier Little Richard, qui sur son premier 45 tours, signe quatre des plus grands standards de rock, à savoir : Tutti Frutti, Long Tall Sally, Rip It Up et Ready Teddy. Entre temps Elvis sera devenu célèbre en juin 1956 après avoir interprété "Hound Dog" sur la chaîne de télévision CBS, avec son célèbre rictus et son déhanchement provocateur qui choquera une partie de l'Amérique ( par la suite il sera interdit de filmer Elvis en dessous de la ceinture).





Elvis Presley Tupelo Fairgrounds 1956


Auparavant considéré comme un vêtement de travail, le blue jean a été popularisé par le mouvement rock ainsi que par les idoles de cinéma comme James Dean.Le rock n'influence pas seulement la mode, mais plus généralement les arts, du cinéma à la peinture en passant la littérature. Hollywood s'y intéressera et quelques films feront date : en 1956 sortira "The girl can't help it" (la blonde et moi) film dans lequel Gene Vincent et Eddie Cochran se rencontrent, et"Rock, Rock, Rock" , en 1957 "Jailhouse Rock" ( le rock du bagne) avec Elvis. Par ailleurs deux grands films laisseront leur empreinte sur "l'attitude rock'n'roll" : La Fureur de vivre (Rebel without a cause) de Nicholas Ray avec James Dean et Nathale Wood en 1955 et l'Equipée sauvage (the wild one) de Laszlo Benedek avec Marlon Brandon 1953. Le rock puise son image dans celle de ses héros : marginaux, contestataires, anti-conformistes, rebelles... Ce sont eux qui font la légende, et avec une mort souvent fidèle à leur image : violente... Eddie Cochran, Buddy Holly et Ritchie Valens décèdent dans des accidents de transport; Carl Perkins et Gene Vincent y échappent de peu.Quant à Chuck Berry en 1958 il est prison pour détournement de mineure; Bill Haley mourra dans la misère en 1981, répétant dans un bar texan qu'il avait été le grand Bill Haley, sans que personne ne veuille croire à son histoire...





Gene Vincent - Chuck Berry


En france à la fin des années 50 le Golf Drouot devint le point de ralliement d'une "jeunesse turbulente" qui s'y pressait afin de profiter de l'électrophone du lieu et de découvrir ainsi les premiers disques de rock'n'roll directement importés des USA (Bill Haley & his Comets etc…). Sentant le vent la propriétaire accepta sur l'idée d'Henri Leproux de le transformer en club musical réservé aux jeunes.Il accueillit les premiers artistes de rock'n'roll français, dès la fin des années 50 Johnny Hallyday y fît ses premiers pas d'artiste suivit d'Eddy Mitchell et des Chaussettes noires etc…. La plupart des grands groupes français d'alors y naquirent. Le rock'n'roll en France avait trouvé son antre….


1960 voit d'un côté les purs et durs Rock et de l'autre les Yéyés qui , eux, tout en chantant rythmé ne remettent pas en cause l'ordre établi de la france gaullienne. Eddy Mitchell parle de "blousons noirs qui brûlent leurs dernières nuits avant de partir pour Alger, Algérie". Sinon les chansons parlent de filles, de voitures, de samedis soirs pour danser le twist.
La génération des années 50 crut possible de faire du rock un mode de vie. Le mythe dure encore, et les générations suivantes ont toutes tenté de le faire exploser… pour se le réapproprier.





Jerry Lee Lewis


Les incontournables


Bill Haley & His Comets
Rock Around the Clock


Avec le morceau d'anthologie Rock Around the Clock bien sur, mais le reste de l'album est tout aussi à la hauteur : "Shake, Rattle & Roll", la reprise de Big Joe Turner, "A.B.C. Boogie" et "Thirteen Women (And Only One Man in Town)" méritent leur place dans l'histoire du rock.


Gene Vincent
Bluejean Bop !


Ce qui s'est fait de plus mémorable dans le monde du rockabilly


Little Richard
Here's Little Richard


Bien sûr, "Tutti Frutti" s'y trouve. Ainsi que d'autres titres parus auparavant en single qui tous se retrouverent au sommet des hit parades.


Chuck Berry
Chuck Berry Is on Top


Chuck Berry a su développer un son bien à lui. Un disque de 1959 regroupant les cahnsons de Chuck berry devenues des standards du rock comme "Johnny B. Goode", "Maybellene", "Roll Over Beethoven", "Carol".


Elvis Presley


Son premier album proche de ses racines blues et rockabilly démontre son talent d'interprète.


Buddy Holly
The "Chirping" Crickets




En 1957 Buddy Holly forme un nouveau groupe composé de Jerry Allison à la batterie, Larry Wellborn à la basse et Nicky Sullivan à la guitare rythmique, les"Crickets" Holly est à la guitare solo.le son Crickets qui nait là, influençera bon nombre d’artistes par la suite.


Jerry Lee Lewis




Il danse debout devant et dessus son piano.Avec les sorties de « Whole Lotta Shakin’ Goin’ On » et de « Great Balls of Fire » en 1957, le flamboyant jeune performer s’est imposé dans les charts Pop, Rythm n’Blues et Country


Muddy Waters
The Best of Muddy Waters




Son influence est énorme sur de nombreux genres musicaux : blues, rhythm and blues, rock, folk, jazz, et country. Waters aidera Chuck Berry à obtenir son premier contrat d'enregistrement.


Jailhouse Rock
Richard Thorpe 1957




Au cours d’une rixe, Vince Everett tue son adversaire par accident. Condamné à dix ans de détention, il partage sa cellule avec Hank Houghton, ancien chanteur de country déchu qui lui enseigne la guitare. Lorsqu’il sort de prison, il est remarqué par Peggy, qui décide d’en faire une vedette. Vince entame alors une irrésistible ascension vers la gloire, quitte à renier ses anciennes amitiés. Richard Thorpe porte à l’écran l’image de rebelle séducteur du King, dans une satire acerbe du milieu du show-biz. Elvis Presley y interpréte des morceaux d’anthologie, tels Treat Me Nice, ou bien Jailhouse Rock.





La Fureur de vivre 
(Rebel Without a Cause) 
Nicholas Ray 1955




Une bande de jeunes gens, étudiants et autres, s'adonne, pour tromper l'ennui et le mal de vivre, à des jeux dangereux. Vingt-quatre heures de la vie de trois adolescents de la classe moyenne de Los Angeles, aux prises avec leurs démons et la volonté de fuir un monde d'adulte qui ne les comprend guère. La jeunesse rebelle est un thème alors en vogue dans le cinéma américaindepuis le succès de L'Équipée sauvage(1953) de Laslo Benedek. Rebel Without a Cause est sorti un mois après le décès de son acteur principal, James Dean






L'Equipée sauvage 
(The Wild One)
Laszlo Benedek 1953





Des motards sèment la terreur dans les villes où ils passent. Une autre bande débarque en ville, et la bagarre inévitable arrive. Il y aura un mort. L'Équipée sauvage, sorti en 1953, mettait pour la première fois en scène le phénomène d'une bande de rebelles dirigée par Marlon Brando.


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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:15

Années 50 - Eduardo Paolozzi -


Eduardo Paolozzi Scrap Book 1947

Eduardo Paolozzi, collages, scrap books et pop art


Eduardo Luigi Paolozzi (1924 – 2005), est un artiste écossais, né à Leith au nord d'Edimbourg,ainé d'une famille d'immigrants italiens. Il a étudié à l'école des beaux-arts de St Martin puis à celle de Slade, avant de s'installer à Paris. Là, il fréquente des artistes comme Giacometti, et se frotte au dadaïsme et au surréalisme. En 1949, Paolozzi revient à Londres où il est professeur à la Central School Of Art and Design.


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Paolozzi à Londres en 1956 avec le couple d'architectes Alison et Peter Smithson et le photographe Nigel Henderson


En 1952, Paolozzi fait partie à l'Institute of Contemporary Art de Londres, des artistes qui réfléchissent sur la ressource esthétique que constitue l'environnement quotidien et forment l'Independent Group(on y retrouve outre Paolozzi, Richard Hamilton, le couple d'architectes Alison et Peter Smithson , des photographes, des concepteurs de mobilier et un historien d'art, Reyner Banham) Les débats portent sur les techniques artistiques appliquées à l'industrie, ainsi que sur les formes de culture populaire science-fiction, roman noir, musique, mode, publicité, cinéma.C'est le critique Lawrence Alloway, membre du groupe, qui, le premier, utilisera le terme "pop art".


I was a Rich Man's Plaything


Mais le mot pop avait déjà été utilisé par Eduardo Paolozzi dans son collage "I was a Rich Man's Plaything"(J'étais le jouet d'un homme riche) en 1947. Ce collage reprend certains symboles de la culture de masse américaine et pose les fondements de l'iconographie pop : le magazine populaire, la pin-up ou cover girl, des marques publicitaires, dont une bouteille de Coca-Cola, quinze ans avant les sérigraphies de Warhol. Le mot "pop" apparait aussi plus tard en 1956 dans un autre collage celui de Richard Hamilton "Just what is it that makes our today’s homes so different, so appealing" (Qu'est-ce qui fait que les intérieurs d'aujourd'hui sont si différents, si séduisants ?)


Eduardo Paolozzi - Drink Dr. Pepper, collage 1948 - Real Gold 1949


On trouve chez Paolozzi et Richard Hamilton ce qui a permis le développement du pop art :fascination pour la culture populaire, la croyance en l'impact dynamique et multisémantique de l'image, et la relation intime de l'homme avec la machine et la technologie. "Contrairement à la plupart des intellectuels, nous n'éprouvions pas de mépris à l'égard des standarts culturels américains. Au contraire, nous les acceptions, en discutions les modalités et les consommions avec enthousiasme. (...) Hollywood, Detroit ou Madison Avenue produisaient une culture populaire remarquable. (...) Nous assumions une définition anthropologique de la culture dans laquelle toute activité humaine pouvait être l'objet d'un jugement esthétique." dira Lawrence Halloway.


Hamilton - 1956- Just What Is That Makes Today's 
Homes so Different, so Appealing? -


A la fin de l'année 1952, Paolozzi monte l'exposition Bunk, une sorte de diaporama d'images et de sons issus des médias : magazines comme Life ou Esquire, publicités pour des automobiles américaines.. . Une des œuvres, intitulée "Bunk! Evadne in Green Dimension" présente la coupe d'un phallus, entre un Tarzan musclé et une pin-up.


En 1956, l'exposition "This Is Tomorrow" rassemble, notamment, des œuvres de Richard Hamilton – dont "Just What Is That Makes Today's Homes so Different, so Appealing?", un petit collage qui condense toute la thématique du pop art – et des œuvres d'Eduardo Paolozzi. Eduardo Paolizzi se fit ensuite connaître en tant que sculpteur. Paolozzi fut fait élevé au rang de membre de l'Ordre de l'Empire britannique en1968 et en 1979 il fut élu à la Royal Academy. Il devint le sculpteur officiel de Sa Majesté la Reine en 1986, et ce jusqu'à sa mort. Il fut anobli par la Reine en 1989.



Eduardo Paolozzi - Meet the People 1948 - Yours Till the Boys Come Home 1951 - Bunk! Evadne in Green Dimension 1952

[size=24]Années 50 - Françoise Arnoul -


Françoise Arnoul - "La Chatte sort ses griffes"




"Je n’ai jamais été vraiment interessée par ma carrière, je joue dans les films qui me plaisent avant tout"
Françoise Arnoul




"Cette bande pourrait retenir l'attention mais atmosphère malsaine des cabarets, des liaisons illégitimes,les passions les plus vulgaires s'y ajoutent à des scènes sensuelles et parfois même lascives" c'est par ces mots que La centrale catholique du cinéma salue l'entrée dans la carrière cinématographique de Françoise Arnoul en 1949 dans le film de Willy Rozier "L'épave" qui raconte les amours tumultueuses de Mario le scaphandrier avec une jolie garce (Francoise Arnoul) … Mario l’aime, elle préfère sa carrière de chanteuse. Marcadier, important industriel, va la lancer au détriment du pauvre Mario, il se suicidera en coupant son tuyau d'air et en s'engloutissant dans les profondeurs marines.



Françoise Arnoul, à tout juste 18ans,  a été engagée par Rozieraprès des essais : " J'ai vu rentrer une petite jeune fille, et j'ai trouvé qu'elle avait quelque chose de particulier. Après les essais, je lui ai donné le premier rôle : je me suis fais engueuler par les commanditaires. J'ai tenu bon et avec raison : le film a très bien marché. "



Françoise Arnoul,  Françoise Annette Marie Mathilde Gautsch de son vrai nom,nait en 1931 à Constantine en Algérie, elle est la fille d'un officier supérieur Charles Gautsch et de Jeanne Gradwohl, qui avait été un temps comédienne avant son mariage sous le pseudonyme de  Jeanne Henry. La famille revient à Paris en 1945. Françoise entre au lycée Molière où elle  devient l'amie d’Hélène Roussel, la sœur d’une certaine Michèle Morgan. En 1946 elle rencontre Michèle Morgan à la première de "La Symphonie pastorale", un film de Marc Allégret, au Théâtre de l'Empire. Allégret lui propose un rôle dans un de ses films en préparation, "Les Lauriers sont coupés". Elle rencontre l'assistant d'Allégret, un certain Roger Vadim qui lui annonce qu'elle aura pour partenaire dans ce film une autre inconnue nommée Brigitte Bardot, finalement le film ne se fera pas, mais Françoise a décidé de son destin et elle s'inscrit au cours d'art dramatique Andrée Bauer-Thérond. Elle y côtoient Michel Drach, Roger Carel et Roger Hanin. Lors d’une audition au Théâtre de la Potinière, elle signe un contrat avec l’agence artistique Besnard. Elle décroche un bout rôle en 1948 dans « Rendez-Vous de Juillet » de Jacques Becker, mais la scène est coupée au montage.





"L'épave" - 1949






"Nous irons à Paris"




Mais en 1949 Willy Rozier la choisit pour le premier rôle dans "L'Épave".Le film auréolé d'un réputation de scandale (merci la Centrale catholique) est un franc succès et Françoise Arnoul y gagne son image de jeune garce perverse et peu farouche, fatale aux hommes.



L'indispensable Jean Pierre Bouyxou note dans son Encyclopédie du nu au cinéma"Françoise Arnoul n’avait pas pu, en 1949, montrer ses seins dans "L’épave"  : elle n’avait que 18 ans et Willy Rozier, le réalisateur, n’avait pas osé braver l’ire des gardiens de la morale (rappelons que l’âge de la majorité était alors fixé à vingt et un ans et que la censure, en cette sinistre période d’après-guerre, était particulièrement vétilleuse). Elle fut donc doublée mais, crânement, attendit d’être majeure pour exhiber, sans tricher d’avantage, ses boites à lait dans Le fruit défendu (Henri Verneuil, 1952). Afin d’effacer définitivement toute frustration, elle récidiva –après avoir entre-temps, révélé son postérieur dans Le diable et les dix commandements (Julien Duvivier, 1961)- dans Der kongress amüsiert (Le congrès s’amuse, Geza Radvanyi, RFA, 1965). On n’avait rien perdu à patienter, car sa poitrine était beaucoup plus belle que celle qui lui avait primitivement été substituée".




Son deuxième film, quelques mois après "L'épave", ou elle joue, une fois n'est pas coutume un personnage primesautier, "Nous irons à Paris" de Jean Boyer est un gros succès populaire et lui assure la célébrité.  Après on la voue à des rôles de fille aux mœurs légères, des rôles souvent pervers de personnages troubles et destructeurs dans des films aux titres évocateurs  "Le Fruit défendu" (elle incarne une entraineuse démon du midi d'un Fernandel médecin de province - Henry Decoin 1952), " Dortoir des grandes" (Decoin 1953), "Les Amants de Tolède" (Decoin 1953)  , "Les Compagnes de la nuit" (Henri Verneuil  1953),  "La Rage au corps", "Secrets d'alcôve" (Ralph Habib 1954).... "Je jouais surtout des rôles de garce et de briseuse de couple." dit Françoise Arnoul.



 
"Fruit défendu" - 1952











"Les amants de Tolède " - 1953




Puis, en 1954 Jean Renoir, de retour des États Unis, lui offre le rôle de Nini aux côtés de Jean Gabin dans "French Cancan", une jeune blanchisseuse pleine de vie qui conquiert la scène du Moulin-Rouge.  "Pour ce film on m’a mise en garde, car ce n’était pas mon registre habituel, beaucoup m’ont prédit un échec alors que ce film a eu un grand succès ! Après" French Cancan" j’ai retrouvé mon type de rôles habituels." raconte Françoise Arnoul qui démontre dans ce film qu'elle est une admirable actrice. Elle rencontre sur le tournage,un jeune attaché de presse, Georges Cravenne (futur créateur des César du cinéma) , ils se marieront en en 1956 (Le divorce est prononcé le 12 juin 1964).


En 1956 le dossier de presse du "Pays d'ou je viens", film de Marcel Carné, la présente ainsi :"Françoise Arnoul est devenue, en quelques années, l'une des vedettes les plus populaires tant en France qu'à l'Étranger. Elle est allée de succès en succès, sans tapage, par son talent et par son charme, et par une aptitude assez rare, à réussir dans tous les genres. On le vit bien, dès ses débuts, alors que « L''épave » révélait une jeune « vamp » très séduisante et « Nous irons à Paris », une fantaisiste pleine de gentillesse et d'esprit. Depuis, Françoise Arnoul a refusé de se « spécialiser »... Elle a tourné les rôles les plus divers, apportant à chacun de ses personnages ce qui fit leur succès, c'est-à-dire elle-même, sa façon d'être, son regard, son attrait... Et la « vamp » se révèle aujourd'hui dans « Le pays d'ou je viens», une ingénue au charme tendre, un personnage de conte de fées moderne, qui fera l'enchantement de tous ses admirateurs..."




Pour la petite histoire en 1957 elle est la marraine de la nouvelle station de métro Franklin D. Roosevelt (avec Zizi Jeanmaire et Ludmilla Tcherina)  inaugurée dans la nuit du 1er au 2 mars 1957. Deux rames de six wagons dépouillés de leurs banquettes et transformés en plateforme offrirent à 3000 invités un fastueux buffet.



Tragique et fragile dans "Des gens sans importance" (1955) de Henri Verneuil,elle tourne aussi avec Roger Vadim (Sait-on jamais ? 1956), elle rencontre un nouveau succès populaire dans le rôle de l’espionne de "la Chatte" (1958), a tel point que le réalisateur Henry Decoin  ressuscite le personnage (abattu dans le premier film) dans "la Chatte sort des griffes" (1959).








Terry Moore, Jean Gabin Françoise Arnoul à Canesen 1955








"Cargaison blanche" - 1957




«Le Chemin des écoliers» (1959) décrit la vie quotidienne des Français sous l'Occupation,occasion d'une scène culte  où Alain Delon dessine sur les jambes de sa partenaire la couture des bas qu'il ne peut lui offrir. Elle tourne aussi avec  Michel Deville (Lucky Joe, 1964) et fait un bout de chemin avec "la nouvelle vague" avec Pierre Kast dans "la Morte Saison des amours", (1960) et "Vacances portugaises", (1962).



En 1965, Françoise Arnoul  venue saluer Simone Signoret  et Yves Montand  sur le tournage du film de Costa-Gavras,«Compartiments tueurs rencontre l'assistant-réalisateur Bernard Paul. Elle sera sa compagne jusqu’au décès de celui-ci en 1980. Elle met sa carrière  entre parenthèses afin de l’assister dans le tournage de ses premiers films. "Bernard est une rencontre capitale. Le plus important alors était qu’il fasse ses films, plus important que ma carrière d’actrice, parce que pour moi l’amour a toujours été la chose qui comptait le plus dans la vie" dit-elle.



Elle collabore aussi  avec des cinéastes alors quasi inconnus, l’Espagnol Roberto Bodegas dans "Des espagnoles à Paris" (Españolas en Paris, 1971), et Raúl Ruiz dans" Dialogues d’exilés" (Diálogo de exilados, 1974). Elle signe le manifeste en faveur de l’avortement en 1971. "Pour moi, il y a avant tout les êtres humains, tout ce qu’apporte la rencontre, l’addition d’un homme d’une femme et ce que cela fait de nous. Je ne suis pas féministe. J’ai participé simplement avec beaucoup de ferveur à des moments importants de la vie des femmes, comme la contraception. J’ai signé le Manifeste des 343, parce que cela me paraissait capital pour la vie des femmes, parce qu’il y en a trop qui en avaient souffert, qui en sont mortes."








"Le chemin des écoliers"




On la voit  en 1976, dirigée par Bernard Paul, dans "Dernière sortie avant Roissy" (1976),un film sur les cités de la banlieue parisienne. Plus récemment, elle est apparue dans l’Éléphant, de Jean Marbeuf (1990) et dans les Années campagne, de Philippe Leriche (1992). En 1996, elle fait une apparition dans "Post coïtum, animal triste" de Brigitte Roüan. Elle doit sa dernière prestation cinématographique à Claude Faraldo pour "Merci pour le geste tourné".  En 1995, elle a publié ses mémoires, "Un Animal Doué de Bonheur".



 
L'épave - 1949 -



 
Fruit Défendu  - 1952 -




 
La rage au corps  - 1954 -
 















Francoise Arnoul -





Willy Rozier




Willy Rozier (1901- 1983), champion de France de natation en 1925, il représente la France aux Jeux Olympiques de 1928. Il  débute au début des années 30 comme acteur (d' "Autour d'une enquête" - Siodmak - 1931 à "La guerre des valses" - 1933 - Ludwig Berger). Il réalise ses premier films au milieu des années 30.



Systématiquement méprisé par la critique,il provoque  le critique François Chalais en un duel resté célèbre, en 1948. Rozier reprochant au journaliste d'avoir au sujet de son film "56 rue Pigalle" : "Si Marie Déa [qui tenait le premier rôle dans le film] continue à tourner dans d'aussi piètres ouvrages, elle n'aura bientôt plus qu'un bel avenir derrière elle...".



C'est lui qui lance la carrière de Françoise Arnoul avec l'Epave et lui aussi qui donne à Brigitte Bardot son premier grand rôle dans " Manina, la fille sans voiles".... (dont le père de Brigitte Bardot fit d'ailleurs couper certaines scènes).



 



"Manina sans voiles" - 1952




Il passe au film d’aventures en 1954 avec la série des Callaghan ("Plus de whisky pour Callaghan", "À toi de jouer Callaghan", Callaghan remet ça" adaptés des romans de Peter Cheney) ou "Prisonniers de la brousse" avant de terminer sa carrière dans le genre érotique avec "Dany la ravageuse" (1971)  et  "Dora, la frénésie du plaisir". (1975).



Passionné de techniques, il met au point une caméra sous-marine,  et d'aventures, il tourne en Amazonie, en Norvège, en Afrique,  Willy Rozier réalisera de nombreux documentaires. De l' exotisme à l'’érotisme, une filmographie personnelle, populaire et résolument indépendante, celle d'un iconoclaste du  cinéma français, Il s'est suicidé en se tirant une balle dans la tête le 29 mai 1983.

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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:18

Années 50 - Europe n° 1 -





Sylvain Floirat et Maurice Siegel. Louis Merlin





"Voilà un disque que vous entendez pour la première et la dernière fois!"...Lucien Morisse à propos du premier disque de Johnny Halliday





À partir de 1953 les biens de consommations culturels connaissent un développement sans précédent :multiplication des magazines féminins, revues pour la jeunesse  (Tintin et Spirou), développement de la radio :  malgré l'arrivée de la télévision elle reste plébiscitée par une majorité de Français comme moyen d'information et  elle accompagne en voiture ou sur leurs lieux de travail. Le nombre de postes de radio qui s’élevait à 5,3 millions en 1946 passe à 10,5 millions en 1958.




L' État veille sur le monopole établi par les ordonnances de 1945 fondant la Radio Télévision Française,qui lui permet de contrôler l'information voire de diffuser de émissions de pure propagande. D'où le recherche des auditeurs de programmes à la fois moins contrôlés et plus distrayants sur le postes périphériques (comprendre diffusant à partir d'émetteurs situés hors du territoire français, l'expression  été utilisée en premier par un député Jean Baylet). Radio Monte Carlo qui  émet dès 1945,  Radio Andorre, Radio Luxembourg et Europe  n°1


En 1952, la société de Charles Michelson obtient le monopole de la Télévision et de la radiodiffusion en Sarre(Allemagne). Il forme alors le projet de créer une radio "périphérique"  échappant ainsi au monopole français de la radiodiffusion. En décembre 1954 Charles Michelson annonce: "A 300 km de paris à vol d'oiseau, en Sarre, Europe  n°1 , la station privée de radiodiffusion la plus importante du monde va naître avec l"année nouvelle".




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La station  émettrice de Felsbeg en Sarre





Le 1er janvier  1955 à 6h30 le "Bonjour l'Europe" de Suzanne Gabriello et André Rabs ouvre l'antenne...pour la fermer une demie heure plus tard, son émetteur brouillant le radio-phare de Genève. Commence alors une course poursuite : faute de fréquence propre Europe  n°1  change plusieurs fois, brouillant les émissions d'autres stations européennes qui protestent. Le 10  Radio Luxembourg parasitée s'indigne vigoureusement, et qualifie Europe  n°1  de pirate bien, qu'elle-même ne dispose d'aucune autorisation. Pendant 3 mois la station disparaît ou réapparaît selon les circonstances. En Avril Europe  n°1  se fixe sur 183 kHz, depuis l'émetteur situé sur le plateau du Felsberg, près de Sarrelouis en Sarre et diffuse ses premiers messages publicitaires. En septembre 1955 l'État français demande à Sylvain Floirat de reprendre, pour 500 millions de francs,  la station en difficultés financières. Le ministre de l'intérieur de l'époque Bourges Maunoury reconnaîtra plus tard " En vérité, Michelson battait en brèche le monopole de la radio d'État, n'en faisait qu'à sa tête, et nous ne pouvions pas le tolérer." En fait le gouvernement forcera la main de Michelson, apatride, a coup de menaces d'assignation à résidence.




La naissance d'Europe  n°1 , coïncide avec l'apparition de trois innovations qu'elle sait exploiter pour forger un nouveau style de radio:le nagra, un magnétophone portable qui donne une plus grande souplesse d'intervention aux reporters, le transistor (inventé en 1948  il devient un élément essentiel de la fabrication des postes radio dès 1955) qui favorise l'écoute individuelle de la radio, en libérant la radio du meuble de salon qui la contenait  il permet a chacun de partir avec sa station préférée sous le bras. et le disque microsillon (C'est en1949 que  le producteur Eddie Barclay ramène des États-Unis :  les premières matrices des 45 T et des 33 T)

Louis Merlin, directeur général  (ancien directeur des programmes de Radio Luxembourg) et Maurice Siegel, directeur de linformation(qui s'entourera entre autres d'André Arnaud, Albert Ducrocq et Jacques Paoli) prennent la direction de la station avec pour objectif de  créer un radio plus conviviale que la radio "d'État", une radio qui veut convaincre chaque auditeur que l'on s'adresse à lui personnellement, une nouvelle façon de faire de la radio. Louis Merlin bannit l'expression "Chers auditeurs" en usage sur les autres stations, il la juge démodée et sanctionne son emploi d'une amende. Dans son manuel maison .. et confidentiel il définit "le meneur de jeu qui est au speaker ce que l'homme est au robot. Il s'assied à la table de l'auditeur, sur le bras du fauteuil de l'auditrice, ce qui ne veut pas dire qu'il soit débraillé ou indiscret. Il est l'ami de la maison, mais il faut qu'il ait réussi à se faire inviter"





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Daniel Filippachi et Franck Ténot - Lucien Morisse et Dalida





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Maurice Gardett





Dans le domaine de l'information finies les dépêches lues par des speakers à l'antenne,place au radio-reportage où le reporter se déplace sur les lieux de l'évènement. Grâce à une nouveauté technique, le magnétophone portable "Nagra" ils se passent de camion son. L'utilisation systématique d'une ambiance sonore sonne vraie. Les reporters se doivent d'être polyvalents ils commentent un match de football ou mènent une interview politique, polyvalents et virables ; la rédaction d'Europe possède alors le record du turn-over de journalistes.




Coté variétés, la station révolutionne les ondes avec une programmation beaucoup plus librequ'ailleurs, jusque-là à la radio les annonceurs payaient et décidaient,  les programmateurs d'Europe n°1 diffusent eux les chansons qui leur plaisent.. Brel, Bécaud, Dalida, Gloria Lasso sont ainsi lancés. Avec les événements en Algérie, une chanson de Boris Vian   "Le Déserteur", censurée par Guy Mollet, est bannie des ondes, Europe  n°1  sera seule à la diffuser, chantée par Mouloudji, tout comme elle programme les chansons censurées de Brassens  (Le Gorille entre autres) affirmant ainsi son indépendance... Quoi que... Dans le rayon des passages éclairs  l'émission "Cent mille français ont raison" qui en 1955 interroge les français sur leurs opinions politiques. Las, un jour elle a la mauvaise idée de les interroger sur la guerre d'Indochine... contre laquelle se déclare une majorités des interrogés. Le gouvernement apprécia peu et le fit savoir... L'émission avait vécue deux mois. Pendant la guerre d'Algérie, malgré les coups de téléphone et les pressions de Robert Lacoste (Ministre de l'Algérie de 1956 à 1958)  la station conservera sa ligne éditoriale, il est vrai prudente, jouant avec finesse pour conserver sa liberté de ton sans contrarier par trop le pouvoir. Françoise Giroud reconnaitra que pendant la guerre d'Algérie "Europe n°1 n'a jamais démérité"

"Au café de l'Europe" Roméo Carlès alias Brindavoine et Maurice Biraud alias Galoubet papote et "calembourdent" sur l'actualité.A la mort de Charlie Parker, Siegel confie à Daniel Filipacchi (photographe à Paris Match) une émission sur le génial saxophoniste. Sur la lancée il réunit Filipacchi et Frank Ténot (secrétaire de rédaction de Jazz Hot)  qui créent l'émission mythique "Pour ceux qui aiment le jazz", émission quotidienne ou défileront les plus grands noms : D'Armstrong à Count Basie en passant par Billie Holliday ou Miles Davis. En 1958 l'émission prend pour indicatif  "Blues March for Europe No 1" écrit par Benny Golson  est interprété par Art Blakey and The Jazz Messengers





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Maurice Biraud - Mireille Darc - Louis De Funes





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La Pyramide n°1





L'improbable Maurice Gardett anime un temps, "Chasse Gardett" (il fallait le retrouver dans une ville ou il se cachait.Le personnage est légendaire. Ses débuts dans le métier d'animateur radio seraient dus, alors qu'il était sommelier, à une querelle avec le chef cuisinier qui lui avait refusé à manger. Gardett, arracha son insigne de sommelier et s'installa aussitôt dans  salle à manger, pour s'y faire traiter comme il convient, au milieu des clients hilares. Parmi ceux-ci, un monsieur, conscient de ce que l'avenir réservait au sommelier Gardett dans les minutes à venir, l'invita à bien vouloir considérer les avantages d'une engagement immédiat pour Radio-Tanger... (Maurice Gardett "Gardett-party"). On le retrouvera en 1958, sur un autre poste, animateur de "100 000 francs par jour" (qui deviendra "Le jeu des 1000 francs").





Le 5 avril 1955 c'est la première de "Vous êtes formidables !"émission, dont le principe est de résoudre un problème apparemment insoluble ou d'apporter aide et secours avec l'aide des auditeurs, elle est produite par Jacques Antoine et présentée par Pierre Bellemare. Le succès est immédiat, radio d'État et "vieilles" périphériques marquent le coup et voient leur audience se défiler chez l'insolent petit nouveau à 20 heures. Les plus célèbre émission de "Vous êtes formidables !" seront  celle consacrée en 1956 au coup de grisou de la mine de Marcinelle en Belgique, celle en 1957  celle intitulée "L'extraordinaire aventure du facteur et du milliardaire" : Abraham Spanel, immigré d'Odessa en France  à la suite d'un pogrom a fait fortune en Amérique, milliardaire et francophile il publie des placards à la gloire de Lafayette et de son rôle dans la création des États Unis. Après l'intervention du milliardaire à l'antenne (émouvante , forcément émouvante) Bellemare lance un appel pour qu'on lui envoie des cartes postales de chaque ville et village de France. Trait final Bellemare contacte en direct à l'antenne le facteur de Chavaniac La Fayette et lui demande d'emmener le courrier à New York, celui ci y débarquera avec plus d'un million de cartes pour Abraham Spanel. Également au rang des "grands" moments de l'émission, celle consacrée à la catastrophe de Fréjus en 1959.




Lucien Morisse invente en radio le principe de la "Play List" : multiplier les diffusions d'un titre afin d'en faire un "tube" Les ventes de 45 tours suivront... En 1956 avec Pierre Delanoé il produit Musicorama : la retransmission sur Europe  d'un concert hebdomadaire présenté à l'Olympia à Paris, on y verra entre autres les artistes anglais ou américains de passage à Paris et tout ce qui compte ou comptera dans la chanson française.  "Des talents inconnus sont nos « numéros 1 de demain ». Nous en présentons 5 chaque semaine lors du Musicorama, devants des directeurs de cabarets, de tournées, de maisons de disque et impressarii. Ils sont sélectionnés grâce à un appareil spécial, l’applaudimètre. Le vainqueur de l’épreuve sera lancé" dit  Lucien Morisse






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Francis Blanche "Bonjour chez vous "





1956, c'est aussi l'année ou l'inénarrable Macheprot (alias Francis Blanche)se lance sur Europe (il s'était livré à la même activité sur Radio Luxembourg avec Poissons d'avril) dans une de ses activités favorites la canular téléphonique dans "Bonjour chez vous", baptisée ainsi selon la formule dont il concluait systématiquement les conversations téléphoniques macheprotesques. Le même Francis Blanche avec son comparse Pierre Dac écrit au jour le jour les épisodes de"Signé Furax" .




En 1957, après avoir failli être rachetée par l'État, Europe n°1,avec un sens de la promotion toujours affuté, installe devant Notre Dame à Paris, pour les fêtes de fin d'année ,  "Le Sapin n°1", 36 mètres de haut, il a fait le voyage escorté de motards depuis le Jura, Louis Merlin lance en même temps l'opération "Cœurs d'enfants" qui aboutit  trois ans plus tard à la construction d'un bloc opératoire à l'hôpital Broussais permettant les opérations du cœur chez les enfants.




1958 verra une nouvelle invention d'Europe, pilotée par Pierre Laforet,jamais en mal d'imagination pour assurer sa promotion  "La pyramide n°1". Une pyramide de 15 mètres de haut  est  érigée à Neuilly pour abriter des documents destinés aux générations futures.



Enregistrement de voix et de chansons ( de Tino Rossi à Maurice Genevoix en passant par Dalida ou jean Vilar) y sont stockés ainsi que des objets remis par des célbrités (une robe de scène de Piaf, l'ours en peluche de Bardot, une pipe de Simenon...). Elle fut par la suite détruite mais a l'honneur de figurer dans "L'histoire et ses méthodes" de la collection La Pléiade.




En 1959  l’entreprise publique Sofirad  rachete plus du tiers des parts de la station.Toujours douée pour sentir l’air du temps et s’adapter aux transformations sociales la station lance "Salut les copains", diffusée dès 1959 de 17h à 19h l'émission est écoutée par les lycéens dès leur sortie de l'école . Dans les années 60 le "package" Olympia / Europe n° 1 / Salut Les Copains fournira la majorité des vedettes « yéyé » en les médiatisant sous différentes formes : radio, magazine, organisation de tournées … La même année est lancée "Bonjour monsieur le maire"  dédiée découverte du monde rural , on y colle d'autorité un Pierre Bonte plutôt réticent, à Europe n°1 on se moque de la nouvelle émission appelée "Radio vache" ou "Pour ceux qui aime le gaz" (elle était sponsorisée par Butagaz). Ce qui n'empêche nullement l'émission de devenir un phénomène radiophonique (en 15 ans Bonte présentera plus de 4 000 communes).




En Avril 1960, pour une fois manquant de nez,  Lucien Morisse,  à l'émission "Le Discobole", casse en direct le premier disque Johnny Hallyday, en s'exclamant à l'antenne : "Voilà un disque que vous entendez pour la première et la dernière fois!"...






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Logo de la station de 1955 à 1965





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"Vous êtes formidables" Le facteur et le milliardaire 1957 -






Sylvain Floirat




Sylvain Floirat (1899 - 1993). D'abord apprenti charron à Nailhac,après sept ans en banlieue parisienne, il ouvre sa propre entreprise de carrosserie  : La Rationnelle dès 1945 il  choisit de ne plus faire que des autocars (Il est le seul en 1948 à oser présenter des cars capables de rouler à 100 km/h)




En 1946 il obtient  en  l'autorisation d'exploitation de lignes aériennes(privilège qui était jusque là réservé à l'État)  et créé la compagnie Aigle Azur qui commence ses activités sur l'Afrique du Nord (il assure le rapatriement des enseignants français de Tunisie lors des vacances scolaires), le Liban et l'Indochine.




Il vend Aigle Azur, à la société Chargeurs Réunis, en 1955,pour 3 milliards de francs, la même année il rachète Breguet-Aviation  en difficulté mal après  la mort de Louis Breguet  (Floirat a été autorisé à rapatrier les bénéfices en piastres de sa société“Aigle Azur”en échange de ce renflouement)




En 1956  et à la demande du gouvernement françaisil reprend la station de radio Europe n°1.  En 1957  il devient  vice-président de la société Matra (1957). Armement, communication et liens avec les pouvoirs publics : le cocktail magique de Floirat est maintenant bien en place. Il le complète en 1966, en entrant  dans le capital de la Compagnie française de télévision, à l'origine du système Secam.




Parallèlement a des activités dans l 'hôtellerie de luxe Il devient administrateur d'Hachette (1981) et du groupe Filipacchi (1984). Il a été maire de Nailhac, sa ville natale, depuis 1959.  Guidé par son goût pour les "affaires qui laissent du gras" selon sa propre expression le paysan périgourdin à l’accent rocailleux s'est révélé un homme d’affaires avisé et redoutable.





[size=24]Maurice Siegel[/size]




Maurice Siegel (1919 - 1985). Premier directeur de l'information d' Europe n°1c'est lui qui donne à la station son style particulier.



En mai 1968 Europe 1, baptisée "Radios barricades", est accusée par le ministère de l'Intérieur de faire le jeu de émeutiers. Maurice Siégel, qui  a vite compris qu'il devait  limiter la fougue de ses reporters conserve son poste, mais de nombreux journalistes sont congédiés.

Il est  licencié d'Europe 1 en 1974à la demande du Premier ministre Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing ne supportant plus l'insolence du ton d'Europe 1. Siégel  règle ses comptes dans son livre  "Vingt ans, ça suffit !"

En 1977, il fonde le magazine VSD,à une époque ou  la presse de week-end n'existe pas, c'est un succès immédiat.





[size=24]Louis Merlin[/size]




Louis Merlin (1901 - 1976) est l'inventeur  en 1934 du système de parrainageavec son émission "Concert sur mesure", patronnée par une  bijouterie, devant le succès suivront Le Kiosque à musique Persil, Le Petit Déjeuner Banania...



En 1943 il produit pour la Radiodiffusion nationale de Vichy,"l'Alphabet de la famille", une famille de français moyens qui part à la découverte de la France, de ses glores, de ses hauts lieux... Une réussite populaire que l'on demandera à Merlin de continuer après la Libération.




Après guerre, la Compagnie luxembourgoise de radiodiffusioncharge Louis Merlin de relancer Radio Luxembourg. Il propose alors à de reprendre le principe du Crochet radiophonique, émission hebdomadaire à grand succès de Radio-Cité, créée avant la guerre. Par la suite il produira  la plupart des émissions de Radio-Luxembourg dont il fait la station la plus populaire de l'après-guerre avec Quitte ou double (Zappy Max), Reine d'un jour (Jean Nohain), Arrêtez la musique...




En 1949, Louis Merlin s'associe à la famille Gruss (Alexis Senior, André et Lucien Jeannet) et monte le Radio-Circus, qui présente des attractions de cirque et des jeux radiophoniques ...




Ayant quitté Radio-Luxembourg,il participe en 1953-1954 au lancement d'Europe n°1.Il  limite la durée des émissions, renouvelle la programmation musicale. Il développe de nouveaux formats, le spot publicitaire remplace l’émission patronnée.




Il est écarté de la direction d'Europe n°1 en 1966.

[size=24]Années 50 - Mod ou Rocker ?





Mods et Rockers à Brighton





Modes de vie des années 50


It's a Mod, Mod, Mod World ! "Tu dois être un Mod ou un Rocker pour être quelque chose" (interview d'une modette, Daily Mirror, 1964) !





Le phénomène des bandes anglaises à forte identité musicale est né dans les années 1950 avec les Teddy Boys, qui découvrent en 1955-56 le rock n'roll américain. Ils s'identifient alors aux modèles américain du cinéma et de la musique tout en revendiquant leur britannité (costume édouardien, Teddy diminutif d’Édouard).Leur sociabilité s’exprime autour des juke-box qui diffusent la musique venant d’Amérique : le rock and roll (Bill Haley et le phénomène Elvis Presley jusqu’à son départ au service militaire en 1958). Un phénomène américain transitant par l’Angleterre pour atteindre ensuite, avec un décalage, le continent européen.



Fin des années 50 les anciens Teddy Boys étaient tous mariés et pourvus d'emploi,et avaient abandonné leurs anciennes occupations. Le service militaire était aboli, l'économie venait d'entamer une croissance qui ne s'arrêterait qu'une quinzaine d'années plus tard ; et les jeunes nés durant le Baby Boom étaient arrivés à la période de l'adolescence.








Teddy boys




Certains londoniens commencent à s'intéresser à la musique noire (Modern Jazz, R&B)importée des Etats-Unis en même temps qu'ils se démarquent de la grande majorité par leur goût pour les costumes italiens et un certain dandysme, apparaissent ainsi les premiers "mods " (abréviation de modernists pour qualifier à l'origine les amateurs d'un style de jazz éponyme, par opposition aux trads). Pour eux être Mod c'est être international, ils se définissaient comme citoyens du monde adoptant aussi bien le ska que le Ryhtm and blues et la cuisine italienne.










Le mouvement mod développe un style de vie à part entière :vêtements, musique, véhicule (scooters, Vespas et Lambrettas ), art ( Pop-Art ) et surtout une philosophie : Optimisme et attitude décon- tractée. Directement issue du baby-boom, cette génération est tournée vers l'avenir. Elevée dans la société de consommation, elle la célèbre. Mais cela toujours dans un esprit de perfection quasi-narcissique. Le credo des premiers mods c'est "moins il y en a mieux c'est".








Une modette





Ils portaient la parka militaire (de préférence les parkas US M 65 Fishtail (ou M 61) de l'armée Américaine) qui protégeait leur costume du mauvais climat londonien lors des promenades et déplacements en scooters. En dessous ils portaient un Tonic Suit fabriqué sur mesure par le couturier du coin . En semaine, ils s'habillaient du fameux Levi's 501 (porté une première fois dans le bain pour qu'il soit à la taille exacte) avec un polo Fred Perry et une paire de Clark Desert Boots, Hush Puppies, Brogues ou Loafers. Pour les filles la mannequin Twiggy et la couturière Mary Qant devinrent les principales influences : minijupes à dessins géométriques ou costumes deux ou trois pièces. Colin MacInnes, dans son livre Absolute Beginners (Les Blancs-becs), publié en 1958 décrit The Dean (le doyen ) ainsi : "Les cheveux dégradés comme les étudiants sages, avec son éternelle raie sur le côté, une chemise d'un blanc éclatant, italienne, à col rond, une veste courte taillée au style romain ( 2 fentes dans le dos, 3 boutons...), les pantalons étroits sans revers, 42 centimètres de tour en bas au grand maximum, pompes à bouts pointus..." L'équivalent féminin lui "porte des vêtements à bords courts, des bas sans couture, des escarpins à bouts pointus et à talons aiguilles, des jupons froufroutants en nylon semi-rigides, une veste courte format blazer, et une chevelure crêpée genre choucroute. Le visage absolument pâle : maquillage cadavérique, avec une fulgurance de mauve et une profusion de mascara."














En musique, ils rejetaient le rock'n'roll blanc, considéré comme une musique de vieux, obsolète au profit de la soul(avec les productions de Tamla Motown et Stax), du rythm’n’blues et du easy listening que l’on retrouve chez des groupes comme les Who, les Small Faces... Rejetant le style et le chauvinisme des teddy-boys, ces jeunes adoptent une esthétique minimaliste et internationale. Comme l'écrit Nick Cohn dans son essai Today There Is No Gentlemen, "Il y avait dés lors assez de convertis pour former une secte, et on les appela Mods." Du sein de ce mouvement émergèrent quelques groupes britanniques : The Spencer Davis Group, Georgie Fame & The Blue Flame, The Yardbirds, The small Faces, The Who (bien que des années plus tard Roger Daltrey le chanteur avouera qu'au fond de lui-même il s'était toujours senti un teddy boy)




L'usage des amphétamines se généralise et les Mods acquièrent une réputation de fauteurs de troubles.Certains bars ou magasins ont même à la porte des panneaux annonçant "No Mods!". Mais ce sont les explosions de violence qui inquiètent le plus les autorités.













Si la grande majorité des jeunes de cette époque sont des
Mods, une autre partie de la jeunesse avait gardé les habitudes culturelles des Teddy Boys :les Rockers représentaient tout le contraire de la nouvelle culture : habillés de cuir, se déplaçant sur des motos américaines, cheveux coupe Rock & Roll, les Rockers considéraient les Mods comme des snobs efféminés.




Une véritable guerre des rues de déroule en effet à l'époque entre Mods et Rockers.Cet antagonisme donne lieu à de violentes bagarres. Les uns comme les autres se déplaçaient munis d'armes, dont le fameux hameçon avec lequel se promenaient les Mods, caché dans la doublure de la parka, mais aussi des matraques et des couteaux de poche. Le paroxysme est atteint en 1964, où dans les stations balnéaires du sud de l'Angleterre se déroulent de véritables batailles rangées qui dégénèrent en émeutes. La police spécialisée est acheminée par avion des 4 coins de Grande-Bretagne pour empêcher les affrontements.




Le lundi 18 mai 64, à Brighton, une armée de Mods pousse 2 Rockers du haut de la promenade sur la plage en contrebas.La photo de cet incident fait le lendemain la une de la plupart des journaux anglais ( même Paris-Match sort un article avec photos intitulé La tragique histoire des rockers et des modernes ). Les Mods, supérieurs en nombre, prendront inévitablement le dessus. Il faut dire que cette même année, le Ministère de l'Intérieur évalue à 2 millions leur nombre en Grande-Bretagne !







Mods contre rockers - côte sud de l'Angleterre - 1964














En 1964 le mouvement Mod avait commencé à se scinder en deux camps opposés,certains préservent le style originel et radicalisent leur look : ce sont les hard mods, ou encore heavy mods. Ils portent le costume cintré et le chapeau pork-pie pour danser, mais des vêtements de sport ou de travail pour traîner dans la rue (polo Fred Perry, chaussures Doc Martens noires et bien cirées…) ce sont eux qui évolueront plus tard vers le mouvement skinheads, et de l'autre côté une majorité que l'on continue à appeler mods mais qui vont se diluer dans le "swiging London" et son esthétique tape à l'oeil.




Et dès 1966 le mouvement Mod s'efface.Les idéaux du Flower Power et la philosophie Peace & Lovefont alors leur apparition avec les cheveux longs accompagnés de la marijuana, du hashich et d'une vision de la vie contraire à la philosophie frénétique des Mods. Le Psychédélisme sonne le glas du modernisme comme mouvement de masse.





Small Faces





The Small Faces est un groupe de pop-rock britannique fondé à Londres en 1964 et séparé en 1969. Mené par ses 2 leaders Steve Marriott (futur Humble Pie) et Ronnie Lane, il a été, avec les Who, l’emblème du mouvement musical et social londonien des Mods





http://www.youtube.com/watch?v=rfgLrXf2pBE




Small Faces 'sha la la la lee' 1966






Tamla Motown





Tamla Motown, créé par Berry Gordy à la fin des années 50, est établi à Detroit, L'écurie Motown offre à de jeunes artistes un encadrement, une véritable école de la scène. Tamla Motown, ajoute à la Soul une dimension pop à grands renforts d'orchestration, d'arrangements sophistiqués avec pour objectif de séduire à la fois le public noir et le grand public blanc avec des chansons de soul et de rhythm and blues plus accessibles que la production de labels concurrents tels que Stax





http://www.youtube.com/watch?v=Dm74HbcVJI0
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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:22

Années 50 - Cheesecake et pin-up -




Illustration de Zoe Mozert





"le visage d'une adolescente de 15 ans et le corps d'une femme de 20, une chevelure luxuriante, des seins généreux mais pas trop, de jolies jambes, une taille de guèpe et enfin une grace naturelle".





L'âge d'or des pin-up se situe dans les années 1940 et 1950, principalement aux États-Unis.Le "pin-up art" est un genre artistique aussi profondément américain que les tableaux d'Edward Hopper. Les GI's punaisaient les dessins ou les photos de leurs starlettes au mur de leurs casernes... "To pin up" en anglais ! L’expression rentre dans le langage dans les années 40. Appelée aussi "Cheesecake", de l'expression pour parler d'une femme séduisante "better than cheesecake", qu’elle soit dessinée ou photographiée, dans un magazine ou un calendrier, la pin-up n’est pas une vraie femme mais un fantasme: on la dévore des yeux, on ne l’épouse pas. La posture accuse les formes du corps pour accentuer ses proportions (par exemple : le pied tendu dans la ligne de la jambe), l'expression du visage nous dit qu'elle est une jeune fille simple, jamais une vamp, et que son existence est uniquement de l'ordre de l'image.


Les pin-up apparaissent sur des magazines, journaux, posters, calendriers ou des "cartes d'arts" vendues dans les distributeurs automatiques des galeries marchandes.Le premier calendrier des Vargas Girls, publié en 1940, est un best-seller. Et la pin-up conquiert ses titres de respectabilité : les magazines généralistes (Time, Look, Cosmopolitan ...) demandent à des artistes de croquer les stars de cinéma dans le style"pin up".





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La pin-up est partout




Sous les pinceaux des illustrateurs emblématiques de cette périodeGil Elvgren, Alberto Vargas, Earl Moran, Edward Runci et des dessinateurs femmes de pin-ups, et non des moindres : Mabel Rollins Harris, Joyce Ballantyne, les sœurs Patten, Laurette et Irène, Pearl Frush et Zoë Mozert.., les pin-ups s'étalent partout, jusque sur les couvertures des romans classiques de Faulkner, Brontë et Steinbeck… "Esquire", le célèbre magazine américain, pénétrait tous les foyers et avec lui, les plus belles images de pin-ups illustrant de articles d'actualité ou fiction. "Esquire" sera à jamais le plus grand outil de propagation des pin-ups




Durant la seconde guerre pour remonter le moral de ses troupes, l'US Army invite régulièrement quelques-unes des stars les plus sexy à visiter le front.Marlène Dietrich et Ava Gardner seront ainsi ''médaillées'' pour leur dévouement.La pin upest élevée au rang de déesse guerrière. Elle s’habille avec la bannière étoilée, elle s’engage comme infirmière ou comme soldat de la Navy. Elle finit par personnifier la femme américaine, sûre d’elle et audacieuse. Coté britannique les tommies ont aussi leur pin-up avec Jane, bande dessiné publié par le Daily Mirror dont les scenario n'a qu'un but trouver le moyen de lui donner l'occasion de se déshabiller.





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La pin-up patriote : sur les avions (nose art), dans les revues de l'armée (Yanks) épunglée dans les chambrées...




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Betty Grabble, Rita Hayworth, Ann Sheridan





Les plus célèbres pin-up de ces années-là, Betty Grabble et ses "one-million-dollar legs", première à être élue "Reine des pin-ups".(la photo la plus célèbre de Grabble est une photo de dos où elle a la tête tournée avec un sourire coquin... Cette pose était due à sa grossesse naissante) Veronica Lake, "la fille au pull-over", Ann Sheridan… Rita Hayworth... L'après guerre verra la photo prendre le pas sur l'illustration. Et aussi l'apparition de Norma Jean (qui deviendra bientot célèbre sous le nom de Marylin Monroeet de Bettie Page.





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A "cheesecake", "beefcake"




Face à ces "pin up" ou "cheese cake" on voit aussi apparaitre dans les annees cinquante leur version masculine le "beefcake".


C’est à Bob Mizer que l’on doit les photographies de modèles athlétiques les plus connues ; sous couvert d’offrir à Hollywood un moyen pratique de trouver des modèles pour sa production cinématographique, Bob Mizer a créé dans les années 1940 son agence de mannequins-acteurs. C'est en 1952 qu'il crée son magazine Physique Pictorial, copié dès 1952 par d'autres Tomorrow's Man, Body Beautiful, Adonis...




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Elvgren





Elvgren (1914-1980) est un des illustrateurs de pin up les plus célèbres. Le Norman Rockwell de la "cheese-cake".Gillette Elvgren commença à dessiner des pin-up en 1937, il crée une soixantaine de pin-up pour F.Dow, série idantifiable par la signature en caractères d'imprimerie , contrairement aux créations ultérieures ou la signature est en caractere "manuscrits". En 1944, il signe un contrat, avec Brown et Bigelow (qui lui offrent 1000$ par illustration) stipulant qu’il devait produire 18 à 20 pin-up par an ! Sans compter les publicités qu’il devait réaliser pour Coca-Cola, entre autres.Sa technique consistait à photographier le modèle, puis le peindre, le plus souvent à l'huile sur une toile de format 76x61 cm, selon une technique hyperréaliste et en exagérant la luxuriance des chevelures, la longueur des jambes et l'ampleur de la poitrine. Ces peintures étaient ensuite reproduites à des milliers d'exemplaires. Il illustra également des nouvelles, des histoires d'amour publiées dans de nombreux magazines. Les calendriers, entre autre articles, de l'éditeur Brown & Bigelow, pendant les 30 ans que dura la collaboration avec Gil Elvgren, firent les délices de milliers camionneur et militaires à travers tous les continents. Son modèle idéal a "le visage d'une adolescente de 15 ans et le corps d'une femme de 20, un front haut, un cou de cygne, des yeux bien écartés, de petites oreilles, un nez espiègle,une chevelure luxuriante, des seins généreux mais pas trop, de jolies jambes, de belles mains, une taille de guèpe et enfin une grace et un port naturels".



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Elvgren




Alberto Vargas (1896-1982) Alberto Vargas est le fils d' un photographe renommé,ce qui lui permit de se familiariser avec la peinture a l' aérographe. Il travaillera pendant quelque temps comme illustrateur free-lance pour des programmes de revue, des affiches de cinéma, etc…et rencontrera la femme de sa vie : Anna Mae Clift, une danseuse de la troupe Ziegfeld Follies. La carrière de Vargas commence réellement en 1940 avec le magazine Esquire, The Magazine for Men. Ce magazine proposait des récits de fiction, des dessins d’humour, des articles sur la mode, etc. Il ne comportait aucune photo hormis les publicités.Son premier calendrier pour Esquire est publié pour l' année 1941. Le succès est fulgurant, chaque année Esquire vendra des dizaines de milliers de calendriers signés Varga, parfois deux différents pour une même année.Il illustre également les couvertures de " Tatler " et réalise ausi des portraits d'Ava Gardner, Marlène Dietrich ou encore Marilyn Monroe. A partir de 1960, Vargas travailla pour Play Boy .Vargas utisait du papier épais, avec un mélange de gouache et d' aérographe. Le modèle était dessiné nu, puis les vêtements étaient ajoutés. Il mourut en 1982 à Los Angeles.





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Alberto Vargas





Earl Steffa Moran (1893 - 1984) est peintre et photographe, il était passé maître dans les techniques du pastel et de la peinture à l'huile.Il travailla pour Sears & Roebucks, fit des couvertures pour Beauty Parade et Eyefull (magazines pour hommes), des illustrations pour Life Magazine, et des affiches de films. Il travailla aussi pour Brown & Bigelow dans les années 1940-1950. Son modèle le plus connu fut Norma Jean Baker (de 1946 à 1950), qui sera célèbre sous le nom de Marilyn Monroe. Norma Jean était à l'époque à la Blue Book Model Agency, il la payait 10$ de l'heure, et ce pendant trois ans. Marilyn déclara ainsi plus tard que Earl lui a sauvé la vie plus d'une fois. "Elle savait exactement quoi faire, ses mouvements, ses mains, son corps étaient simplement parfaits. C'était la plus sexy. Mieux que n'importe qui d'autre. Emotionnellement, elle faisait tout à la perfection. Elle exprimait exactement ce que je voulais." Par la suite Il signa avec les galeries "Aaron Brothers Galleries" et travailla pour eux jusqu'en 1982.





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Marylin Monroe vue par Earl Moran




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Les Gi font leur propres pin-up - Popular Science Oct 1944





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Jane , la pin-up des Tommies





Edward Runci





Edward Runciest né en 1921 à Gênes en Italie, sa famille émigrent aux Etats-Unis en 1930.La carrière de Runci à démarré après-guerre avec sa première exposition en 1945. Il crée ses premiers calendriers de pin-up à la fin des années 40, et ses premières illustrations pour la publicité au début des années 50. Sa femme Maxine peignait également des pin-up.





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Edward Runci


 


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Zoe Mozert dans son atelier





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Zoe Mozert couverture de "True Confession"





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Zoe Mozert affiche "The outlaw"





Zoë Mozert (1907 - 1993),de son vrai nom Alice Adelaide Moser, a étudié avecHoward Pyle et maitrisait parfaitement l'art du pastel.En 1932 elle s'inatalle à new-York. Zoe Mozert est devenu célèbre avec son illustration pour la couverture du magazine "True Confession" consacré à Carole Lombard et son affiche pour le film de Howard Hughes "The Outlaw" avec Jane Russel. Elle travailla elle aussi pour le calendriers Brown et Bigelow dans les années 40 et 50. Durant la deuxième Guerre elle peignit sa célèbre série "Victory Girls". Zoe Mozert sera fréquemment son propre modèle.

[size=24]Années 50 - vive la consommation -



Salon des Arts Ménagers 1954 - Parisienne de photographie






Les années 1944 à 1949 sont des années de reconstruction marquées par la pénurie et les restrictions. Le rationnement du pain durera jusqu'en 1949. Les conditions de logement sont précaires, les équipements publics très insuffisants par rapport aux besoins de la population. La France ne connait pas de réelle croissance et la vie est difficiles en raison des bas salaires et du coût élevé de la vie. "Et qui n'a pas connu la France de cette époque ignore ce qu'est l'appétit de biens de consommation, des bas en nylon aux réfrigérateurs en passant par les disques et les automobiles, pour lesquelles il fallait des licences d'achat, et que l'on attendait un an.." Françoise Giroud. C'est l'époque du slogan de Maurice Thorez (Secrétaire général du Parti communiste) "Camarades retroussons nos manches".




Les besoins sont immenses, le plan Marshall y pourvoira dans un premier temps.Mais l'industrie  manque de moyens et est désorganisée, certains industriels ont collaboré avec les nazis, tels Renault, d'autres ont été déportés, comme Dassault et l'État doit prendre ses responsabilités dans le domaine économique et multiplie les nationalisations.  La planification mise en place par le Commissariat général au Plan confié à Jean Monnet en 1946, fondée sur une concertation avec l’ensemble des acteurs économiques et sociaux permet le retour à la croissance : le niveau de production de 1929 (le plus élevé de l’entre-deux-guerres) est rattrapé en 1948 puis dépassé de 25 % en 1950.








Queue devant une boulangerie en 1947 à Paris - Parisienne de photographie





Le salaire minimum est institué par la loi du 11 février 1950. Il est fixé en fonction du budget moyen d'un manœuvre parisien célibataire pour ses dépenses alimentaires, dans une logique de salaire-subsistance. Il faut attendre 1952 pour que soit prévu un mécanisme d'indexation sur l'inflation (qui s'élève à 11% en 1950 et à  20% en 1951). Si désormais la reconstruction est dans l'ensemble achevée, la pénurie de logements décents se fait durement ressentir dans les grandes villes.

Durant le terrible hiver 54 les gens qui mourraient de froid dans les rues de Paris étaient des ouvriers qui avaient un emploiet une famille mais ne trouvaient pas à se loger. Les "couche-dehors" comme les appelaient l'Abbé Pierre sont des milliers dans les grandes villes. La construction des logements sociaux piétine. En mai 1952, Antoine Pinay, prend des mesures drastiques pour lutter contre la hausse du prix de la viande, pour apprendre aux consommateurs à mieux gérer leur budget, on verra les journaux publier des recettes pour accommoder les bas morceaux. 

Néanmoins le milieu des années 1950  voit la montée du pouvoir d’achat et la naissance d'une société de consommation et de loisirs.En 1953 apparaît Cetelem, la compagnie de crédit aux particuliers, en1954 naissent la Sofinco (organisme de crédit) et le Club Méditerranée nouvelle formule profitant de l'extension des congés payés (en 1956 ils passent de quinze jours à 3 semaines), Leclerc et J.C. Decaux. La FNAC (Fédération nationale d'achat des cadres) apparait aussi en 1954 et elle ouvre son premier magasin en 1957 autour de 3 gammes de produits la radio, les appareils photo et les magnétophones. la France s’engage sur la voie des «Trente Glorieuses» qui marquent l’avènement de la «civilisation matérielle».




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L'abbé Pierre lance son appel du 11 fevrier 1954 - Enfants remettant à l'abbé Pierre les clés de cinquante logements construits à Noisy-le-Grand, Salon de l'enfance, Paris 1954(Parisienne de photographie)




Le Salons des arts ménagers, manifestation emblématique du développement de la consommation, a rouvert en 1948(il se tiendra jusqu'en 1961 au Grand Palais à Paris)  et connut un immense succès public, bien que les logements ne soient pas équipés pour accueillir la plupart des appareils ménagers vendus et que les ménages n'aient pas dans l'immédiat les moyens de les acquérir, le salon se  donne plutôt un rôle d’éducation pour orienter l’investissement des ménages.  Avec le retour de l'abondance du milieu des années 50, permettant un réel accès aux  biens présentés,  il favorisera la diffusion des innovations en leur offrant une efficace vitrine. Le catalogue du salon de 1956 définit ainsi son rôle  « Le Salon des arts ménagers n’est pas issu du jeu des intérêts privés. Créé sur l’initiative d’un haut fonctionnaire de l'État, loin de devenir une entreprise particulière, il est demeuré la propriété du Centre national de la recherche scientifique, établissement public du Ministère de l’éducation nationale. Diffusant l’enseignement propre à assurer en France le bonheur familial dans le foyer rénové, il sert actuellement la prospérité générale, suscitant […] l’essor des industries comme le développement du commerce et participe, en outre par sa contribution annuelle, au succès des travaux les plus élevés de la science… ».

En 1955, le taux de fréquentation bat tous les records avec un million quatre cent mille visiteurs.Le Salon des Arts ménagers lance le Salon de l'enfance en 1950 pendant dix ans, quelques semaines avant Noël,  il transforme le Grand Palais en caverne d'Ali Baba pour rêves d'enfants consommateurs.

La presse féminine joue aussi un rôle déterminant dans la diffusion des biens d’équipement de la maisonet dans la propagation de l'effort de modernisation (Marie France  est créé en 1944, Elle en 1945, Femmes d'aujourd'hui en 1950 et Marie Claire reparait en 1954). En 1954 8,4% des ménages sont équipés d'une machine à laver le linge, une machine qui reste chère (en 1950 une machine a laver de bonne qualité équivalait à quatre mois de salaire "moyen"), ils seront 24% en 1960. Côté réfrigérateur en 1954 7.5% des ménages en sont équipés, ils seront 17,4 % en 1957 et 24.8% en 1960. La consommation médicale progresse considérablement, elle augmente de 86 % entre 1950 et 1957, l'augmentation des dépenses d'habitation, due essentiellement aux dépenses d'équipement est de 46% et les dépenses de transport, du fait du développement des transports individuels, ont progressent elles de 71%.

 







Salon des Arts ménagers 1948 (Francis Bernard) - Salon 1951 (Villemot)








Paris Match 1955 - Jours de France 1958





Les années 1950 voient l’entrée en scène de la télévision, en dépit de son coût elle  suscite l’engouement populaire,conçue comme une télévision de service public, selon la devise  "informer, éduquer, distraire,  sa diffusion reste restreinte socialement et géographiquement. En 1950 elle fonctionne deux heures par jour, les postes chers sont souvent collectifs dans le cadre de Télé clubs C'est la retransmission en direct en 1953 du couronnement d'Elizabeth II qui la mettra en vedette en démontrant sa capacité à traiter l'événement à chaud. Cependant en 1954 à peine 60 000 foyers en sont équipés, il faudra attendre la fin des années 50 pour voir le phénomène prendre de l'ampleur : en 1958 680 000 postes sont installés. Elle couvrira peu à peu l'ensemble du territoire au cours des années 50 et imposera des rendez-vous attendus : Jean Nohain et 36 chandelles, La vie des animaux de Frédéric Rossif , la piste aux étoiles de gilles Margaritis, Cinq colonnes à la une de Pierre Desgraupes...

L’automobile devient  plus qu' un moyen de transport :un  vecteur d’évasion et objet de plaisir. "Dans des autos de toutes marques, sur des motocyclettes cahotantes, où les couples se tiennent enlacés, les femmes cheveux au vent et l'air extasié, les citadins s'enfuient vers la campagne..." Georges Houdin Le Monde juillet 1958 et les Français deviennent plus exigeant. Ils veulent des autos moins spartiates et plus performantes, les constructeurs répondront avec des modèles devenus mythiques  : Peugeot 403, Renault Dauphine, Citroën DS…

 







Salon des Arts Ménagers 1956 - H. Cartier Bresson


 





Paris, badauds devant un magasin de télévisons - Parisienne de photographie




La consommation des années 50 et 60 reflète l'optimisme, la confiance en l'avenir et la croyance en une ascension sociale collective et continue.C'est une consommation respectant les clivages de la société (ouvriers, contremaîtres et cadres n'ont pas la même) et le système de valeurs de l'époque : l'alimentation d'un ouvrier n'était pas la même que celle d'un notable, ni sa tenue vestimentaire ni sa consommation culturelle.... Il faudra attendre la fin des années 60 pour voir un mode de consommation dépassant la logique des classes et l'appartenance familial.


A la fin des années 1950 Le taux d’activité des femmes se développe fortement,beaucoup de ruraux quitte la campagne pour s’installer dans la périphérie des villes,  le pouvoir d’achat des ménages est en très forte hausse (sur deux francs de revenus en 1950, on en dépensait la moitié pour l'alimentation, sur quatre francs en 1968 - le pouvoir d’achat ayant été multiplié par deux -  on n'y consacrera plus qu'entre 1 franc et 1,50 francs ). Il s’équipent de voitures et  de réfrigérateurs. Les conditions sont réunis pour l'apparition des grandes surfaces. La société Carrefour supermarché nait en 1959 et en 1963 Carrefour ouvre le premier hypermarché français en banlieue parisienne. L'essor d’une culture "jeune"  ("Salut les copains" est  lancé en 1959)  va diffuser le modèle américain : musique, jeans, tee shirts, cinéma....

 








Vaisselle en verre de couleur Duralex - 1958





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Affiche du Parti communiste 1945








Publicité 1954








Publicité 1955 -








Publicité 1957 -








Publicité 1958






Le Baby-boom



Entre 1945 et 1965 il nait plus de 800 000 enfants par an, la population française passe de 40.5 millions en 1945 à 45 millions à la fin des années 50. Le renouveau de la natalité a été encouragé par une politique volontariste des pouvoirs publics. Depuis 1946 les nouveaux nés sont régulièrement suivis médicalement, ces visites ont été rendues obligatoires pour percevoir les allocations familiales instituées par la loi du 22 aout 1946. Le congé maternité passe à quatorze semaines. Le nombre de maternité s'accroit et l'accouchement à domicile devient minoritaire en même temps qu'apparait au début de ces années 50 la méthode de l'accouchement sans douleur venus d'URSS..




En 1956 dans l'émission «Édition spéciale : les femmes jouent leur destin» de François Chalais et Frédéric Rossif, Françoise Giroud dénonce «un million d’avortements clandestins» chaque année et défend la nécessité d’instaurer le contrôle des naissances (La France est alors toujours sous le joug de la loi de 1920 qui «réprime la provocation à l’avortement et la propagande anticonceptionnelle





«La Maternité heureuse», association créée en 1956 par 23 femmes avec pour objectif de "satisfaire aux voeux du couple en ce qui concerne les problèmes de la naissance, du couple lui-même et de la famille ; c’est-à-dire la fécondité, la stérilité, la conception, la maîtrise de la procréation, l’acceptation d’une grossesse en cours" . Une enquête de 1956 révèle que 56 %  des personnes interrogées « déclare n’avoir jamais entendu parler de la limitation des naissances». «La Maternité heureuse» devient, en 1960, le Mouvement français pour le planning familial.







Rentrée des classes Paris 1952





Côté scolarisation le baby-boom amène chaque année 200 000 enfants supplémentaires sur les bancs de l'école. De 4.5 millions d'enfants scolarisés à l'école primaire en 1945 on passe à plus de 6 millions au début des années 60. En 1952 on peut lire dans le Figaro "La reprise de la natalité va conduire à une hausse de 50% des effectifs scolaires d'ici 1959.. Il y a péril pour l'école, si l'on n'adopte pas d'urgence un vaste programme de construction". On construit en hâte et on embauche de nouveaux instituteurs.




La pénurie de logement est énorme, il y a eu peu de constructions entre les deux guerres et les bombardements ont beaucoup détruit. On construits 100 000 logements par an dans les années 50. Dans le parc déjà construit l'inconfort demeure la norme courante : certes 60% des foyers disposent quand même de l'eau courante, mais seuls un peu plus de 25% disposent de WC privés et 10% d'une douche ou d'une baignoire

Années 50 - Le cabanon du Corbusier -




Le cabanon du Corbusier, un chateau de 16 m2









“J’ai un château sur la Côte d’Azur, qui a 3,66 mètres par 3,66 mètres.C’est pour ma femme, c’est extravagant de confort, de gentillesse” Le Corbusier


L'objectif de Le Corbusier est de répondre au problème du développement de la résidence de loisir en site littoral. Il propose la juxtaposition de petits volumes modulaires, de cellules minimales. Il conçoit ainsi, entre 1949 et 1954, plusieurs projets qui ne seront pas réalisés. Le module minimal de 16 m2 qu'élabore Le Corbusier avec son cabanon est pensé pour être juxtaposable et multipliable.



Face à la Méditerranée, sur le site de Roquebrune Cap-Martin,à proximité de la villa E.1027 de son amie Eileen Gray, Le Corbusier, en 1952, accole ce cabanon à la guinguette "L'Étoile de Mer" Construite en 1948 par Thomas Rebutato, artisan plombier niçois reconverti en cabaretier. Les façades revêtues de dosses de pin étaient initialement prévues en bardage d'aluminium. La construction, de 16 m2, est un trésor d’ingéniosité et de fonctionnalité. Tout y est minutieusement pensé et calculé. Avec le “ Modulor”, un système de mesures directement lié à la taille humaine Le Corbusier renouait avec le Nombre d’Or des bâtisseurs de l’Antiquité. Soit une mesure-étalon de 2,26 mètres, la taille moyenne d’un homme le bras levé. 2,26 mètres de haut et 3,66 mètres de large, les mesures du cabanon résultent de l’emploi du Modulor. Une seule pièce, un lit, étroit surmonté d’un oreiller sculpté dans le bois, une table pivotante à un pied, des placards intégrés, deux cubes en bois servant de chaises, un petit lavabo rond en inox et une vitre de fenêtre astucieusement remplacé par un miroir pour se raser, le sol est peint en jaune, le plafond vert et orange pâle : le parfait prototype d’une “machine à habiter”. Des fresques murales représentent des silhouettes humaines stylisées.

 







Vues intérieures du cabanon








La villa E 1027 d'Eileen Gray


La villa E 1027


C'est en 1926, qu' Eileen Gray, pionnière du design moderne,commence avec Jean Badovici la construction de la célèbre E-1027 - E=E(ileen), 10=J(ean), 2=B(adovici), 7=G(ray) - résultat de trois ans de recherche. Réalisée en béton armé elle est d'une surface modeste : 160m2. L’étage principal est un rez-de-chaussée surélevé sur pilotis, eclairé par des fenêtres en longueur et des grandes baies. La facade de la pièce de séjour donnant sur la mer est une immense baie ouverte au soleil. Les pièces closes, salles de bain, cuisine, la chambre principale en haut, les chambres de domestiques et la chambre d’amis en bas se superposent dans un bloc compact. Un escalier en vis les relie à la terrasse. Le mobilier est conçu en osmose avec l'architecture. les tables, les sièges, placards sont réalisés avec les matériaux les plus novateurs, et conçus de façon à être mobiles et transformables. C’estpour cette maison qu' Eileen Gray conçoit ses meubles les plus célèbres comme la chaise transat, le fauteuil Bibendum, la table basse E1027...



La maison fut ornée de huit peintures murales en 1938 par Le Corbusier lui-même au cours d’un séjour avec sa femme, la petite histoire raconte que ce fut sans l'accord d'Eileen Gray, ce qui engendra une certaine tension entre Gray et Le Corbusier. Eileen Gray meurt le 31 octobre 1976.








Living room et chambre d'amis de la E 1027








Le transat, le fauteuil bibendum, la table E 1027 dessinés par Eileen Gray





En 1954, il dessine pour Rebutato, sur le même site un ensemble de 5 Unités de campingqui seront mises en la location à partir de 1957. Les "unités de camping'' sont regroupées dans un bloc sur pilotis ; elles ne sont différenciées que par la couleur de leur porte. Prévu pour deux, l'espace intérieur est divisé par une colonne sanitaire ; il est encore plus restreint que celui du cabanon (8 m2).


Le Corbusier et sa femme passèrent ici treize étés jusqu’à la mort du Corbusier, par noyade, le 27 août 1965.








Les Unités de Camping

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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:26

Années 50 - Yves Saint Laurent -


Yves Saint Laurent : les débuts, de Christian Dior à Pierre Bergé




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Paris Match - La collection Dior de 1958




Yves Saint Laurent est né en 1936 à Oran où il passe toute sa jeunesse.En 1953 il remporte le le prix de la fondation Woolmark (ex æquo avec Karl Lagerfeld) grâce à une robe de cocktail.

Alors qu'il suit des cours de dessin à la chambre syndicale de la couture,Michel de Brunhoff rédacteur en chef de Vogue le présente à Christian Dior qui lui propose de travailler comme modéliste. Durant deux ans Yves saint Laurent apprend chez Dior, les secrets de la coupe et du monde de la Haute Couture et devient l'assistant du couturier. 

En 1957, Dior meurt soudainement. À 21 ans, Yves Saint Laurent, désigné comme son successeur par Christian Dior, se retrouve à la direction de la maison, l’histoire de la couture se trouve à un moment clef, entre la période de l’après-guerre et le début de la production de masse… Timide, introverti mais sûr de son destin : «Il se sait né non pas pour faire de la mode, mais pour faire la mode», écrit sa biographe Laurence Benaïm, ce grand jeune homme maigre est attendu au tournant. Le 30 janvier 1958, Yves Saint Laurent présente sa première collection chez Dior et fait un triomphe, avec la fameuse ligne Trapèze (coupe partant des épaules et du buste, qui s’évase progressivement et donne aux robes un aspect dynamique) qui voulait rendre à la femme sa liberté de mouvement. A vingt et un ans,il devenait le plus jeune couturier du monde.


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1958 - Yves Saint Laurent après le triomphe de sa première collection Dior - Avec la princesse Margaret en novembre 1958



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1959 - Chez Dior Yves Saint Laurent et Tessa Beaumont, danseuse - Avec la robe de mariage de Farah Dibah - Parisienne de photographie



Paris Match écrit"C’est dans le calme de sa maison familiale en Algérie qu’Yves Saint Laurent a dessiné les 178 modèles qu’il vient de présenter dans le magnifique salon crème et ivoire de l’hôtel particulier de l’avenue Montaigne à Paris. Ses robes-blouses montrent la pointe du genou mais, miraculeusement gonflées dans le dos, elles dessinent un buste menu aux mannequins. La ligne « Trapèze » est le new-look de la saison." Yves Saint Laurent ce jour là a "cambriolé la gloire", dit Pierre Bergé


Il créera six collections chez Dior, entre 1958 et 1960.Appelé sous les drapeaux en 1960, il est hospitalisé pour dépression. Il est remplacé chez Dior par Marc Bohan qui présente sa première collection « Slim Look », sous la griffe Dior.



En 1961 Pierre Bergé convainc le milliardaire américain J.Marck Robison d'apporter les fonds nécessaires à la création de la maison de couture Yves Saint Laurent,Pierre Bergé est à la direction financière. La première collection est présentée en janvier 1962, rue Spontini à Paris. Des rumeurs ont précédé le lancement de la collection, les modèles ne seraient pas terminés, Saint Laurent n'aurait pas réussi à faire aboutir ses idées. L’événement est attendu, célébrités et tout le monde influent de la mode sont là, Yves Saint Laurent sait qu’il joue son avenir ... C’est un succès l’assistance est subjuguée



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Collection Yves Saint Laurent Printemps 1962




Saint Laurent explique :"Ce qui m’intéresse, c’est d’arriver à créer pour les femmes un vestiaire masculin : quelques types de vêtements rationnels et indémodables" Ainsi naitra en 1962 le caban,1965 est l’année "Mondrian" avec des compositions géométriques de rectangles jaunes, rouges et bleus sur fond blanc. La même année il dessine pour Sylvie Vartan un ensemble pantalon veste qui fera "scandale" à la télé lorsqu’elle le mettra le 14 février 1965, la presse traitant son ensemble de "pyjama". En 1966, c’est la collection "Pop Art". Saint Laurent met les femmes en pantalon avec un smoking jusque là réservé aux hommes puis viendront la saharienne et le costume d’homme (1967), le jumpsuit (combinaison, 1968), les robes transparentes (1969).



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Yves Saint Laurent Zizi Jeanmaire "Cyrano de bergerac" 1959 - Croquis de Saint Laurent pour Cyrano



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Yves Saint Laurent Zizi Jeanmaire Alhambra 1961 - Yves Saint Laurent pendant un essayage pour Maldoror ballet de Roland Petit 1962



En parallèle, il participe à la création de décors pour des ballets, des revues, des pièces de théâtre et des films.Notamment les les ballets de Zizi Jeanmaire et de son mari Roland Petit. De Cyrano de Bergerac (1959) au Mariage de Figaro (1964), des Monstres sacrés (1966) à Notre-Dame de Paris (1965), de La Chevauchée sur le lac de Constance (1973) à Shéhérazade (1974). Sans oublier le cinéma et le théâtre. Il habille Arletty pour la pièce de Jean Cocteau les Monstres sacrés, au théâtre des Ambassadeurs (1966), Catherine Deneuve pour Belle de Jour (1966) de Luis Buñuel comme pour la Sirène du Mississippi (1969) de François Truffaut, Zizi Jeanmaire pour sa revue au Casino de Paris (1972), Jeanne Moreau et Delphine Seyrig pour la Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke, à l’Espace Cardin (1973), aussi bien que Madeleine Renaud, à plusieurs reprises, et notamment pour Savannah Bay, de Marguerite Duras, au théâtre du Rond-Point (1983)




Le 7 janvier 2002 Yves Saint Laurent fait ses adieux à la haute couture à l'âge de 66 ans. Il meurt le 1er juin 2008.
 
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Yves Saint Laurent croquis et costume pour Zizi Jeanmaire 1963

[size=24]Années 50 -1954,"Mademoiselle" est de retour



Coco Chanel avec Salvador Dali en 1937



““L’élégance, c’est la liberté de bouger”





Le 5 février 1954 Mademoiselle réouvre sa maison de coutureaprès quinze années d'inactivité. Sa nouvelle collection, débute par un tailleur jersey qui fait toujours partie de la garde-robe des femmes d'aujourd'hui. Le vêtement signature de la grande maison descend dans la rue ; "universellement adopté et copié " mais jamais égalé.



Née à Saumur en 1883, Gabrielle Chanel est la deuxième fille d'Albert Chanel, camelot et de Mlle Jeanne Devolle, couturière. Sa mère meurt alors qu'elle n'a que douze ans. Elle devient demoiselle de magasin à Moulins, puis chanteuse de music-hall. Elle se produit en spectacle devant les officiers qui la surnomment "Coco", parce qu'elle chante "Qui qu'a vu Coco" . Ce surnom ne la quittera plus. Elle est remarquée par un jeune officier de cavalerie, Étienne Balsan, qui l’installe à Paris.



"Ma légende repose sur deux piliers indestructibles : le premier, c'est que je suis sortie on ne sait d'où, du music-hall, de l'opéra, ou du bordel... Le second, c'est que je suis la reine Midas. On m'a cru une intelligence des affaires, mais les affaires, les bilans m'ennuient. Pour additionner, je compte sur mes doigts" Coco Chanel







La petite robe noire - Marlene Dietrich en tailleur pantalon Chanel1933 - Chanel 1937



En 1909, à 26 ans, partie de rien elle commence avec des chapeaux. Un an après, elle ouvre boutique rue Cambon.En 1913, financée par son amant de l'époque Arthur Capel, dit "Boy", elle ouvre une boutique à Deauville et une autre à Biarritz en 1915. Première audace : des tenues en jersey, la matière réservée jusque là aux sous-vêtements,l'audace fait fureur. Viendront ensuite des ensembles pantalons, et dans les années 20, la fameuse petite robe noire. Ses liaisons masculines sont source d'inspiration : robes à motifs slaves au temps du grand-duc Dimitri, Dimitri Pavlovitch Romanoff, cousin du dernier tsar de Russie. Plus tard, elle emprunte au duc de Westminster, Hugh Richard Arthur Grosvenor, des éléments de costume masculin, comme le chandail, la pelisse, le béret de marin ou la veste en tweed, et les adapte à la panoplie vestimentaire de la femme. En 1918, la boutique parisienne de Chanel s'agrandit; elle emploie plus de 300 ouvrières, rembourse "Boy", refusant à jamais le statut de femme entretenue.



La maison devint célèbre aussi pour son parfum emblématiqueN°5 conçu en 1921. Ernest Beaux continua à créer des parfums pour Chanel, dont le N°22 (1922), le Cuir de Russie (1927), le Gardenia (1925), et le Bois des Îles (1926).


Ses amis sont sa seule famille,elle s’entoure d’artistes tels que Stravinsky, Lifar, Morand, Picasso, Diaghilev, Cocteau. Elle créera des costumes de scène pour Diaghilev (le Train bleu, 1924), et pour le cinéma, notamment, en 1939, pour la Règle du jeu de Jean Renoir.



Dans les années 30, elle fera face au succès de Schiaparelli, couturière d'origine italienne,amie des surréalistes, qui a ouvert sa maison en 1934, et à la grève de ses ouvrières, à sa manière autoritaire et imptoyable. En 1939, à l’annonce de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, elle licencie tout son personnel, elle ferme sa maison de couture. Les parfums Chanel suffisent largement à son train de vie





Coco Chanel et un mannequin en 1954





Chanel collection de 1956



Installée à l'Hôtel Ritz, parmi ses paravents en laque de Coromandel,elle y vit durant la Seconde Guerre mondiale avec l'officier allemand des services de renseignements Hans Gunther von Dincklage. Coco Chanel propose à Walter Schellenberg, chef des services de renseignements SS (qui accepte), de négocier une paix séparée avec Churchill, mais ne peut, par l'ambassade d'Angleterre à Madrid, prendre contact avec lui. On lui reprocha aussi des manoeuvres douteuses contre les frères Wertheimer, avec lesquels elle avait fondé en 1924 la Société des parfums Chanel. (Les hommes d'affaires détenait 70 % du capital, Chanel 10 %. Devant le succès du secteur parfum, les relations se tendent, Chanel a vendu la poule aux oeufs d'or sans le savoir). Les Wertheimer sont juifs. Ils sont partis aux Etats-Unis. En leur absence, l'entreprise doit être confiée à un administrateur aryen. Chanel tente avec l'aide de son amant de récupérer la société. Mais les Wertheimer ont organisé avant leur départ une vente fictive à leur ami Félix Amiot, un constructeur d'avions. Après la guerre, le prête-nom rend la société à ses vrais propriétaires.



L'antisémitisme de Channel semble bien avéré.Un membre de sa famille la qualifiera d' "atroce emmerdeuse" et précise que la dame avait sa grille de lecture: "Elle distinguait trois groupes. 1. Les Israélites, parmi lesquels elle plaçait les Rothschild. 2. Les juifs. 3. Les youpins. Selon les jours, elle classait les Wertheimer dans la deuxième ou la troisième catégorie." "Cette dame, qui d’ailleurs me voulait du bien, était décidément trop antisémite pour mon goût." dira Françoise Sagan. Seule, sans doute, l'amitié de Winston Churchill, qu'elle avait connu pendant sa liaison avec le duc de Wesminster, lui évite de graves ennuis à la Libération.



Elle quitte Paris et s’installe en Suisse.C'est d'un palace de Saint-Moritz qu'elle assiste au succès du "new-look". Christian Dior entrave à nouveau les femmes, à contre-courant des convictions de "Mademoiselle". Il lui faudra attendre quelques années encore avant de reprendre le combat sur son propre terrain.





Chanel en 1958 Parisienne de photographie





Chanel au Ritz - Chanel en 1964



En 1947 "Pierre Wertheimer [...] jugea que la générosité fut la seule revanche qu'il put prendre "et réaliste, il comprend aussi qu’il ne peut y avoir de Chanel sans Gabrielle Chanel. Il accepte de verser à Coco une redevance de 2 % sur toutes les ventes de ses parfums dans le monde. "Soit environ 1 million de dollars par an", précise Edmonde Charles-Roux. En 1954, Coco Chanel cèdera ses droits sur son nom à Wertheimer.



En 1953, à 70 ans, à la demande de ses commanditaires qui comptent sur sa présence pour relancer la vente des parfums,Chanel prépare son retour et réintègre la rue Cambon. Elle a du mal à imposer son style face aux jeunes créateurs comme Christian Dior qui s’est fait une renommée internationale. Sa première collection en 1954 est mal accueillie et lui vaut les salves de la presse qui l'avait portée aux nues (La couture est encore sous l’influence "new look", la taille bien prise et la jupe ample), mais défendue par le journal Elle (Hélène Lazareff en tête) et reconnue parle magazine américain "Life" et les acheteurs New-yorkais, Coco Chanel tient bon. Elle impose de nouveau des robes près du corps, une silhouette androgyne, des vêtements sobres. Le tailleur de tweed à motifs écossais, décoré de boutons-bijoux et orné d’une ganse de couleur contrastée fait une entrée fracassante, complété par une blouse de soie réalisée dans le tissu de la doublure. Perfectionniste "à en mourir", Mademoiselle pense à tout, à l'escarpin bicolore, qui allonge la jambe et raccourcit le pied, comme au catogan, qui ajoute au maintien. Roland Barthes définit le tailleur Channel "...Comme l'oubli du corps tout entier réfugié, absorbé dans la distinction sociale du vêtement". Il donne aux femmes ce qu'elle a toujours voulu pour elles: l'allure, le confort et le détachement. Le succès se manifestera dès sa seconde collection, son style retrouve les faveurs des femmes.





Jeanne Moreau "Les amants" 1958 - Delphine seyrig "baisers volés" 1968





Jackie Kennedy, Dallas, en Channel



Le tailleur Channel alliance parfaite de l'allure et du confort connaitra un succès mondial. Sans cesse réinventé à chaque nouvelle collection depuis plus d'un demi-siècle,il est devenu un symbole de l'élégance française. Il habille les actrices du moment, notamment Jeanne Moreau dans "les Amants" (1958) de Louis Malle, et Delphine Seyrig dans "Baisers volés" (1968) de François Truffault. Sa plus belle ambassadrice dans les années 60 est la première dame des Etats-Unis, Jackie Kennedy, icône américaine de la modernité et de l’élégance qui portait le fameux tailleur Chanel rose lors de l’assassinat de son mari à Dallas.



En 1955 Chanel lancement le sac matelassé en bandoulière devenu, un grand classique. Le succès est tel que ses ateliers ne peuvent satisfaire la demande croissante. La première eau de toilette pour homme, "Pour Monsieur", est lancée cette même année 1955 et Coco Chanel reçoit l’oscar de la mode honorant "la créatrice la plus influente du XX e siècle", des mains de Stanley Neiman Marcus, propriétaire des grands magasins de mode de Dallas. En 1959 le flacon du N°5 est exposé au musée d’Art moderne de New-York.



"Mais l'âge est là et, peu à peu, les ciseaux de la révolution ne servent plus qu'à couper l'uniforme de la haute bourgeoisie. Coco Chanel peste contre la minijupe et les libertés qu'elle n'habillera pas. Lorsqu'elle meurt, en 1971, la maison entre dans ce que Marie-Louise de Clermont-Tonnerre, directrice des relations extérieures, appelle 'un arrêt sur image'".Edmonde Charles-Roux... Dont elle ne sortira qu'avec l'arrivée de Lagersfeld.



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Chanel au Ritz 1937





Chanel et Serge Lifar 1937





Le tailleur Chanel





Coco Chanel





Coco Chanel 1935



Pour Coco Chanel, "il n’y a d’autre beauté que la liberté du corps".La "petite robe noire" épouse le corps des femmes et fait fi du corset. "La première, créée en 1926 par Mademoiselle Chanel et baptisée par les Américains la Ford en raison de son succès, a renvoyé toutes les robes compliquées au placard, explique Didier Ludot. Grâce à sa forme simple, proche du T-shirt, elle a bouleversé les garde-robes." Courte, elle permet les grandes enjambées. "La petite robe noire" est synonyme de liberté et d’élégance. Vogue écrit : "Maintenant qu’il est de mauvais goût de s’habiller en riche, le look de pauvre est à la mode. Des femmes fortunées se promènent en petites robes toute simples". Et déja elle est copiée à tout va. Elle accédera au rang de "classique" dans les années 50. Depuis elle ne s'est jamais démodée. Elle fait partie des basiques comme le jean, le sweat, la veste d’homme ou la chemise blanche. Elle s’adapte à tous les styles, allonge ou raccourcit, avec ou sans manches,avec ou sans décolleté. Une seule constante : le noir et une "philosophie" : "La petite robe noire exige une ligne simple, une coupe parfaite et une touche d'esprit" Suzy Menkes.Tous les couturiers et stylistes qui se respectent en ont dessiné leur version. Tour à tour adoptée par Edith Piaf, symbole des existentialistes, porte-drapeau du renouveau de la couture, uniforme de la bourgeoise, vêtement le plus "tendance", c'est cela sa magie.

Années 50 - Hugh Hefner créait Playboy -





Playboy - décembre 1953 - janvier 1954



"Il y a eu trois grande inventions dans l'Histoire de l'humanité :
le feu, la roue et Playboy !"
Hugh Hefner





En cette année 1952,Hugh Hefner quitte Esquire,ou il était rédacteur, quand le journal transfère son siège de Chicago à New-York. Esquire avait été dans les années 40 le magazine "légal" le plus osé des Etats Unis avec ses illustrations d'aguichantes pin-up les Petty Girls et les Vargas Girls ; le Service des Postes refusa même longtemps de le distribuer le considérant comme une revue obscène. Mais à l'époque d'Hefner il cherchait à se débarrasser de cette réputation sulfureuse.


Hefner devient directeur des ventes d'un groupe de magazine "pour hommes" la Publishers Development Corporation.En 1952, en plein McCarthysme, au milieu d'un climat de crainte et de suspicion ou tout ce qui s'éloigne de la norme morale et du droit chemin est soupçonné de subversion, les magazines "pour hommes" ne sont vendus que "sous le comptoir", et encore se limitent-ils à de pseudos revues naturistes et à des revues photographiques de nus "artistiques". A la fin de 1952 il trouve un emploi plus lucratif dand un magazine... pour enfants "Children's Activities".
En 1953, l'idée de créer son propre magazine le reprend(il a déja fait plusieurs tentatives sans succès dans ce domaine). Il écrit dans sa biographie "Je voulais créer un magazine pour distraire l'homme de la ville, une revue gaie et intelligente. Les photos de filles permettraient le démarrage initiale mais avec la qualité en plus". Dans une société puritaine comme celle des années 50, si le sexe intéresse tout le monde, personne n'ose l'évoquer. Hefner affine son idée de magazine érotique de qualité avec son ami Eldon Sellers. Le titre retenu est "Stag Party"






Esquire - fevrier 1948 - avril1952



Pour lancer son magazine, Hefner doit trouver une idée de couverture car c'est ce qui fera acheter le nouveau magazine.En 1949 Marilyn Monroe, alors starlette désargentée, avait posé nue pour le photographe Tom Kelley, qui avait revendu les photos à la John Baumgarth Company, éditrice de calendriers. Entre temps Marilyn Monroe était devenue célèbre. Baumgarth avait utilisé les photos pour des calendriers (connus sous le nom de calendrier Golden dreams) dont une série retouchée avec un déshabillé dessiné en surimpression sur la photo originale, Baumgarth craignant des poursuites pour obscénité. Hefner put obtenir les droits de publication pour 500 dollars.


Hefner et Sellers, rameutant amis et familles réunissent 8000$.Le contenu du premier numéro est pour une part réalisé à l'aide de textes tombés dans le domaine public. La maquette est créee par Art Paul qu' Hefner réusit à convaincre d'accepter des actions en paiement. Le titre "Stag Party", posant des problèmes juridiques (il existait déja un magazine appelé Stag) Eldon Sellers propose un nouveau titre "Play boy", pour lequel Art Paul dessine immédiatement le célèbre lapin."Bunny". Hefner rédige l'éditorial : "Que ce soit clair : nous ne sommes pas un magazine familial. soeur, épouse ou bellemère, si vous avez ouvert ce journal par hasard, je vous en prie, rendez le à l'homme de votre vie...". Au dernier moment Hefner fait retirer la date de parution sur la couverture ("Je n'ai pas daté le premier magazine car je n'étais pas sûr de pouvoir en sortir un autre" explique-t-il) et ainsi pouvoir éventuellement laisser le numéro en vente jusqu'à épuisement du stock. Mais en quelques semaines, plus de 50 000 exemplaires à 50 cents la pièce sont vendus. Le second numéro, daté lui, est publié en janvier 1954. Le personnel du magazine se compose alors en tout et pour tout de quatre personnes: Hefner lui même, Art Paul, Seldon Sellers et un écrivain anonyme recruté par Hefner, Ray Russel. Un an après Playboy tirait à 175 000 exemplaires et en 1959 il atteignait un tirage d'un million d'exemplaires.





Juillet 1955 le numéro avec Jant Pilgrim - Janet Pilgrim Playmate encore en décembre 1955



La fameuse Playmate fit son apparition dès le deuxième numéro(Marilyn Monroe était la sweetheart du mois), au début elle était sélectionnée dans le catalogue de photos de de la John Baumgath Company. Hefner fit par la suite appel à des modèles professionnelles on vit ainsi poser Bettie Page (janvier 1955) et Jayne Mansfield (fevrier 1955). Pour la petite histoire la play mate de juillet 1955, Charlene Drain alias Janet Pilgrim était employée au service abonnement de Playboy, et la maîtresse éphémère d'Hefner. Janet Pilgrim marque un tournant dans l'histoire de la Playmate, la fin des pin-up et modèles professionnelles et l'entrée en scène de "la fille d'à côté", une fille "convenable" qu'on n'aurait pu voir nue nulle par ailleurs. Désormais chaque Playmate se voit accompagnée d'une histoire inventée de toutes pièces racontant ou et comment elle a été découverte.



Hefner dut batailler contre le Service des postes américaines,qui lui refusait le tarif spécial appliqués au magazine, et qui dans certains états du Sud n'acheminait carrément pas Play Boy aux abonnés, en novembre 1955 une décision de justice donna raison à Hefner et mit à la raison le moralement sourcilleux service postal. En 1957 Playboy s'installe dans nouveaux locaux et Heffner y installe aussi son appartement, ce qui lui permet de déambuler jour et nuit en pyjama, mal rasé, passant ses nuits à travailler et a recevoir starlettes et Playmates potentielles. D'où la légende qui veut que les étoiles qui apparaissaient sur la couverture du magazine notaient les performances sexuelles des demoiselles (elles indiquaient en fait une édition régionale)





Janet Pilgrim au "civil" en 1959





Playboy - novembre 1955 playmate Barbara Cameron - aout 1957 playmate Dolores Donlon



En août 1958 Playboy organise"le plus grand festival de jazz du monde" avec Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Duke Ellington... Tout d'abord prévu dans la cadre d'un festival subventionné par la mairie de Chicago le "Festival des Amériques", Hefner dut se résoudre finalement à monter son festival sans l'aide de la municipalité, la hiérarchie catholique ayant fait discrètement pression sur la mairie, mettant en avant le caractère peu présentable de Playboy. Le Festival de jazz fut organisé dans le stade de Chicago et attira plus de 60 000 spectateurs, il coûta cher mais assura une publicité considérable à la revue.



En Octobre 1959 nait l'émission de télévision "Playboy's Penthouse" sur une chaine de Chicago. Le décor représentait une luxueuse garconnière avec vue panoramiquesur la ville avec jolies filles et invités célèbres, le tout présenté par Hefner lui-même, affublé d'une pipe pour se donner une contenance. Il avait refusé que quin que ce soit d'autre puisse présenter ce show. Et si Hefner était un éditeur surdoué, c'était un présentateur gauche et maladroit, le show ne survécut que 6 mois à sa nullité comme animateur.





Playboy - juillet 1958 playmate Joyce Nizzari - novembre 1960 playmate Joni Mattis



C'est en 1959 aussi que Playboy publia des nus intégraux, des photos de strip-teaseuse,ce qui lui valut une descente du FBI et la confiscation des photos. Cette année là aussi Playboy fit l'acquisition, à Chicago, de la propriété de 70 pièces qui allait devenir la première Playboy Mansion. ( en 1971 Playboy acheta une autre prropriété en Californie, la propriété de Chicago fut offerte à l'"Art Institute of Chicago au début des années 80, elle est actuellement reconvertie en appartements). En 1960 voit le jour le club Playboy avec ses Bunnies en costume de lapin.
Playboy est alors une véritable institution, la voix d’une révolution sexuelle au sein d'un des pays les plus puritains au monde !(Le rapport Kinsey, publié en 1948, sur la sexualité masculine "Sexual Behavior in the Human Male", avait stupéfié la nation... Le rapport de 1953 sur la sexualité féminine, "Sexual Behavior in the Human Female" lui fit carrément scandale.)



Dans les années 70, le magazine tirera jusqu'a plus de 7 millions d’exemplaires (tirage record de novembre 1972).Ce sera le sommet de son succès. Bo Derek ou Brigitte Bardot nues côtoient les interviews de Salvador Dali, de Jean-Paul Sartre ou d'Henry Miller… La version française est lancée en 1973. Les années 80 seront nettement moins fastes, les ventes remonteront et se stabiliseront dans les années 90





Hugh Hefner entouré de bunnies

Années 50 - Le hula hoop -





La folie de 1958:le Hula-hoop





1)Carte postale légendée “Hula Hoop Habit, Oklahoma City, Oklahoma, 1958" - 2) Californie 1958



Le Hula hoop est un anneau en plastique que l'on fait tourner autour de la taille par un déhanchement rythmé, c'est la folie des années 1958-1959.Lancé sur le marché par le fabricant de jouet Wham-O, le Hula-hoop parti de Californie a rapidement envahi tous les Etats Unis et traversé l'Atlantique. Le Hula-hoop vient d'Australie, où, dans les années 50 dans les salles de gymnastique on utilisait des cerceaux de bambou, en 1957 cet execice deviendra un divertissement populaire auprés des écoliers australiens et on commence à les trouver dans les magasins de détail. L'objet attire l'attention de Richard P. Kner et Arthur K. Melin les patrons de Wham-O. Ils organisent démonstrations et distribution gratuite dans les écoles de Californie avent de lancer la fabrication en série du Hula hoop. Il est en Marlex un plastique mis au point dans les laboratoires de Phillips. Le succès est immédiat. Wham-O vend 100 millions de hula hoop en deux ans sans arriver à satisfaire la demande. Des camions de livraison seront même été attaqués par des consommateurs hystériques. Le hula hoop à été interdit au Japon, pour les déhanchements trop suggestifs qu'il entrainainait et en Urss où il fut présenté comme le paradigme du "néant de la culture américaine". L'objet lui-même n'était pas brevetable mais "hula-hoop" est une marque déposée..









Le Hula hoop envahit les cours d'école, et donne lieu a des compétitions tres suivies



En 1958, la vague du "Hula hop" déferle en France, les artistes en place se doivent de ne pas rater le coche...le Hoola-hop a donné naissance à une danse, illustrée entre autres par Adriano Celentano et Moustache (François-Alexandre Galepides dit Moustache était un batteur de jazz et un comédien).Un spectacle de Pia Colombo Harold Nicholas fin 1958 s'appellera "Hula-hoop". Dans la précipitation, Barclay sort un 45 tours des Platters avec une faute d' orthographe rapidement corrigée corrigée...









En 1994 Le Hula hoop est la "vedette" du film des frères cohen "le Grand saut" (The Hudsucker proxy)Pour réussir un coup boursier, le Conseil d’administration d’une entreprise veut casser l’image de sa société. À cette fin, il nomme un (prétendu) idiot à sa présidence. On est en 1958 et l’idiot n’a qu’une idée en tête : lancer la fabrication d’un cerceau de plastique qui amusera les enfants (et qui sera le fameux hula hoop). La tête pensante de la direction (Paul Newman) appuie le projet en Conseil d’administration, sûr que l’absurdité du concept dégradera un peu plus le cours des actions de la société. Malheureusement pour le plan des directeurs, l'entreprises rencontre finalement encore plus de succès qu'auparavant quand l'invention du nouveau président, le hula hoop est un succès fulgurant





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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:30

Années 50 - Le petit train rébus -

 
[size=18]Le petit train rébus ou petit train interlude date de 1960, trous entre les programmes et aléas divers ne sont pas rares à l'époque. En cas de temps mort, ou après l'intervention de la speakerine, en cas d'incident technique, "Veuillez nous excuser de cette interruption indépendante de notre volonté", le petit train apparaît à l'écran pour faire patienter le téléspectateur. Sur le theme d'"Endlessy", de Clyde Otiset et Brook Benton (interprété par "Marc Taynor et ses cow-boys") ,il défile dans un paysage, chacun de ses wagons porte un élément d'un rébus à trouver, arrivé à a gare "La solution" la réponse est donnée.[/size]
 
[size=13][size=18]http://www.dailymotion.com/video/x2umjj_le-petit-train-rebus-ortf_music[/size][/size]
 
[size=18]C'est en 1960 que Pierre Sabbagh, à la recherche de films interludes plus dynamiques que "Le rocher aux mouettes" et "le petit chat à la pelote de laine" alors utilisés, s'adresse à Maurice Brunot. Le petit train nait le 15 septembre. En 1963 il devient Le Petit Train de la Mémoire : il faut reconstituer un dessin à partir des éléments figurant sur les différentes voitures. La même année le journal "Pilote" accueille le petit train rébus dans ses pages jeux.[/size]
 
[size=18]Il disparait de la télévision en 1974.[/size]
 
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[size=11][size=18]Maurice Brunot [/size][/size]

Années 50 - Le Bikini -




L'atoll de Bikini




le bikini, la première bombe an-atomique !



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Ursula Andress "James bon contre Dr No" 1962




“Plus petit que le plus petit maillot du monde”



En 1946, s'inspirant du nom de l'atoll de Bikinioù eut lieu le premier essai nucléaire américain, un fabricant de maillots de bain français, Louis Réard, lance un maillot de bain "révolutionnaire" du même nom et dépose un brevet. Il s'inspire alors de la création d'un autre français, Jacques Heim, qui avait précédemment lancé "Atome", un maillot de bain au soutien-gorge drapé ou noué sur la poitrine et d’une culotte short souvent faite de volants.




Le bikini, lui, vendu dans une boîte d'allumettes, “Plus petit que le plus petit maillot du monde”, selon son créateur, avec son soutien-gorge constitué de deux triangles et sa mini culotte qui laisse les fesses et les hanches nues doit pouvoir passer dans une alliance pour prouver son authenticité. Le bikini est lancé avec le slogan "le bikini, la première bombe an-atomique !"

Aucun mannequin professionnel n’a accepté de participer aux essayages.Pour sa présentation le 5 juillet à la piscine Deligny, Réard trouve la parade en faisant appel à Micheline Bernardini, danseuse nue au Casino de Paris. Elle gagne dans l'opération une popularité instantanée. Elle recevra plus de 50 000 lettres de fans.




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[url=http://acoeuretacris.a.c.pic.centerblog.net/o/bernardini-1946_1-3d0bac.jpg::Agrandir l'image de fr.pickture.com/blogs/acoeuretacris][/url]
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Micheline Bernardini 1946 présente le bikini à la piscine Deligny



Le lancement du Bikini créera un véritable raz de marée de protestations.Les autorités italiennes, espagnoles et belges l’interdisent, et en France le maire de Biarritz aura recours à un décret municipale pour le bannir. En 1947, on fonde même une association anti-bikini à Rio de Janeiro ! Pour la Vatican c'est une invention du diable, on verra une article de l' Osservatore
Romano affirmer que les chevaliers de l’Apocalypse apparaîtraient sans doute en bikini. Pour Madame Thorez, épouse du Secrétaire général du parti communiste, cette mode bourgeoise humilie la classe ouvrière car le prix du bikini correspond au tiers du salaire d'une dactylographe, "Tout le monde ne peut avoir un Réard", proclamait d'ailleurs la publicité. En 1950 la princesse Margaret défraie la chronique en bikini sur le yacht d'un magnat, aux abords de la Costa del Sol.




Les bikinis sont interdits au concours deMiss Monde .On craint que le maillot ne donne un avantage injuste aux concurrentes qui osent l'enfiler. Les magazines féminins allemands et français le mettent à l’index jusqu’à la fin desannées 50. "Nous savons que nos lectrices dénigrent le bikini, qui a transformé certaines côtes de nos régions en coulisses de comédies musicales et qui de plus n'embellit pas la femme", écrit encore Vogue en 1951.




Symbole d'émancipation pour les uns, de réification de la femme pour les autres,il s'adapte à tous les rôles. Hollywood saura l'exploiter à merveille. Les "bathing beauties" rentrent en scène avec Esther Williams, la pin-up de calendrier Betty Page , ou Marilyn Monroe qui pose en 1948 pour la marque de maillots Jantzen (ce qui n'empêchera pas l'Amérique puritaine de ne le tolérer sur les plages familiales qu'au début des années 1960).




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Marilyn Monroe - Rita Hayworth 1948




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Brgitte Bardot 1952 dans "Mariana, la fille sans voiles" - 1953 starlette à Cannes



Ce n’est que vers le milieu des années 1950 que le bikini refait vraiment surface. Adopté par les stars de cinéma,il devient synonyme de séduction et de sexappeal. Le bikini participe ainsi au façonnage de l'imaginaire fantasmatique du sex-symbol. En 1953, la reine d'Hollywood, Marilyn Monroe, s'affiche en bikini dans "Les hommes préfèrent les blondes" de Howard hawks, de l'autre côté de l'Atlantique une starlette surnommée BB, initiales de Brigitte Bardot, fait sensation sur la Croisette aux premiers jours du Festival de Cannes, en arborant un bikini. Il adopte des motifs et des matières insolites qui tentent de retenir l'attention : l'actrice Diana Dors fait une apparition au festival de Venise en 1955, vêtue d'un maillot de bain vison, tandis que Jane Mansfield affiche des maillots peau de bête.




Mais à l’époque, le bikini n’est porté que par des starlettes ou des pin up. En 1957, le bikini devient populaire en France grâce au film "Et Dieu créa la femme" avec Brigitte Bardot (qui avait déja tourné en 1952 "Marina la fille sans voiles" de Willy Rozier avec Howard Vernon ou elle faisait déja un abondant usage du bikini) dans lequel elle le portait en toile vichy. Beaucoup de jeunes filles françaises voulurent l'imiter. A l’été 1959, certains magazines féminins reviennent sur leur premier jugement et en ont font le "vêtement de la saison" (Vogue). La découverte d’un nouveau matériau, le lycra permet également le retour en force du bikini.




Au début des années 1960, on voit encore peu de bikinis dans les lieux publics.Le chanteur pop Brian Hyland chante "Itsy Bitsy Teenie Weenie Yellow Polka Dot Bikini", qui sera repris en France par Dalida et Richard Anthony."Itsy Bitsy petit bikini" est un tube et contribue certainement à relancer le produit tout en traduisant très bien l’esprit de l’époque : "Sur une plage il y avait une belle fille qui avait peur d'aller prendre son bain. Elle craignait de quitter sa cabine. Elle tremblait de montrer au voisin... Un, deux, trois, elle tremblait de montrer quoi ? Son petit itsi bitsi tini ouini tout petit petit bikini qu'elle mettait pour la première fois. Un itsi bitsi tini ouini tout petit petit bikini, un bikini rouge et jaune à p'tits pois. Un deux trois voilà ce qui arriva…" (paroles française d'André Salvet). Le sulfureux maillot commence à rentrer dans les moeurs malgré la désapprobation des parents.




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Diana Dors au festival de Venise en 1955 en bikini en vison




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Joans collins 1955 - une carte postale de 1960



En 1962, Ursula Andress fera faire un bond de géant, au maillot, grâce au film Dr No.Elle sort de l’eau habillée d’un deux-pièces blanc, un poignard accroché à une ceinture et deux coquillages dans les mains. Cette scène culte contribue autant à la célébrité du maillot de bain qu’à celle de l’actrice. Pour la petite histoire Le célèbre bikini porté par Ursula Andress dans le film James Bond contre Dr No a trouvé preneur pour 41 125 livres lors d'une vente aux enchères de Christie's à Londres, il a été acquis par Robert Earl, le co-fondateur des restaurants Planet Hollywood.




Au Brésil Le tube "Garota de Ipanema ", "La fille d'Ipanema",chanson en hommage à une jeune fille de 15 ans adepte du bikini, Helôísa Eneida Pinto, qui débute ensuite une carrière de mannequin et de reine de beauté, fait du bikini l'uniforme obligatoire sur les plages de Rio




En 1963 apparaissent les premiers monokinis, sur la plage de Pampelonne.A partir de 1964, c'est l'affrontement entre les "serviteurs" de la morale publique et de l'ordre et lesporteuses de monokini. En 1965, le monokini se répand un peu partout sur les plages de France et d'Europe.




La même année le magazine Marie Claire consacre le bikini avec un reportage réalisé pour la première fois en plein air,envoyant ses photographes aux Bahamas, à la Martinique - retour vers ces îles qu'évoquait le mot "Bikini". Cette année 1965 on voit aussi apparaître l'utiluisation publicitaire du monokini, le mannequin Tony Lee Shelley pose sur les rives du lac Michigan, seins nus, pour faire la promotion des produits coiffants Vidal Sassoon.




Si le nom de son inventeur est tombé dans l'oubli,la société Réard a fermé ses portes en 1988 , le bikini est devenu un nom générique pour désigner les maillots deux-pièces.




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Heloisa Pinheiro, la fille d'Ipanema



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Louis Réard travaillant sur un de ses modèles




Le costume de bain




En France, jusqu'à la Première Guerre mondiale, la séparation des hommes et des femmes sur la plage reste une règle. En 1907, alors que les femmes se baignent dans des costumes de six pièces minimum, la championne olympique de natation Annette Kellerman est accusée d'outrage aux bonnes moeurs pour avoir adopté un une-pièce recouvrant pourtant tout le corps.

À partir de la Première Guerre mondiale, ce sont les dessous et non plus les vêtements de ville qui inspirent le costume de bain.

1943, aux États-Unis, en pleine économie de guerre, une mesure de restriction réduit de 10% le tissu destiné à la confection des maillots de bain féminins. Exit les jupes de bains. Il faut faire preuve de patriotisme, et sacrifiant un peu de dignité, offrir aux regards un peu de peau nue.




Vêtement le plus intime de la garde-robe exposée, qui diffère de la lingerie par le seul choix des matières, le maillot de bain reste le plus révélateur du rapport au corps féminin

Dans les années 30, un maillot de bain en laine tricotée pèse 360 grammes lorsqu’on l’enfile. Et plus de 3 kilos lorsqu’on ressort de l’eau !On est bien loin des maillots de bain des années 60, ne pèseront plus que 100 grammes secs, et moins du double mouillés. A l’origine de l’allégement des matières, la création, par DuPont de Nemours, d’un filament élastique de synthèse, connu sous son nom commercial de Lycra, qui permet aux femmes d’être à l’aise dans leurs gaines jusqu’alors bardées de caoutchouc, car il se détend en douceur avant de reprendre sa forme initiale.




L'Atoll de bikini




Le 30 avril 1946 les Etats-Unis procèdent à un premier essai à Bikini,Atoll de l'archipel des Marshall.Puis à un second au même endroit, le 24 juillet 1946. Bikini, devint ainsi un terrain d'expérimentation où se succédèrent 21 autres essais entre 1954 et 1958. Les retombés radioactives contaminèrent sérieusement Bikini, d'autres îles, et surout de nombreux pêcheurs japonais qui se trouvaient dans les parages. La population déplacée ne put revenir qu'en 1968. Le 23 septembre 1949 le 14 juillet l'URSS annonça à son tour qu'elle venait de procéder sur son territoire à un essai nucléaire.



Diana Dors



Diana Dors 1951



Cette pulpeuse star blonde, considérée comme la Marilyn Monroe anglaise,est à l’apogée de sa carrière dans les années cinquante. Dotée d’un sens de la publicité très développé, elle fait parler d’elle le plus souvent possible par des moyens aussi divers qu’une série de photos sexy en trois dimensions, une exhibition en bikini de fourrure au festival de Venise de 1955 ou encore des confessions "scandaleuses" sur sa vie privée

Diana Dors dévoile sa plastique avantageuse dans de nombreux films des années 1950-1960. Elle apparaît pour la première fois sur les écrans en 1946 dans Shop at Sly Corner (George King). Elle obtient quelques rôles consistants (The Weak and the wicked, J. Lee Thompson, 1953 ; L'Enfant à la licorne, Carol Reed, 1954; The Unholy wife (John Farrow, 1957) qui lui permettent d'introduire dans son jeu quelques nuances dont la critique ne la croyait pas capable. Après un bref passage par Hollywood, où elle ne réussit pas à percer, elle revient en Angleterre où elle trouve à s'employer dans des films de bonne facture : Deep end (Jerzy Skolimowski, 1970), Le Joueur de flûte (Jacques Demy, 1971), Steaming (Joseph Losey, 1983). 

[size=24]Années 50 - La famille Duraton -

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[size=16]La famille Duraton en 1955[/size]

  
[size=13][size=16]La série a commencé en 1937 sur Radio Cité,  sous le titre "Autour de la table",  et elle s'est terminée en 1966 sur Radio Luxembourg Après avoir été un véritable phénomène de société. La série avant guerre, créée par Jean Jacques Vital,  rassemblait autour de la table, le père (Jean Granier) le fils (Jean-Jacques Vital), la fille Lisette Duraton (Lise Elina)son fiancé (Ded Rysel)  et la mère (la présentatrice radiophonique Yvonne Galli). Le feuilleton est repris en 1948 par Radio Luxembourg avec quelques modifications la famille se compose désormais du père  (Ded Rysel), de la mère ( Yvonne Galli), du fils Jean-Jacques (Jean Jacques Vital), de la femme de celui ci Jacqueline (Jacqueline Cartier puis Jacqueline Monsigny) et l'ami de la famille Gaston Duvet (Jean Carmet). Le feuilleton mettait en scène les "aventures journalières" d'un famille de français moyens. La revue "Music Hall" les présentait ainsi "On est sérieux chez les Duraton. Madame Duraton est indulgente paisible, elle aime cuisiner de bons petits plats pour sa famille. Monsieur Duraton, agent d assurances, est consciencieux, honnête, travailleur. S'il désire un peu d'indépendance c'est pour aller pêcher et non pour traîner dans les quartiers mal famés. Jacqueline et Jean-Jacques se disputent souvent, mais se réconcilient vite parce qu'ils s'aiment.[/size][/size]

  
[size=13][size=16]Quant à l'ami de la famille, il est farfelu, paresseux, un peu profiteur, mais tout le monde l'adoreparce qu'il a un très bon fond. Chez les Duraton, on parle du prix du lait, des impôts, des difficultés de stationnement, des ennuis de bureau. gare, si on s'écarte du droit chemin. Un vendredi Saint Madame Duraton avait préparé un gigot pour sa famille. La semaine suivante , Monieur Duraton reçut 7000 lettres de protestation" (cité par Luc Bernard dans "Europe1"). Ajoutons que Monsieur Duraton était un amateur forcené de Cabernet d'Anjou Rosé (chacun ses goûts).[/size][/size]

 
[size=13][size=16]Avec l'arrivée de Jean Farran en 1966 à la direction de RTL,dont le mot d'ordre est  de supplanter auprès des jeunes Europe 1, "La famille Duraton" disparait au profit de Ménie Grégoire et du "Président Rosko" "le plus beau, l'homme qu'il vous faut, celui qui marche sur les eaux !" qui présente "Minimax"  ("un minimum de paroles et un maximum de musique"). A l'antenne, cascades de jingles, les dernières nouveautés US et anglaises, rafales de mitraillette, coups de sifflet, cornes de brume....[/size][/size]

 
[size=13][size=16]Les aventures de la famille Duraton ont donné lieu a deux (oubliables) films.Le premier en 1939 (Christian Stengel) avec Noël-Noël, Blanchette Brunoy, Jeanne Sourza, Jules Berry, l'autre en 1955 (André Berthommieu) avec Ded Rysel, Darry Cowl, Jane Sourza, Jean Carmet...[/size][/size]
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Années 50 - Le hamburger des frères MacDonald -

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Le premier restaurant MacDonald en 1948 à San Benardino 


"L'une des raisons pour lesquelles les Japonais sont petits et ont la peau jaune, c'est qu'ils ne mangent que du poisson et du riz depuis des siècles. S'ils mangent des hamburgers pendant un siècle, il y a de bonnes chances pour qu'ils grandissent, que leur peau devienne blanche" 
Représentant de Macdonald's au Japon (1971)



"Quand des journalistes s'adressent à la société McDonald's pour entrer en contact avec moi, elle leur répond qu'elle n'a aucune idée d'où je vis, ni même si je suis vivant. Ou alors on leur dit qu'il n'y a jamais eu de monsieur McDonald. On leur raconte que c'est un nom qui a été tout simplement inventé parce qu'il était facile à mémoriser" protestait Richard MacDonald.


Les MacDonald, ils étaient deux frères, Maurice et Richard, ont bien existés. En 1932 ils ouvent un cinéma à Glendora en Californie, crise économique faisant le cinéma est fermé en 1937 et les deux frères tentent leur chance avec un "drive-in restaurant", au sud de Los Angeles, qu'ils baptisent Airdrome. Dans les drive-in les clients sont servis dans leur voiture, dun drive-in à l'autre les menus sont quasi les mêmes, ce qui les différencie est moins la qualité de la nourriture que les tenues vestimentaires plus ou moins sexy des jeunes serveuses les "carhops ", qui vont de voiture en voiture, parfois en patins à roulettes.








Carhops dans les drive-in des années 40/50


En 1940 les deux frères déménagent leur Airdrome, bâtiment compris à San Bernardino, en Californie, et le nomment "Restaurant McDonald's".Le menu consiste en hamburgers mais aussi en pizzas, poulet ou travers de porc au barbecue. Il devient un lieu de rendez-vous très populaire pour les jeunes. Après-guerre, malgré un parking constamment plein, ils constatent que leur bénéfice stagne. Ils remarquent que ce qui leur rapportent le plus c'est le hamburger. En 1948 ils ferment le restaurant tois mois pour mettre au point un système baptisé par eux "Speedee Service System". "Tout allait plus vite. Notre concept tenait en ces trois mots: la rapidité, des prix bas, et un gros volume". Ils proposent, afin d'accélérer le service, un choix restreint de produits en self-service à des prix défiant toute concurrence : hamburger (au prix dérisoire, même pour l’époque, de 15 cents.), cheeseburger, lait, café, chips, pie et trois boissons. La vaisselle est remplacée par des sacs en papier et des tasses en carton et l'assaisonnement des hamburgers est réduit : ketchup, moutarde, oignons et pickles. La propreté est irréprochable, la cuisine en Inox brillant est ouvertesur la salle - une façon d'obliger les employés à respecter des règles d'hygiène strictes - et les tâches sont réparties sur le modèle de ce qu'a fait Henri Ford dans l'automobile. Deux personnes grillent les hamburgers, deux les assaisonnent et les emballent, deux autres s'occupent des frites, et deux des milk-shakes. Trois employés au comptoir prennent les commandes, avec des noms de code pour les passer plus vite. Tout ce qui peut être préparé d'avance est emballé. D’où le fameux slogan : « Buy ’em by the bag ».


Les MacDonald ayant licencié les serveuses, les fameuses "carhops", la clientèle adolescente se détourne de leur restaurant. En revanche ils récupérent le marché des familles, l'Amérique des banlieues des années 1950 , des centres commerciaux et des classes moyennes qui devient adepte de nouveaux modes de restauration.




Une famille du Nebraska dans un fast food dans les années 50 




Le MacDonald de Phenix, Arizona, construit en 1953



Et dès 1953 les frères McDonald commencent à franchiser leur restaurant, Neil Fox fut le premier franchisé. Le second McDonald's ouvre à Phoenix, Arizona. Il est le premier à présenter les Golden Arches, arches dorées, formées par la lettre M. En 1954 ils sont à la tête d' une prospère chaîne de huit magasins drive-in à l'enseigne McDonald's. Mais si les MacDonald sont des visionnaires ce ne sont pas des hommes d'affaires ambitieux. Ils font visiter leur établissement a qui veut, détaillent leur méthode, donnent leur fournisseurs. Certains en repartirent inspirés, tels James McLamore, fondateur de Burger King, et Glen Bell, celui de Taco Bell. "Que voulez-vous ! Nous n'avions aucune envie de passer notre vie sur les routes à implanter des McDos partout. Nous gagnions déjà plein d'argent", dira plus tard Dick. 


C'est en 1954 que Ray Krocentre en scène. Il est distributeur de matériel de restauration, les MacDonald lui ont acheté huit de ses multimixers il décide de rendre visite à ces bons clients à San Bernadino en Californie. Il en ressort vivement impressionné. "Je me suis senti comme une sorte de Newton, ayant reçu une pomme de terre sur la tête !" et agent exclusif des frères MacDonald.




Les frères MacDonald 




Ray Kroc présentant son multimixer 1951 


En 1955 Ray Kroc ouvre son premier restaurant en propre à Des Plaines, dans la banlieue de Chicago dans l'Illinois, il a alors 53 ans. Il reprend méticuleusement la recette des MacDonald, les inventeurs du fast-food, poussant encore plus loin la rationalisation avec un calibrage au gramme des ingrédients. Rapidité, propreté, prix défiant toute concurrence : la formule se répand vite. Le deuxiémé MacDo du réseu de Kroc s'ouvre en mai 1955 au nord de Chicago, par Betty et Sandy Agate, leur statut de pionners ne leur évitera pas de perdre quelques années plus tard leur franchise, pour s'être permis de traiter avec Pepsi Cola au lieu de Coca Cola. A 950 dollars la franchise, Ray Kroc recrute partout. Reste qu'aucune banque ne veut financer son entreprise, même quand il propose de céder la moitié du capital de sa société pour 25 000 dollars. En 1955 plus d’une douzaine d'autres d’entreprises proposaient un système de franchise dans le "fast food". Kroc apporta au système trois innovations destinées à permettre à McDonald’s de contrôler le système : une intervention directe sur la sélection du franchisé ; un contrôle absolu des fournisseurs sélectionnés ;un système de location, qui laisse à McDonald’s System, Inc. le contrôle de l’ensemble de ses sites.


Dès 1959 la chaîne compte 100 restaurants.Le succès arrivé Kroc laisse une l'initiative plus grande aux responsables de la société, sauf sur certains points relevant de la maniaquerie et de son côté caractériel : pas de chaussettes blanches, pas de cheveux longs, pas de chewing gum pour ses collaborateurs. Il crée, dès 1963, une " Université du hamburger " à Chicago où tous les franchisés doivent suivre une formation à l'issue de laquelle ils reçoivent un diplôme En 1967, McDonald's ouvre ses deux premiers restaurants hors des Etats-Unis, au Canada et à Porto Rico. Sept ans plus tard, la marque est implantée en France, en Angleterre, au Japon, au Salvador, en Suède, aux Pays-Bas et au Guatemala... En 1968 c'est le millième restaurant qui souvre. Dès les années 1970, on reproche à McDonald's d'exploiter ses salariés et de servir des produits contraires à la diététique..




Ray Kroc et son premier restaurant à Des Plaines 1955 


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Les freres MacDonald à San Bernardino 1948 





MacDonald de San Bernardino 1954





Publicité années 50




Le restaurant de San Bernardino reconstruit en 1953




Le restaurant de Des Plaines dans les années 50 


Ray Kroc


Ray Kroc (5 octobre 1902 - 14 janvier 1984) naît à Oak Park dans l'Illinois. Fils d'un d’un immigré tchèque, il déteste l'école "Je n'ai jamais lu un livre, cela m'ennuie ", avouera-t-il. A 16 ans et mentant sur son age il s’engage dans l’armée durant la Première Guerre mondiale pour devenir conducteur d'ambulance il se retrouve dans la même compagnie que Walt Disney. Mais le conflit cesse avant qu'il ne traverse l'Atlantique. Après-guerre en 1918 on le retrouve pianiste de jazz à Chicago, il jouera dans les orchestres d'Isham Jones et de Harry Sosnick. En 1922, après s'être essayé au métier d'agent immobilier, il est vendeur chez Lily Tulip Cup Co, le plus important fabricant de gobelets en carton des Etats-Unis, il y deviendra chef des ventes. En 1937 il rencontre Earl Prince, inventeur d'une machine capable de mixer cinq milk shake à la fois : le Multimixer, Kroc en acquerra les droits de distribution pour tous les Etats Unis. Deux de ses clients sont les frères MacDonald, leur rencontre va changer sa vie, qui a partir de là se confondera avec l'histoire de MacDonald's, ou il mettra en oeuvre quelques uns de ses cèlèbres dictons : "Si deux gestionnaires d’une même entreprise ont les mêmes idées, l’un d’eux est inutile" . "Si vous avez du temps pour vous reposer, vous avez du temps pour nettoyer"


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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:48

Années 50 - Le roman-photo sentimental -


Le roman-photo sentimental 


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"Le rossignol chantera" in Festival n°211 


"La presse du coeur accélère le processus de décomposition des qualités de devoir de fidélité qui sont les signes caractéristiques de la femme chrétienne".

Centrale technique d'information catholique 


Le roman photo "sentimental" est une invention italienne, c'est une évolution du ciné roman ou roman film né dans les années trente : photos extraites de films et légendées. Il relève du domaine de la presse dite "presse du coeur". Presse née en France avec la revue "Confidences" créé en 1938 par Paul Winkler, qui offre des feuilletons écrits et des témoignages "vécus" d'histoires sentimentales souvent malheureuses.


Au lendemain de la guerre, les populations appauvries et en butte a des restrictions dans la vie quotidienne rêvent à un autre réalité.En Italie, les frères Alceo et Domenico Del Duca créent "Grand Hotel", du nom d’un film avec Greta Garbo et Joan Crawford. L'hebdomadaire publie des romans dessinés (fumetti) précurseurs du roman photo. "Grand-Hôtel" devient immédiatement un phénomène d'édition. Les 100 000 exemplaires du premier numéro s'arrachent, la légende voulant même qu'il ait fallu quatre réimpressions pour satisfaire la demande.


Les premiers vrais romans-photos sont publié en 1947 dans la revue italienne "Il Mio Sogno"avec "Nel Fondo del cuore" réalisé par Stefano Reda et Gianpaolo Callegari avec en vedette Diana Loris, future Gina Lollobrigida qui devance de peu dans l'exercice Sofia Lazzaro qui deviendra Sofia Loren. La même année "Bolero" revue des éditions Mondadori publiera deux romans-photo "Catene" et et "Tormento" réalisés par Damiano Damiani. 




Sofia Lazzaro, future Sofia Loren, vedette de fotoromanzi italiens




Le premier numéro de "Nous Deux" - "Festival" une autre revue de Cino del Duca


Cino del Duca (1899 - 1967 ) et son groupe de presse Les Edition Mondiales créent en France en 1947 l'hedomadaire "Nous Deux". Les premiers romans-photo français apparaissent en 1949 dans "Festival" autre création de del Duca ("Au fond du coeur" et "Les portes du ciel", reprises de "Al fondo del cuore" et "Catene") , "Nous Deux" suivra en 1950 (l'hedomadaire publiait jusque la du roman dessiné),"Confidences" n'aura le sien qu'en 1955.


Sur le plan du scénario le roman-photo est l'héritier des romans populaires et sentimentaux, et des mythes des contes, la quête de l'amour (pour fonder une nouvelle famille) à travers tous les obstacles que le héros et l'héroïne doivent vaincre est au cœur des romans-photos. Dans ces récits souvent présentés comme des histoires vécues le héros est un homme ayant réussi professionnellement médecin, architecte, journaliste, entrepreneur, l'héroïne elle est séduisante, douce, patiente et admirative. "Nos héros vivent sur la même planète que nous, du moins en apparence, et doivent assurer leur survie en travaillant. Mais le statut professionnel est source de problèmes. Aujourd'hui, on n'accusera pas le roman-photo de dresser le portrait de femme maintenues dans la prison dorée du foyer [... ] Mais toute tentative de les imposer en tant qu'égales est vouée à l'échec, non pas tant parce que le roman photo estime que les femmes sont intellectuellement déficientes, mais parce que la carrière éloigne, distrait et détourne éventuellement la femme d'un sentiment qui doit être son véritable métier" Monique Benesvy in Le roman-photo 




Ciné-roman "Anna Karénine" in Festival 1953 - Noir et blanc colorisé


Sur le plan visuel le roman photo présente une régression par rapport au roman dessiné,jusqu'au milieu des années 60 il n'utilise pratiquement pas de changement d'angle, de plan ou de taille de vignettes et a constamment recours au hors champ pour ce qui concerne les événements spectaculaires : accidents, tempêtes..... que le lecteur doit imaginer a partir du commentaire ou de la réaction d'un personnage-spectateur. "...la photo se fait donc davantage trace d'une action que de sa représentation. Ainsi dans "Amour de tzigane) (1953) une chute de trapèze est simplement rendue par un gros plan sur un visage renversé bouche ouverte, et, par un contre-champ sur la réaction des spectateurs" Sylvette Giet in "le Roman-photo"


Si en Italie de nombreuses stars débutèrent dans le roman-photo, les éditeurs français miseront, dans la plupart des cas, sur l'anonymat des "acteurs", véritables tacherons que l'on peut reconnaitre d'un roman à l'autre. "Le roman photo... se trouve confronté à la réalité physique d'acteurs pas toujours excellents. Là encore, le texte domine la photo, la beauté étant indiqué par le commentaire ("Barbara Scott, la cousine de Susan, femme d'une beauté remarquable"), ou par le dialogue [... ] parfois en contradiction ouverte avec la réalité photographique."Sylvette Giet, idem 








Le genre est méprisé par les hommes et traité d'opium pour midinettes par les intellectuels."Nous Deux - le magazine - est plus obscène que Sade" dira Barthes dans "Fragment d'un discours amoureux" et dès 1952 Fellini s'est moqué de l'univers stéréotypé du roman-photo dans "Courrier du cœur" ou "le Cheik blanc". En 1959 la Centrale technique d'information catholique estime que la presse du coeur "accélère le processus de décomposition des qualités de devoir de fidélité qui sont les signes caractéristiques de la femme chrétienne". Une réaction qui donne peut être raison à Sylvette Giet pour qui "la presse du coeur ne s'inscrit donc pas dans un combat d'arrière garde, mais dans le vaste mouvement de notre société moderne, vers une autonomisation accrue de l'individu et un couple de plus en plus exclusivement fondé sur l'amour , le respect réciproque"


"Nous Deux" "l'hebdomadaire qui porte bonheur",parangon de la presse de coeur" vend " du rêve à ceux qui en ont le plus besoin, ceux pour qui la vie est une lutte quotidienne sans joie." A l'origine bimensuel il devient hebdomadaire dès le numéro 5. Le dessin de la couverture du premier numéro représente un couple à Venise dans une gondole, "Ames ensorcelées" et "Les sept gouttes d'or" sont les premiers roman dessiné français. Chaque numéro comporte cinq nouvelles, le premier roman photo, "A l'aube de l'amour" arrive en 1950. Dès 1949 "Nous Deux" atteint 600 000 exemplaires. Devant ce succès les Editions Mondiales de Cino del Duca lancent "Festival", "Madrigal", "Boléro" (qui deviendra "Secrets de femmes" puis "Pour vous madame"), "Véronique", et rachète "Intimité".




"Nous deux" 1959 - 1961




"La maison du Causse-mort" in Libelle - 1962



D’autres éditeurs suivent cet exemple avec Rêves, les Veillées, Lectures d’aujourd’hui, Bonne soirée, Chez nous, Capri et Femmes d’aujourd’hui.


En 1963 le roman dessiné disparait définitivement du magazine. Jusqu'en 1967 les couvertures sont dessinées par des illustrateurs célèbres comme Bertoletti, Frisano, Fromont, Aslan, Di Marco, Raymond, Saint-Croix. La photo en couverture apparaît pour la première fois en 1964 avec Johnny Hallyday pour "la Belle aventure de Johnny", elle remplacera peu à peu l'illustration. La diffusion hebdomadaire de "Nous Deux" atteint 1.5 millions d'exemplaires à son apogée, en 1954, et durant vingt années sa diffusion dépassera le million d'exemplaires. Le premier roman-photo en photographies couleurs est réalisé en 1984


"Nous Deux" connait un lent déclin a partir des années 80,face à la concurrence des sagas télévisuelles et à l'évolution des mentalités, il reste aujourd'hui le dernier titre d'un genre de presse disparu. 




1964 voit apparaitre les premiéres couvertures en photo de "Nous Deux" 


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Roman dessiné in "Grand Hôtel" 




Roman photo in "Grand Hôtel" 


Le roman dessiné


"[...] Le premier critère fondamental de sa définition tient dans sa technique picturale: les dessinateurs n'utilisent pas le simple trait (ni la couleur), mais le lavis, qui autorise une représentation très analogique des décors et des corps, très marquée par l'esthétique cinématographique essentiellement hollywoodienne [...] Les meilleurs dessinateurs (qui restent souvent anonymes) mettent en scéne de nombreux sosies de vedettes contemporaines de l'écran, et d'abord les américaines.


Deuxième critère: s'il juxtapose des vignettes [...] le roman dessiné se caractérise par une constante variabilité de leur forme et de leur taille, qui donne à l'organisation de la page une souplesse typique. Les meilleurs dessinateurs peuvent user de cette liberté dans le sens de l'expressivité et de l'émotivité.


Pour qu'il y ait roman dessiné, le texte est bien sûr nécessaire. Sa graphie est généralement manuscrite, et s'intégre sans difficulté au dessin: le roman dessiné est à ce niveau plus harmonieux que le roman-photo.


Les meilleurs créateurs sont italiens (ils fournissent également la presse féminine en illustrations diverses et en couvertures de magazines), mais chaque pays producteur développe ses propres ateliers." 


Giulio Bertoletti


Giulio Bertoletti (1919-1976) a compté durant les années cinquante et soixante, parmi les plus prolifiques, les plus poulaires et les mieux payés des illustrateurs. ce sont ses travaux pour la revue italienne "Grand Hotel" qui lui ont permis d'accéder à la célébrité. Né dans un milieu de la petite bourgeoisie de Pergine Valsungana, à 17 ans il part pour Milan tenter sa chance comme peintre et illustrateur.





Bertoletti - Pax britannica 1943


Il y fait connaissance tout à la fois des fins de mois difficileset de l'illustrateur Boccasile qui l'entraïne à travailler pour les services de propagande fascistes de Mussolini, sa première commande sera des images de propagandes pour l'invasion de l'Abyssinie. Des travaux qui lui procureront de nouvelles commandes et le confort financier. L'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l'allemagne nazie contribua à l'alimenter en commandes. Il collabora jusqu'au bout avec le régime y compris pendant les 18 mois que dura l'éphémère "Repubblica Sociale Italiana" de Mussolini en Italie du Nord.


En 1945, à 26 ans on le retrouve ilustrateur dans la publicité et la mode. En 1946 il est engagé par les frères Alceo et Mimmo del duca comme illustrateur pour leur nouvel hebdomadaire"Grand Hotel", un an plus tard il devient également aux côtés de Walter Mollino, le dessinateur vedette de "Nous-Deux". 


Il dessinera des centaines de couvertures pendant 20 ans. Il s'y révéla un remarquable metteur en scene d'images capable de variations infinies sur un thème qui lui restait pratiquement identique d'un numéro à l'autre : la rencontre d'un couple. On lit a travers ses vint années de travaux l'évolution des maoeurs et de la société, le passage à la société de consommation, les modes, l'esprit du temps.




Bertoletti - Grand Hotel - 1949 




Bertoletti - Grand Hotel - 1963





Bertoletti - Grand Hotel - 1965
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[size=24]Années 50 - Bols, ouvre boites et autres mixers






Bouilloire 1954 - bol Margrethe 1950 pour Rosti





Bols, ouvre boites et autres mixers du Prince designer






Né à Stochkolm, au Palais de Drottningholm, le 7 juin 1907, le deuxième fils de la princesse Margaret Margaret de Connaught et du Prince héritier Gustaf Adolf (futur Gustaf VI) , Sigvard Oskar Fredrik Bernadotte est Prince de Suède et Duc dUppland. Il est par sa mère l'arrière petit-fils de la reine Victoria et le frère de la reine Ingrid du Danemark. De son enfance princière il gardera le souvenir de séjours d'été a Sofiero, au sud de la Suède. Là, alors que la pression se relçache il découvre sous  l'influence de  sa mère la photographie, la peinture et la littérature.





A l'université dUppsala il étudie l'histoire de l'art (Il sera le premier Bernadotte, Prince de Suède a obtenr un diplôme universitaie).En 1929 il étudie à la Konstfackskolan , l'Ecole des Arts et Métiers de Stockholm. Il sera l'étudiant de Olle Hjortzberg. Durant ses études il crée quelques objets pour la société danoise Georg Jensen. Poussé par son amour du cinéma il travaille ensuite quelques temps en Allemagne comme assistant réalisateur. C'est à Berlin que, en 1934, il rencontre Erica Patzeck qu'il épouse quelques mois plus tard à Londres.



Cette "mésalliance", elle était roturière, le fait déchoir par son grand-père le Roi Gustaf V de tous ses titres et privilèges, qui alla jusqu'à lui retirer son passeport  Lors de son repas de mariage, un envoyé suédois vint lui réclamer son passeport royal portant le titre de «Prins», pour lui remettre un autre au nom de «Herr Sigvard Bernadotte». Il divorce en 1943 d'Ericka pour épouser Sonja Robbert, tout aussi roturière.










Ouvre Boite Da Clara - Mixer Bamix









Sigvard Bernadotte et Erika Patzeck




Un séjour aux Etats-Unis lui permet de rencontrer les designers Raymond Loewy, Walter Dorwin Teague, Henry Dreyfuss ou Donald Deskey. Il fonde en 1949 au Danemark,  avec l'architecte danois Acton Bjorn , "B& Bjrn" la première agence de design scandinave. Il crée des objets quotidiens :  bols,  presses citrons, ouvre-boites,  argenterie, grille pains... Il conçoit des objets pour un bon nombre de grandes entreprises suédoises de l’époque : Facit, Nils Johan, Husqvarna, Bang & Olufsen (Beolit 500), Rosenthal.



En 1951 il est créé comte Bernadotte de Wisborg par la Grande Duchesse Charlotte de Luxembourg.E n 1961 il divorce  pour la seconde fois et épouse l'actrice Marianne Lindberg. Il est l'un des fondateurs de la Société Suédoise de Design la SID ((Freningen Svenksa Industridesigners)



En 1964 il fonde son studio de design à Stockholm "Bernadotte Design AB".La production de Sigvard Bernadotte est extrêmement variée et touche à tout tapis, verrerie, porcelaine, meubles argenterie, pots, casseroles.... On lui doit quelques icones du design: les bols Margrethe (dessinés pour Rosti en 1950), l'ouvre bôite Da Clara, le motif Virrvarr, la machine a calculer Facit, le mixer Bamix.



Il a publié son autobiographie en 1975 sous le titre "Krona eller klave"  En 2001 il saisit la Cour européenne des droits de l'homme pour essayer de recouvrer son titre princier, «C'est une pure question d'identité. C'est comme si on m'avait privé de mon prénom» disait-il, mais décédé en 2002 le plus fameux designer de Suède....  ne récupéra jamais ses titres.





Motif Virrvarr 1958 - Machine à calculer Facit

Années 50 - Boites à Lunch américaines -




La première lunchbox illustrée "Hopalong Cassidy" d'Aladdin Indsutries 1950



La première boîte "à lunch" illustrée, des écoliers américains, a été créé en 1950à Nashville, Tennessee par la firme Aladdin Industries. En métal elle était illlustrée d'une vignette représentant Hopalong Cassidy (due au crayon de Robert O Buton le créateur du logo de Kentucky Fried Chicken). Cassidy, dit Hoppy,  est un personnage de cow-boy créé en 1904 par Clarence E. Mulford pour une série de romans , Dès 1935 il devient le  héros d'une série films très populaires. Après guerre on le retrouve dans des comics et des séries télévisées au début des années 50)



Disponible en rouge ou en bleu elle était livrée avec une bouteille thermos assortie.Lors de sa première année de production pas moins de 600 000 pièces furent écoulés au tarif de détail de $2.39.



Trois années plus tard une autre firme American Thermos en utilisant l'impression lithographique proposa des boites à lunch illustrées sur la totalité de leur surface, avec cette fois Roy Rogers et Dale Evans (Acteur chanteur et producteur américain, de son vrai nom Leonard Franklin Slye.  Le "king" des "singing cow boys", entre 1938 et 1951 il apparait dans 91 westerns. Il épouse en 1947 la chanteuse Dale Evans. Il se tournera ensuite vers la radio et la télévision ou son Roy Rogers Show puis The Roy Rogers and Dale Evans Show dureront jusqu'en 1964). Plus de 2,5 millions d'exemplaires furent vendus en une année et cette technique d'impression fut reprise par tous les fabricants, dans un marché ou la compétition se révéla féroce.





Hopalong Cassidy version 1954 (Aladdin industries)






"Tom Corbett, cadet spatial" 1954 - "Matt Dillon" 1959



En 1954 Aladdin sortira une série de boites avec "Tom Corbett, cadet spatial"(un feuilleton télévisé américain , diffusé en 1950 tiré d'une bande dessinée à succès) et fera sa marque de fabrique a partir de 1962 de l'image en relief avec l'embossage des boites. En 1959 la firme sortira une série, recherchée aujourd'hui avec la Marshal Matt Dillon (une série télévisée diffusé à partir de 1955, avec James Arness dans le rôle titre)



En 1959 on vit brièvement apparaitre  des boites en carton plastifié,mais leur faible résistance entraina leur disparition rapide. Dans les années 70 un groupe de parents d'élève de Floride qui se plaignaient que les boites à Lunch métalliques se transformaient en armes lors des bagarres, réussit à les faire interdire et  les fabricants passèrent  peu à peu au plastique.

Années 50... Le velosolex -






En VeloSolex à Saint Germain des Prés - années 50





La société Solex a été créée vers 1905 par Maurice Goudard et Marcel Mennesson, tous les deux centraliens.Ils déposent des brevets divers et particulièrement sur un radiateur centrifuge qui leur fait remporter un concours de la Compagnie Générale des Omnibus pour fournir 400 radiateurs. Rapidement, la société grandit avec la commercialisation de carburateurs d'une grande qualité. Ces derniers deviennent alors une référence mondiale dans tous les moteurs de l'automobile à l'aéronautique.en 1917 Marcel Mennesson depose un brevet pour un moteur auxiliaire à loger au centre de la roue arrière. Un second brevet en 1919 concernera un deux-roues complet mais ces brevets ne seront pas suivis d'une mise en production.







Prototype 1940





L'histoire du VeloSolex commence en 1940, Mennesson fait réaliser un prototype de moteur de 38 cm3 de cylindrée. Les caractéristiques sont celles du Solex, transmission par galet, cylindre décalé par rapport à l'axe de la roue. En décembre 1940, ce moteur est installé sur un vélo d'homme Alcyonc''est le premier modèle de VéloSolex. En 1943, paraitun décret officialisant une nouvelle catégorie de deux-roues"les bicyclettes à moteur de secours d'une cylindrée au plus égale à 50 cm3", c'est la possibilité de passer à la production en série. Le modèle est arrêté en 1942 et jusqu'en 1946 des modeles de pré-série seront confiés au personnel afin d'opérer les améliorations qui aboutiront à la version définitive du printemps 1946.





Après ces quelques années de tests et de mise au point, la marque commercialise en 1946 son premier modèle. La cylindrée du moteur est portée à 45 cm³ pour délivrer une puissance de 0,4 CV à 2000 tr/min. Les années suivantes, quelques améliorations vont être portées à la partie cycle dont les plus importantes datent de 1951 avec l´ajout d´une béquille centrale et d´un levier de relevage du moteur fixé sur la culasse. En 1947 le pétrolierBritish Petroleum crée la Solexine, un mélange prédosé essence/huile, qui réduit le calaminage








Pays-Bas 1951





A partir de 1954, les modèles sont définis par des numéros, comme le solex 330 qui se différencie de son prédécesseur par un porte-bagages en tôle emboutie et un moteur d´une cylindrée portée à 49 cm³. La puissance est maintenant de 0,5 CV











Le 660 sort en 1956. Il est équipé d´un tout nouveau cadre avec repose-pieds et le design de la partie motorisation change légèrement : le réservoir et l´habillage du volant magnétique sont désormais nervurés et le phare intégré au capotage du moteur.





En 1957 le 1010 arrive sur le marché. Le cadre est identique à celui du 660 mais le moteur a été retravaillé : nouvel ensemble piston – cylindre, agrandissement du filtre à air et échappement en S.Le 1010 est équipé en 1959 de roue de 550 et prendra la désignation 1400. En 1960, l´embrayage automatique centrifuge,fait sont apparition sur le modèle 1700. A l´arrêt, le moteur est en prise sur le galet, ce qui permet son démarrage en poussant le Solex. Le S2200 est produit à partir de 1961. Il est doté d´un système d´antiparasitage et voit sa puissance moteur augmentée de 0,5 à 0,7 CV.








Mon Oncle - Jacques tati - 1958





Le VeloSolex continuera son évolution jusqu'en 1988 date d'arrêt de sa production. Le S3800 sera disponible en blanc et en bleu et rouge. Le 5000 se verra équipé de petites roues de 16 pouces et sera disponible en bleu, jaune, orange et blanc.Il existera en version pliable le PliSolex. Le Flash en 1968 verra la fin de la transmission par galet, il offrira une transmision par cardan et un frein arrière à disque.





En 1998, le groupe Magneti-Marelli (Fiat) reprend la marque Solex. Il accorde au hongrois Impex une licence d'exploitation, mais cette aventure se terminera par une faillite. En juin 2004, le groupe Cible rachète la marque en vue de commercialiser l'e-Solex : le Solex électrique.





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Affiche 1954














Affiche 1961








Affiche 1964





Filmographie fifties du VéloSolex





Brigitte Bardot fait sa première apparition à l'écran, en 1952, sur un Solex, dans "Le Trou normand" de Jean Boyer.

En 1958, dans "Mon oncle" Mr Hulot se déplace en Solex











La même année on voit beaucoup Claude Rich sur son 330 dans "Ni vu ni connu" un film d'Yves Robert avec de Funes











En 1963 le feuilleton télévisé Janique Aimée s'ouvrait invariablement sur Janique conduisant son Vélosolex,
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Années 50....Les racines du ciel, Romain Gary




Romain Gary



"Lorsque j’entreprends un roman, c’est pour courir là où je ne suis pas, pour aller voir ce qui se passe chez les autres, pour me quitter, pour me réincarner" Roamin Gary



En 1956, le prix Goncourt est décerné à Romain Gary pour "Les racines du ciel".Gary, qui après guerre a entamé une carrière diplomatique est en Bolivie. Il raconte : "A La Paz, on m’a prévenu que j’avais…le Nobel. [...] Entre les horloges de la Paz et celle de Paris, il y a un décalage de cinq heures…Je vais dans mon bureau. Deux minutes après, le correspondant de l’United Press, un Espagnol, entre et me saute au cou : "Monsieur l’Ambassadeur, je vous félicite. Vous avez le prix Nobel !". Puis il tire de sa poche un télégramme en anglais daté de la veille : "Question ambassadeur de France à la Paz pour premier prix concours. Prendre déclaration"…Juste à ce moment-là, la porte s’ouvrit de nouveau. Une brassée de 25 télégrammes arrivait de Paris" Gary comprend enfin qu’il a le Goncourt. (in Portrait interview de Paul Guth, "Le Figaro littéraire" du 22 décembre 1956).



Dans cette deuxième décennie des années 50, les conflits africains sont omniprésents sur la scène internationale : revendications anticolonialistes de l'Afrique du Nord, révolte des Mau Mau , apartheid, pan-islamisme égyptien. L' Afrique apparait comme le continent des possibles ".. il y avait là comme dans chaque paysage africain, une place immense à prendre, une place illimitée et qui semble toujours suggérer quelque formidable désertion. Cela évoque irrésistiblement l'idée de quelque bête préhistorique à sa mesure aujourd'hui disparue, mais dont tout cet espace vide prit réclamer le retour"




Romain Gary et sa femme Jean Seberg en 1961 sur le tournage des "oiseaux vont mourir au Pérou"



"Un Français, Morel, entreprend en Afrique une campagne pour la défense des éléphants, menacés de tous les côtés par les lois dites "inexorables" du progrès.Lors de la Conférence pour la Protection de la Faune (Congo, Bukavu, 1953) constate elle-même qu'il serait vain de vouloir imposer au public le respect de la nature uniquement par les méthodes légales", Morel ne craint pas de recourir aux armes. Aidé par quelques compagnons convaincus comme lui que le respect de la nature n'est pas incompatible avec les exigences du progrès, il prend le maquis contre la barbarie et la cruauté sous toutes ses formes, cependant que de tous les côtés des conspirateurs habiles essayent d'utiliser sa magnifique obsession et son apparente naïveté à leurs propres fins. Ridiculisé ou haï, accusé de préférer les bêtes aux hommes, traité de misanthrope et de nihiliste, trahi par les uns, aidé par quelques autres, exploité par un apprenti dictateur, et par des agitateurs politiques, le "Français fou" continue envers et contre tout à défendre les éléphants au risque de sa vie. Face à la haine raciale et religieuse, à la démagogie nationaliste, Morel poursuit sa campagne pour la protection de la nature, pour le respect de ce qu'il appelle "la marge humaine", quels que soient les systèmes, les doctrines et les idéologies de rencontre. D'aventure en aventure, d'avatar en avatar, il triomphe avec une tranquille confiance de toutes les déceptions et de toutes les ruses, persuadé que les hommes sont assez généreux pour accepter de s'encombrer des éléphants dans leur difficile marche en avant, et de ne pas céder à la tentation du totalitaire sans marge, de la fin qui justifie les moyens et du rendement absolu. Et peu à peu, une complicité souriante et amicale se forme autour de celui qui "ne sait pas désespérer" et de ces géants menacés, et des volontaires de tous les pays, de toutes les races et de toutes les opinions se rangent autour de cet aventurier de l'humain." (Romain Gary, Les racines du ciel, quatrième de couverture, édition de 1956.)"



Pour Gary Morel, résistant contre la tentation de l’abandon et du désespoir, combat seul contre l’extermination des éléphants, affirmant ainsi sa nature humaine contre ce qui cherche à la nier : le totalitarisme la petitesse et l’adversité."L'islam appelle cela "les racines du ciel", pour les indiens du Mexique, c'est l'arbre de vie" qui les pousse les uns vers les autres à tomber à genoux et à lever les yeux en frappant leur poitrine tourmentée. Un besoin de protection auquel les obstinés comme Morel cherchent à échapper par des pétitions, de comités de lutte et des syndicats de défense..." Les racines du ciel.




Les racines du ciel, film de John Huston - 1958 - Trevor Howard, Errol Flynn



Morel, à l'engagement contre le colonialisme et au combat nationaliste préfère limiter son action à la défense de la faune africaine,ce que lui reprocheront ses compagnons. Romain Gary a toujours affiché une grande méfiance face "à tous les géniaux pères des peuples". Il précise dans son avant propos "je tiens a dire ceci : mon livre traite du problème, essentiel pour nous, de la protection de la nature [...] Je ne vois guère comment on saurait laisser la responsabilité de cette oeuvre généreuse à ceux qui puisent leur force politique aux sources primitives de la haine raciale et religieuse et de la mystique tribale". Mais peu à peu le combat de Morel va être instrumentalisé par les partisans de l'indépendance, il finira par l'accepter considérant que Waîtari le leader indépendantiste veut l'indépendance pour que "les africains prennent eux mêmes en mains la protection de la nature, puisque malgré touts nos conférences nous n'y sommes pas parvenus..." A la fin Morel est quasiment l'otage des indépendantistes, qui décide même de l'exécuter, pour faire d'un personnage devenu encombrant un héros de l'indépendance. Mais Youssef le jeune militant chargé de l'exécution se prend d'amitié pour Morel et ils disparaissent tous deux dans la forêt.



Mais si Gary se méfie des mouvements nationalistes,cela ne l'empêche pas de dénoncer le système colonial. Toute sa vie, écrivent Paul Audi et Jean-François Hangoüet, dans le Cahier de l'Herne consacré à Romain Gary, Gary se sera battu pour préserver tout ce qui, dans l’homme, échappe aux définitions que peuvent en donner les idéomaniaques de toutes provenances et de toutes obédiences".




Raphael Matta , surveillant de la réserve de Bouna - 1958



Raphaêl Matta, le double réel de Morel



Un jour qu'il visitait le zoo de Vincennes, il apprit que 600 espèces de mammifères étaient en voie de disparition.Raphael Matta était alors agé de 30 ans et travaille dans une société d'import-export à Paris. Il renonce a sa vie parisienne pour prendre un travail de surveillant de la réserve de Bouna a 400 km de l'équateur en Côte d'Ivoire.



Accompagné par sa femme Christiana, qui a Paris s'occupe de mode,Matta s'installe dans dans la réserve. Maigre, brun le regard perçant, il va vivre plus de 5 ans en pays lobi au milieu des bêtes



Les Lobis, de farouches chasseurs, l'appelle "Kongo Massa",le Maître de la brousse. Mais pour eux hippopotames et antilopes sont source de viande, les dépouilles sont revendus comme trophée aux chasseurs, et les africains achètent très cher les organes sexuels des éléphants pour leur rites de fertilité.



Matta dispose seulement d'un second, Sogli, et de quatre gardes pour couvrir tout le territoire de la réserve.L'administration est plutôt encline à tolérer le braconnage des Lobis. Un nouveau comptage en 1958 révèle la disparition de 40 éléphants sur les 100 que comptaient la réserve deux ans plus tôt, Matta devient de plus en plus fanatique, il confisque les armes dans les villages, envoi des lettres incendiaires à ses supérieurs signées Raphael Matta député des éléphants devant le Parlement Mondial, se disant prêt à monter sur l'échafaud pour que vivent les éléphants. "Je suis tout-puissant parce que ma foi montera au-dessus des montagnes." ajoute-t-il



Des Dioulas s'étant plaint à Matta d'un tort infligé par les Lobis,Matta se rendit immédiatement au village, accompagné par son second et quelques gardes noirs. Il arrive en pleine cérémonie d'initiation des jeunes guerriers, une cérémonie interdite aux étrangers. Les jeunes guerriers crient à la trahison Matta doit s'enfuir, son escorte n'interviendra pas.



Il sera retrouvé mort, la tête fracassée et le corps lardé de flèches empoisonnées le 16 janvier 1959




Raphael Matta , surveillant de la réserve de Bouna avec ses enfants - 1958



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Romain Gary



Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew(il a utilisé aussi les pseudonymes de Fosco Sinibaldi, Shatan Bogat et Emile Ajar) est né Né le 8 mai 1914 à Wilna, à l’époque ville russe appartenant à l’empire tsariste. Il se définissait lui-même comme "un cosaque un peu tartare mâtiné de juif." En 1928, sa mère décide de l'emmener à Nice, en France. Romain Gary racontera plus tard, dans "La promesse de l'aube", cette adolescence niçoise. En 1940 il sert dans les Forces aériennes françaises libres autour du général de Gaulle.



“De Gaulle c’était la faiblesse qui dit non à la force,c’était l’homme tout seul, dans sa faiblesse absolue, à Londres, disait non aux plus grandes puissances du monde, non à l’écrasement, non à la capitulation. C’était la situation même de l’homme, la condition même de l’homme, et ce refus de capituler, c’est à peu près la seule dignité à laquelle nous pouvons prétendre”. Romain Gary. Il termine la guerre comme compagnon de la Libération et commandeur de la Légion d'honneur.



Après guerre , il entame une carrière de diplomate.À ce titre, il séjourne en Bulgarie, en Suisse, à New York (aux Nations Unies, 1952-54), en Bolivie, puis en qualité de Consul général de France à Los Angeles de 1957 à 1961, date à laquelle il se met en congé du ministère des Affaires étrangères.



En 1961 il adapte au cinéma son livre"Les oiseaux vont mourir Pérou", il réalisera un second film en en 1972 "Kill".
Il fut l'époux de l'écrivain britannique Lesley Blanch et de l'actrice américaine Jean Seberg,dont il divorça. Un peu plus d'un an après le suicide de celle-ci en septembre 1979, il se donne la mort en se tirant une balle dans la bouche laissant ce dernier mot : "Je me suis bien amusé. Au revoir et merci".



Personnage aux multiples facettes, aux identités insaisissablesil a publié 31 ouvrages de son vivant, plus un après a mort. Il est le seul écrivain a avoir obtenu deux fois le prix Goncourt à l’issue d’une supercherie littéraire. Le second prix ayant été obtenu sous le pseudonyme d’Emile Ajar, sous lequel il a écrit quatre livres, en en faisant endosser la paternité à son petit neveu Paul Pavlowitch.





Les Racines du ciel



The Roots of Heaven
John Huston - 1958


Avec Errol Flynn, Juliette Gréco, Trevor Howard, Eddie Albert, Orson Welles...



On peut se demander pourquoi Huston, chasseur acharné, fervent de la tauromachieadapta le roman écologique de Gary. Juliette Gréco dans "Jujube" note "Peter Viertel a écrit sur Huston un petit livre, Le Chasseur blanc. C’est malgré tout à lui que l’on a demandé de mettre en scène Les Racines du ciel. Étrange situation que celle du chasseur qui doit mettre en images l’histoire d’un homme qui se bat pour la protection de l’espèce animale, contre l’extermination de la faune africaine et spécialement celle des éléphants… Il reste si peu de ces pauvres et splendides animaux traqués par les assassins mondains et fortunés que l’on est obligé d’envoyer une troisième équipe à leur recherche, bien loin des lieux du tournage. Ils grèveront de tout leur poids le budget, et cela ne sera que justice"



Entièrement filmé en Afrique équatoriale française, le film connut un tournage difficile : la dysentrie frappe l'équipe à l'exception d'Errol Flynn et de John Huston, saouls la plupart du temps. C'est le dernier film d'Errol Flynn et sans doute pas le meilleur de Huston empêtré dans une distribution hétéroclite et un scénario trop bavard..

Années 50....Johan, Pirlouit et les Schtroumpfs




"De tous les auteurs de bande dessinée que j'ai pu rencontrer, Peyo était le meilleur raconteur d'histoires." Y. Delporte





"Johan et Pirlouit"est une bande dessinée réalisée par Pierre Culliford dit Peyo. Cette bande parue pour la première fois en 1946 dans le journal belge "La dernière heure" elle se nomme alors "Johan". En 1950, elle est publiée dans Le Soir, puis dans Spirou . C'est là que la série trouve sa formule définitive : de blond Johan devient brun et en 1954 dans "Le lutin du bois aux roches" il rencontre un comparse facétieux : Pirlouit, râleur, paresseux et goinfre qui devient son compagnon d’épopée. '"Johan et Pirlouit" devient l'une des séries les plus populaires du journal.



Johan et Pirlouit évoluent dans le quotidien d'un moyen-agepittoresque. Johan, page puis chevalier, et Pirlouit, monté sur son inséparable biquette, viennent à la rescousse de la veuve et de l'orphelin victimes de seigneurs plus fourbes les uns que les autres. Leurs aventures s’orientent rapidement vers un univers fantastique de grimoires, de lutins et de forêts mystérieuses, d'enchanteurs et de sorciers.




Johan et Pirlouit - 1954 - 1957 - 1960




Johan et Pirlouit "Le serment des vikings" - 1957



C’est dans l'épisode des aventures de Johan et Pirlouit "La flûte à six trous", prépublié dans Le Journal de Spirou en 1958 et dont le nom en album devient "La flûte à six Schtroumpfs" (1960) que Johan et Pirlouit croisent la route d'une peuplade de lutins bleus à bonnets blancs vivant dans un village de champignons, perdu au mileu d'un pays nommé le Pays Maudit, et parlant le langage schtroumpf



Thierry Cullford, le fils de Peyo raconte :«On était à table. Mon père voulait demander le sel à Franquin mais ne trouvait pas ses mots. Alors il a dit "passe-moi le schtroumpf" ! Franquin lui a répondu "le voilà ton schtroumpf", et ils ont parlé schtroumpf pendant tout le repas. En rentrant, mon père s'est dit qu'il allait appeler ainsi un personnage, et qu'en plus il parlerait schtroumpf. Le succès a été immédiat. Il a reçu énormément de courrier lui demandant de continuer." Et pour la couleur bleue "la légende veut que, ne voulant pas que la peau du bonhomme soit rose comme celle des humains, il a pris un crayon bleu qui traînait sur sa table à dessin".



Johan et Pirlouit retrouveront les schtroumpfs dans les albums"La guerre des 7 fontaines" (1961) "Le pays maudit" (1964) et "Le sortilège de Maltrochu" (1972).





Johan et Pirlouit "Le pays maudit" - 1964



Dès 1959, Yvan Delporte, rédacteur en chef de "Spirou",demande à Peyo un mini récit avec pour vedettes les Schtroumpfs. Le succès des "Schtroumpfs Noirs" fut tel que d'autres mini-récits suivirent immédiatement et que par la suite Peyo redessine ces mini récits pour en faire des albums. Progressivement les différences physiques et de caractère (schtroumpf à lunette, farceur, costaud, etc.) entre stroumpfs apparaissent. Le succès devient mondial.



Les aventures de "Johan et Pirlouit" gardent aujourd'hui une fraîcheur étonnanteavec leur Moyen Age des contes et des légendes raconté avec fantaisie et humour. Le dernier album réalisé par Peyo lui-même est Le Sortilège de Maltrochu en 1972. Vampirisé par le succès des Schtroumpfs, Peyo,ne trouvera plus de temps à consacrer à la réalisation de nouveaux albums de Johan et Pirlouit. Après son décès, la série est reprise per le dessinateur Alain Maury et les scénaristes Yvan Delporte, Thierry Culliford, Luc Parthoens. Une serie de dessins animés a été produite par Hanna-Barbera Productions en 1982.




Johan et Pirlouit




Johan et Pirlouit "Les sire de Montrésor" - 1960




Peyo et sa caricature



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Pierre Culliford dit Peyo



Peyo (Pierre Culliford, 1928-1992) d'abord assistant projectionnistedans une salle de cinéma, il passe quelques mois à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. En 1945 “gouacheur” dans un studio de dessins animés il fait la rencontre de Franquin, Morris et Eddy Paape. Il s'essaie au dessin publicitaire puis publie des bande dessinée dans des quotidiens belges "La Dernière Heure et "Le Soir". En 1947 il créé "Johan et pirlouit", en 1958 Les Schtroumpfs et en 1960 "Benoit Brisefer" (sur les décors de Will ) un petit garçon à la force herculéenne, ami de Madame Adolphine, qui perd sa force quand il est enrhumé.



Le succès phénoménal des Schtroumpfs amène Peyoà créer son studio et à s'entourer d'une équipe : Walthéry, Roger Leloup, Lucien De Gieter, de Marc Wasterlain, de Derib, d'Albert Blesteau et de Benn,..



Au début des années 80 les Schtroumpfs sont un succès mondial: produits dérivés, dessins animés, les Schtroumpfs envahissent la planète.



En 1989, Peyo fonde sa société d'édition :Cartoon Création qui lance le magazine Schtroumpfs. En 1992, Cartoon Création cesse son activité d'éditeur et les Editions du Lombard prennent la relève, c'est là que naitra la derniere aventure des Schtroumps de la main de Peyo "Le Schtroumpf Financier".
Peyo est victime d'un arrêt cardiaque le 24 décembre 1992.C'est son fils Thierry qui assure la continuité de son œuvre.




Benoit Brisefer




Benoît Brisefer est un jeune garçon doté d'une force Herculéenne : il peut soulever les charges les plus lourdes (bétonneuse, armoire, voiture, rocher de plusieurs tonnes...), sauter très haut, courir très vite. Sa particularité est de perdre sa force lorsqu'il s'enrhume. Il vit à ViveJoie-La-Grande. Il n'aime pas la violence et les gens qui se battent. Sa force le met parfois dans de drôles de situations il casse presque toujours les jouets de ses amis. Il est ami avec madame Adolphine, une vieille femme, qui est à la fois un personnage humain, une vieille dame aimable, et un robot, ayant servi à son insu de modéle à un inventeur, mais en raison d'un accident dans la fabrication l'Adolphine robot est une personnage peu recommandable, chef de gang. Benoit a aussi un oncle : Placide, membre du Service Auxiliaire de Protection des Personnalités Étrangères, un "gorille". Comme la plupart des adultes, Placide ne croit pas à la force extraordinaire de son neveu.


La bande a été créée par Peyo mais a été reprise par plusieurs dessinateurs et scénaristes.






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Pirlouit fait de la pub pour Omo




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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:52

Années 50.... Le Docteur Jivago -

La première édition du Docteur Jivago -





Le docteur Jivago, roman interdit de Boris Pasternak



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Docteur Jivago - Omar Shariff, julie Christie dans le film de David Lean



"De l'immense majorité d'entre nous, on exige une duplicité constante, érigée en système." Boris Pasternak



"En raison de la signification attachée à votre prix par la société dans laquelle je vis,je dois renoncer à la récompense imméritée qui m'a été accordée. Ne prenez pas en offense mon refus volontaire" écrit en français Boris Pasternak dans le télégramme qu'il envoie, le 28 octobre 1958 à l'Académie Royale de Suèdepour refuser le prix Nobel qui vient de lui ëêtreattribué. De 1946 à 1950, le  nom de Pasternak fit partie de la liste finale des candidats au Nobel, mais c'est le roman "Docteur Jivago", paru en 1957, qui emporte la décision du Comité du Nobel.


Avec la reprise de la terreur stalinienne en 1946, Pasternak, âgé de 56 ans, perd toute illusion sur le régime soviétiqueet s'attelle à ce roman en partie autobiographique. Il rencontre dans les bureaux du "Monde nouveau" Olga Ivinskaïa,âgée de 22 ans.  C'est le coup de foudre, elle sera son modèle pour le personnage de Lara. En 1949  le KGB qui veut faire pression sur Pasternak arrête OLga  et l'expédie dans un camp, enceinte, elle perd le bébé. Elle est libérée à la mort de Staline et  reprend sa vie auprès de Pasternak. Après la publication du roman elle est de nouveau expédiée au goulag pour quatre ans. Unique roman du poète russe,  "Le Docteur Jivago" est achevé en 1955.



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Boris Pasternak (3eme a partir de gauche) Congrès des écrivains soviétiques 1934



"Le Docteur Jivago" est une fresque historique des "années terribles de la Russie",retraçant les bouleversements qu’ont connus la Russie, puis la nouvelle Union soviétique, entre 1906 et 1929, mais c'est aussi un roman d'amour, l’histoire d’un trio. Une jeune femme, Lara, d’origine bourgeoise mais pauvre, épouse Pavel Antipov, fils d’ouvrier. Celui ci devient en 1917 un révolutionnaire impitoyable. Lara mobilisée lors de la première Guerre mondiale fait la connaissance Iouri Jivago, médecin et poète, ils se retrouveront à plusieurs reprises durant ces années troublées, mais devront se séparer. Jivago en mourra.



À travers l'histoire d'un amour impossible, Pasternak rend compte du conflit qui s’est joué au sein de  la révolution bolcheviqueentre deux conceptions. Celle incarnée par Pavel Antipov prêt à sacrifier  sentiments et la vie d’autrui aux intérêts supérieurs de l’histoire  et celle de Iouri Jivago qui refuse de sacrifier des hommes au nom d’idéaux qui, une fois incarnés dans l’histoire, s’identifient aux puissances du mal. Le révolutionnaire ne sait répondre au mal que par le mal. L' abandon fataliste de Jivago à la vie n'est pas  démission, mais l'acceptation d'une mission prophétique qui implique le sacrifice de soi-même.



C'est, en arrière-fond la Russie stalinienne qui se profileavec la grandeur de ses débuts et la violence glacée des années staliniennes : purges, exécutions sommaires et mensonge institutionnalisé. "Il a été l'âme et la conscience de l'une de ces curiosités rarissimes: le visage et la voix d'une grande tempête russe, unique et extraordinaire [...] Il a pris la responsabilité d'une débauche de sang et de destruction comme le monde n'en avait encore jamais vu." écrira Pasternak de Staline après la mort de celui-ci.



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Boris Pasternak  et Akhmatova (poete russe) dans les années 40



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Boris Pasternak (au second rang) avec des soldats soviétiques en 1943



"De l'immense majorité d'entre nous, on exige une duplicité constante, érigée en système.On ne peut pas, sans nuire à sa santé, manifester jour après jour le contraire de ce qu'on ressent réellement, se faire crucifier pour ce qu'on n'aime pas, se réjouir de ce qui vous apporte le malheur " (Le Docteur Jivago, XV, 7).


"Il y a longtemps que je n’avais lu un ouvrage vraiment russe, apparenté à la littérature d’un Tolstoï, d’un Tchekhov, d’un Dostoïevski.Le Docteur Jivago relève incontestablement de cette dimension supérieure. [...] Voilà pourquoi il m’importe peu de savoir si Le Docteur Jivago est un roman, un tableau de mœurs sur la première moitié du XXe siècle, ou Dieu sait quoi. Il y a beaucoup d’idées exprimées par Vedeniapine, Lara et Jivago lui-même, sur lesquelles j’ai envie de méditer, et elles vivent en moi indépendamment du roman, de même que le trouble intérieur qu’elles soulèvent."  Lettre de Varlam Chalamov à Boris Pasternak



Boris Pasternak début 1956, adresse le manuscrit du "Docteur Jivago"à trois revues soviétiques (Literatournaïa Moskva, Znamia et Novy Mir) et,  en même temps le fait passer à l'éditeur communiste  italien Giangiacomo Feltrinelli.


"J'ai transmis un exemplaire à une maison d'édition communiste italienneet j'attendais la parution du livre censuré à Moscou, écrivait Pasternak dans une lettre au bureau de l'Union des écrivains soviétiques. J'étais prêt à corriger tous les passages inacceptables...".



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Boris Pasternak avec Olga Ivinskaia et sa fille , Irina, en 1959



Dans le rapport du département de la culture du comité central sur «un roman inédit de B. Pasternak» en aout 1956 "Le Docteur Jivago" est qualifié de «calomnie haineuse» contre la révolution soviétique. Les autorités soviétiques somment Pasternak  d’écrire Feltrinelli de lui retourner son manuscrit. « Lettre rédigée au Comité central sous menace de mort. » notera Pasternak en marge. Mais Feltrilleni  prévenu qu'il ne doit tenir compte d'aucune lettre écrite en russe ne bouge pas et malgré les pressions, en novembre 1957, la toute première édition du "Docteur Jivago"  parait chez l’éditeur italien . Le monopole du Parti sur la production littéraire soviétique est brisé. Des 1958  Collins, à Londres, et Gallimard, à Paris publie le roman en anglais et en français.



En  octobre 1958, le Nobel de littérature lui est attribué,dans un premier temps Pasternak accepte de se rendre le 10 décembre à la réception de son prix. Nikita Khrouchtchev  fou furieux lança une campagne de presse déchainée contre l'écrivain. Le Comité central déclare que  le geste de l'Académie Royale suédoise est une manifestation d'hostilité à l'égard de l'U.R.S.S.



Le poète Alexandre Tvardovski, rédacteur en chef du mensuel le Monde nouveau écrit : «Une fin sans gloire attend aussi le Judas ressuscité, le Dr Jivago, et son auteur, qui aura pour lui le mépris du peuple.»



Pasternak, déjà  malade, renonce à se rendre à Stockholm,et écrit à Khrouchtchev : « Le départ hors des frontières de ma patrie équivaudrait pour moi à la mort, et c’est pourquoi je vous prie de ne pas prendre à mon égard cette mesure extrême. » En novembre 1958 , la Pravda publie une lettre de Pasternak dans laquelle il dit regretter que son roman ait été perçu comme une attaque contre la révolution d'octobre et les fondements du système soviétique.



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Leonard Bernstein et sa femme  Felicia Montealegre avec  Boris Pasternak, Moscou  1959



Pasternak est exclu de l'union des écrivains."L'attitude de Pasternak, membre de l'Union des écrivains de l'U.R.S.S. Il est devenu une arme de la propagande bourgeoise [...]. Il a rompu les derniers liens avec le pays et son peuple. [...] Considérant sa trahison à l'égard du peuple soviétique, du socialisme et du progrès, Le présidium retire à Boris Pasternak la qualité d'écrivain soviétique [...]." En janvier 1959, il écrit le poème "Prix Nobel" dont voici la première strophe : "Ils m'ont traqué et pris au piège -Chez moi, ils m'ont fait prisonnier. - La meute hargneuse m'assiège. - Pourtant, je sais la liberté". Après deux infarctus, Boris Pasternak meurt d’un cancer des poumons le 30 mai 1960.



Vladimir Nabokov , lui, détestait "Le docteur Jivago", il soupçonnait même que "[...] Les Soviets dénonçaient hypocritement le roman de Pasternak (dans le but de faire monter les ventes à l'étranger, pour en empocher les profits, et pour consacrer ceux-ci à financer leur propagande) [...] Tout Russe sensé peut constater immédiatement que ce livre est un livre pro-bolchevique et historiquement faux, ne serait-ce que parce qu'il passe sous silence la révolution libérale du printemps 1917 ; en plus, le bon docteur accepte avec une joie délirante le coup d'État bolchevique qui intervient sept mois plus tard - tout cela est entièrement conforme à la ligne du parti. Mais laissons de côté la politique, ce livre est une chose pathétique, il est maladroit, trivial, mélodramatique, avec des situations éculées, des avocats lascifs, des jeunes filles invraisemblables, et des coïncidences banales. [...] Oui, j'ai applaudi à son prix Nobel à cause de ses vers. Dans Le Docteur Jivago, pourtant, sa prose n'est pas à la hauteur de sa poésie."



"Le docteur Jivago"  n'a pu être publiée  en URSS qu' en 1988,grâce à la politique de "glasnot" de Mikhaïl Gorbatchev.



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Krouchtchev et sa femme à la Maison Blanche avec Eisenhower et sa femme en 1959



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A. A. Murashko Portrait de Boris Pasternak 1917



Boris Pasternak



Boris Pasternak naît en 1890 à Moscou, sa mère est pianiste,son père peintre (Leonid Ossipovitch Pasternak, 1862-1945). Il étudie la philosophie à Moscou et fait un sejour en Allemagne à l'Université de Marburg. Il fait paraitre en 1914 son premier recueils de poesie, "Un jumeau dans les nuées", mais c'est seulement en 1922 qu'il accède à la célébrité avec la publication de  "Ma sœur la vie".  Il fait un bout de chemin avec Maïakovski  et le groupe LEF, dont les adhérents veulent mettre une esthétique d'avant-garde au service de la révolution. Rebuté par leur dogmatisme il s'en sépare rapidement.



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Boris Pasternak, sa  femme , Evgeniia Pasternak,  et leur fils 1924



Va commencer alors une période difficile ou il est dénoncé comme idéaliste et  individualiste.En 1934 il est neammoins admis dans dans la nouvelle Union des écrivains soviétiques. En 1935 Staline l'envoie à Paris au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture. En 1936 Malraux  et Gide lui rendent visite à Moscou.  La terreur stalinienne des années 1936-1938 le réduit au silence. Pasternak se consacre alors exclusivement a des traductions de Shakespeare, Keats, Shelley ou Verlaine. Il echappe ainsi au goulag.



En 1945 il entreprend "Le docteur Jivago"qui est publié en 1956 en Italie.A partir de 1947 il entretient une relation amoureuse passionnée avec Olga Ivinskaïa. Aprés avoir été obligé de refuser le prix Nobel il meurt en 1960 à  Pérédelkino.



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Funérailles de Boris Pasternak 1960

[size=24]Années 50 - 45 tours "EP" et Teppaz





1945 : La guerre est terminée, on veut croIre au bonheur, les naissances augmentent et les temps sont appelés à changer. Les industries du spectacle prennent une importance nouvelle. Hollywood fait rêver et de nouvelles sonorités apparaissent. Dès 1947 aux États-Unis, la firme Columbia teste avec succès la gravure microsillon, en optant pour le 33 tours de 30 cm de diamètre, pressé dans une matière platisque. Sa concurrente la firme RCA elle, opte pour le format du 45 tours de 17 cm. C' est ce format que la jeunesse des années 50/60 plébiscitera, assurant au disque un succès sans précédent. L’enregistrement et la reproduction du son ont accompli de singuliers progrès. Les tourne-disques, électrophones et autres Teppaz entrent dans les foyers sous l’oeil bienveillant des enfants qui grandissent.



En 1951, le 45 tours comporte 2 titres, les producteurs ont gardé l'habitude de limiter la durée des chansons à 3 minutes, contrainte imposée par le 78 tours 25 cm, dont la durée n' éxcédait pas ces 3 minutes par face. Or le 45 tours offrait la possibilité de graver près de 7 minutes de durée par face, les fabricants français vont en tirer partie en plaçant 2 titres par côté, du moins dans la production de variétés. La firme Pathé-Marconi lance ce nouveau format en novembre 1953, présenté en pochette en de carton mat qui laissera ensuite sa place aux pochettes glacées. Sur le marché français ce format "EP" (extended play) supplantera durablement le 45 tours à deux titres.









Dans les années 50, quand le rock explose, et le marché derrière lui, ce sont des titres, des chansons qui marchent. Leurs vecteurs principaux sont la radio et le juke-box, et leur support idéal est le 45 tours, cet objet convoité dans la vitrine, jeté souvent après la saison ou jalousement conservé par les collectionneurs, le 30 centimètres étant, lui, destiné à réunir sur un même support les chansons sorties quelques mois plus tôt. Il faudra attendre les Beatles pour que le 30 cm s’émancipe et devienne un espace de création à part entière. La particularité du 45 tours à 4 titres, c' est son trou central d'un diamètre de 38 mm, conçu à l' origine pour les électrophones à changeur automatique. Ce support ayant comme inconvénient d'exiger une intervention manuelle fréquente, ce qui est un handicap par exemple dans les surprise-parties, les constructeurs d' électrophones ont donc imaginé un système avec lequel on peut empiler de six à dix 45 tours sur l' axe, ne néccessitant une intervention manuelle que lorsque la pile de disques a été jouée.







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Teppaz Présence 1957




Le Teppaz


Marcel Teppaz (né en 1908 et mort en 1964) crée en 1931 une entreprised'assemblage de matériels radio et amplificateurs à Lyon avec trois compagnons. En 1937, il lance une nouvelle affaire d'amplificateurs et 30 personnes s'installent dans des locaux plus vastes à la Croix-Rousse. Ce sera ensuite l'aventure fantastique du tourne-disque qu'il invente en 1941, puis de l'électrophone en 1946 (dont le modèle "Oscar" qui fut vendu à des millions d'exemplaires).



De 1955 à 1957, " Présence ", valise proposée en quatre coloris, fait un tabac. 500 000 jeunes l'adoptent et la transportent sur leurs surprise-parties. Les modèles et les coloris se multiplient jusqu'à l'électrophone à piles en 1959. On le retrouve sur les bateaux, en camping, en pique-nique...



Jusqu'en 1968, le Teppaz vit son âge d'or :les formes plaisent, les coloris, jusqu'à 25, sont variés. Il est maniable, il ne pèse que 5 à 6 Kilos et c'est un modèle suivi.
111 pays furent conquis par le "Teppaz portable", ce qui valut à son auteur l'Oscar de la meilleure entreprise française à l'exportation en 1962.






Tepaz Oscar

Années 50 - Les années Spoutnik




Spoutnik 1




" Lorsque Spoutnik fut envoyé en orbite autour de la Terre, cela voulait non seulement dire que l'URSS avait un avantage technologique mais qu'elle n'avait plus besoin d'avion pour envoyer ses bombes atomiques sur les villes du "monde libre"




Le 4 octobre 1957, une fusée Semiorka décollait d'une base militaire soviétique qui ne s'appelait pas encore Baïkonour, emportant sous sa coiffe Spoutnik 1.Sphère de 58 cm de diamètre et de quelque 83 kg il tourne autour de la Terre en 97 minutes, la sphère est remplie de gaz neutre (azote), équipée d'un émetteur (à lampes !) et d'une batterie lui assurant 21 jours d'autonomie. Le système de communication était capable de transmettre la pression et la température de l'azote afin de vérifier les principes de pressurisation et de thermorégulation utilisés. L'étude de ces signaux devait également permettre d'étudier la propagation des ondes dans l'atmosphère. Les deux émetteurs étaient suffisamment puissants pour permettre à des amateurs de capter le "bip-bip" du satellite un peu partout dans le monde. L'étude de la trajectoire du satellite devait fournir des informations sur la densité de la haute atmosphère et sur la forme exacte de la Terre. Les appareils électriques du satellite ont fonctionné pendant trois semaines après le lancement, ensuite la trajectoire a été surveillée de manière optique. Il se désintègre dans l'athmosphère, 92 jours après son lancement le 4 janvier 1958.



Enregistrement du bip de Spoutnik





Des écoliers soviétiques à l'écoute de Spoutnik - A New York en 1958 La foule devant un magasin qui retransmet le bip-bip de Spoutnik.



Lancé le 3 novembre 1957, Spoutnik 2, un satellite de 500 kg a emmené dans l'espace le premier être vivant, la chienne Laïka. Il avait la forme d'un cône de 4 m de hauteur avec une base de 2 m de diamètre. Il était constitué de différents compartiments pour les appareils électriques, d'une capsule sphérique identique à celle de Spoutnik-1, ainsi que d'une cabine pressurisée, prévue pour accueillir la chienne Laïka. Cette cabine était équipée de capteurs pour mesurer la température et la pression ambiante, ainsi que pour surveiller la pression sanguine, la respiration et les battements du cœur du chien. Une caméra permettait également de surveiller l'animal depuis la Terre. Dans la capsule sphérique, se trouvaient un émetteur radio et deux spectromètres pour mesurer les rayons X et ultraviolets émis par le Soleil. Le satellite ne s'était pas détaché de sa fusée porteuse provoquant une défaillance du système de régulation de température, ce qui causa la mort de Laika, environ 7 heures après le lancement.




L'URSS lança en tout dix satellites Spoutnik. Le dernier Spoutnik-10 fut lancé le 25 mars 1961 depuis Baïkonour, c'est le cinquième et dernier vol test pour le programme Vostok (vols habités). Cet engin transportait un mannequin et la chienne Zvezdochka. Le retour, après 101 minutes de vol et 17 révolutions orbitales, fut un succès.Le premier vol habité par un être humain eut lieu le 12 avril 1961 avec le vol orbital de Youri Gagarine.





Spoutnik 2 et la chienne Laika



Les politiques et les militaires soviétiques voulaient des missiles intercontinentaux dans le cadre de leur confrontation avec l'Occident et réaliser un exploit dans le domaine scientifique qui leur permettrait de doubler les États-Unis qui avaient entrepris des tests en vue de lancer un satellite dans le cadre de l'Année géophysique internationale de 1957-1958.



Les États-Unis furent sous le choc lors de l'annonce de cette nouvelle qui remettait en cause leur prédominance dans le domaine scientifique et les militaires américains furent atterrés car les radars leur avaient appris — ils turent alors cette information — qu'outre le satellite, la fusée porteuse avait mis en orbite son corps central, soit une dizaine de tonnes, masse largement suffisante pour l'emport d'arme nucléaire pouvant frapper le continent américain. Cette fusée porteuse était d'ailleurs parfaitement visible à l'oeil nu, contrairement à Spoutnik 1 qui nécessitait des moyens optiques puissants pour être observé. À l'époque, les États-Unis auraient eu besoin de plusieurs heures pour mettre en place une attaque nucléaire contre l'URSS tandis que celle-ci avec des missiles aurait pu le faire en 30 minutes, rendant impssible toute réplique de la part des États-Unis.



Le retard des États-Unis dans le domaine de l'aérospatiale date de la fin de la deuxième guerre mondiale. L'Allemagne nazie avait tentée avec plus ou moins de succès de développer des missiles (le V-2 étant le plus connu). Les États-Unis et l'Angleterre ne crurent pas à la possibilité des vols spatiaux.



Ce défi à leur sécurité mais aussi à leur amour propre conduisit les États-Unis à relever le gant, ouvrant ainsi la conquête de l'espace.






Spoutnik 3 et la chienne Zvezdochka de la mission Spoutnik 10



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À pied, à cheval et en spoutnik




Comédie réalisée par Jean Dréville sortie en 1958. Avec Noël-Noël Denise Grey Sophie Daumier Darry Cowl Misha Auer



A la suite d'un accident de voiture, M. Martin a perdu la mémoire. Sur les conseils du médecin, sa femme l'emmène à la campagne, sans journaux ni radio.Un container parachuté atterrit, sans qu'il le voit, dans son jardin. Son chien Friquet lui apparaît peu après, sous l'œil dubitatif de Marie, sa femme de ménage, celle-ci sachant que le chien a disparu deux ans auparavant... Il a receuilli en fait Fédor tout juste débarqué d'un Spoutnik. M. Martin est peiné de voir Friquet refuser d'abord toute nourriture, mais il s'aperçoit ensuite que l'animal mange lorsqu'il entend retentir une sonnerie. Des fonctionnaires de la Préfecture alertés par l'ambassade soviétique vont chez M. Martin pour reprendre le chien en lui expliquant l'histoire du spoutnik. Il accepte de rendre le chien à ses maîtres et va même en Russie l'accompagner. Il s'attarde dans ses adieux à l'animal alors que celui-ci doit repartir dans la fusée du professeur Papov et se retrouve embarqué dans l'aventure. Papov malade, c'est Martin qui dirige la fusée et, après avoir été vers la lune, il retournera enfin sur la terre où il sera admiré et fêté et repartira à la campagne y vivre tranquillement avec Madame Martin et le chien.








A la fin des années 50 ARTIMA, une maison d'édition installée à Tourcoing proposaient des BD en noir et blanc: western, espionnage, guerre, sport, piraterie, jungle ou science-fiction. Chaque fascicule à la couverture très colorée était consacré à un genre précis et proposait un ou plusieurs récits complets ou à suivre. Une bonne trentaine de titres rivalisaient pour capter l'attention des jeunes lecteurs : Ardan, Atome Kid, Audax, Aventures Film, Aventures Fiction, Dynamic, Eclair, Flash, Fulgor, Hardy, Météor, Olympic, Ouragan, Panda, Sidéral, Spoutnik, Tarou, Tempest, Téméraire, Vengeur, Vigor,...







Lomo Sputnik "L'appareil le plus moche jamais construit" objectifs minables, ergonomie iimprobable, viseur inutilisable. Mais il fait de la photo en relief !Les russes sont parmi les derniers à avoir cru à la photographie stéréo populaire au point de sortir en grande série des appareils spécifiques. Le Lomo "Sputnik" date du début des années 60. Il s'agit d'un reflex utilisant de la pellicule 120 pour obtenir deux négatifs 6 x 6 cm.

Les Années 50.... Un scooter ?????


Un scooter ? non une Vespa







"Vacances romaines" 1953, Gregory Peck, Audrey Hepburn, la Vespa



"A votre bonheur, il ne manque que la Vespa"
A l’issue de la guerre, Enrico Piaggio doit relancer son’entreprise. Il n’a plus le droit de construire des aéronefs. Il se dit qu’à l’issue de ces années terribles, tout le monde n’a qu’une envie, se déplacer… il veut produire un deux roues qui serait accessible au plus grand nombre.Un premier modèle est créé, le MP5, surnommé Paperino (nom de Donald Duck en Italie), mais le prototype ne plaît pas à Enrico Piaggio. Le projet est alors confié à Corradino d'Ascanio qui conçoit l'engin un véhicule avec coque porteuse et boîte de vitesse sur le guidon, moteur sur la roue arrière. Les roues sont fixées latéralement (comme pour les trains d'atterrisage des avions) ; la fourche devient un simple bras, ce qui facilite notamment le changement de la chambre à air et du pneumatique. Le mot Vespa signifie " guêpe" en italien, nom choisi par Enrico Piaggio lui-même en découvrant le prototype du modèle, a cause de son moteur, un 98 cm3, au bourdonnement caractéristique.





"Rabbit" de Fuji - MP5 "Paperino" de Piaggo 1946





MP6 de Piaggo 1946 - D'Ascanio, Fangio et la Vespa



Au mois d'avril 1946 les 15 premiers exemplaires sortent de l'usine de Pontedera.Soit six mois après la sortie au Japon du "Rabbit" de Fuji qui peut revendiquer le titre de premier scooter produit. Le succès de la Vespa est un phénomène unique. A la fin de 1949, 35 000 exemplaires étaient déjà produits. En 1953, le réseau compte 10 000 points de vente à travers le monde, y compris en Asie et en Amérique. En 1950, la Vespa est construite en Allemagne, puis au Royaume-Uni et en France (La différence avec le modèle italien se trouve dans la position du phare qui se trouve placé sur le guidon en France tandis qu'il se trouve placé sur le garde-boue en Italie). . En Espagne, la production débute en 1953 à Madrid. Des usines sont construites en Inde (à Bombay) et au Brésil. La marque s'implante également aux États-Unis. La Vespa, immortalisée dans une centaine de films, le modèle 125cc "Cambio Flessibile" s'octroya même le troisième rôle dans "Vacances romaines". Les correspondants étrangers décrivent l'Italie comme "le Pays de la Vespa.
En 1948 dans le sillage du succès de la Vespa débute la construction de l'Ape lequel a, durant la période du redressement de l'Italie, a joué son rôle dans l'amélioration de l'économie.





Vespa Ape



Si la Vespa est unique, c'est parce qu'elle est un phénomène social. La Vespa est venue à point nommé réaliser les désirs des Italiens, on reconnaissait à ce véhicule original et sympathique des qualités très précieuses et typiquement italiennes : son prix d'achat était peu élevé, son entretien économique, elle était très pratique et s'adaptait à toutes les situations. "A votre bonheur, il ne manque que la Vespa" proclamait Piaggio. Ouvriers, cadres, marchands, fonctionnaires et stars de cinéma s'affichent en Vespa. La machine avec son tablier, qui protège le conducteur de la pluie et des projections, et lui assure une tenue impeccable à l’arrivée, a été étudiée pour être confortable, c’est là aussi une des clefs du succès de la vespa : les femmes peuvent les piloter, même en robe. Succés obtenu a coup de puissance financière et de savoir faire marketing malgré somme toute des solutions techniques peu innovantes, et une réputation de casse-gueule vite établie.



En effet grace à un marketing avisé, tout en étant un produit populaire, la Vespa devint dans l'esprit de tous synonyme de chic.Acquérir une Vespa, c'était opter pour l'élégance. Piaggo sut très tot associer la Vespa à une célèbrité (de John Wayne jusqu'à Helmut Kohl). Le journal "Fortune" la comptait déjà en 1961, parmi les 100 créations classiques du 20ème siècles. Ce qui caractérisait la Vespa, c'était ses formes fluides son apparence dépourvue de sophistication, la simplicité et l'évidence de ses lignes. La vespamania est soigneusement entretenue par des rallyes et sorties de clubs, d’avantageuses conditions commerciales accordées au clergé italien ou d’exploits sportifs. La silhouette de l’engin est popularisée par le cinéma et les premières images de télévision. Avec Gregory Peck et Audrey Hepburn dans "Vacances romaines", elle devient " in ".





Vespa véhicule des stars : Vittorio Gassman, Louis Armstrong, Jean-Paul Belmondo



Et dernier coup de génie marketing Piaggio lance à partir de 1951 la série des calendriersqui remportent aussitôt un grand succès. La Vespa constitue un précieux miroir des époques et des modes qu'elle a traversées, comme le style "dolce vita"ou plus tard les mods . La Vespa est entré dans l'histoire comme un "mythe", une façon d'être, de penser et de s'exprimer elle a été, au cours des décennies, l'interprète de la société dans laquelle elle évolue. Dans le monde entier, la Vespa est le produit typiquement italien, synonyme de liberté, de mobilité et de convivialité. 60 ans après sa naissance, la Vespa a été produite à 16 millions d’exemplaires à travers une centaine de modèles.[/size]
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MessageSujet: Re: Années 50 - Les "Combines" de Robert Rauschenberg- l'Ericofon -Christian Dior -et autres (textes,photos)   Dim 27 Sep - 13:56

Années 50 - Le cinémascope -

Cinémascope le grand spectacle des fifties



"Nous voulons que le public puisse dire qu'il n'existe pas de mauvais films en Cinémascope, de même qu'il peut dire qu'il n'existe pas de mauvaises Cadillac" Spyros Skouras - 20th Century-Fox



Dans le "studio system"  hollywoodien classique des années 40les principaux studios sont au nombre de huit, les "major companies" : MGM, Paramount, Warner, Fox ,RKO et les trois "minors" : Universal, Columbia et United Artists. Comédiens, réalisateurs, scénaristes,  techniciens sont liés au studio par contrat; Le studio contrôle  la production mais aussi la distribution et l'exploitation. Les "majors" possèdent aussi des chaînes de salles de cinéma.
1950 ouvre pour Hollywood le règne de la suspicionavec la généralisation de la chasse aux sorcières de MacCarthy, une période qui verra aussi  l'effritement progressif du monopole des grands studios avec la loi antitrust, le divorce entre distribution et exploitation et l'irruption de la télévision. Un total changement de contexte auquel doit faire face le "studio system" hollywoodien.



En  1951 la fréquentation des salles de cinéma est en chute :90 millions de spectateur en 1948, 46 millions quelques années plus tard. Les producteurs s'inquiètent, les studios cherchent les moyens de ramener les gens dans les salles de cinéma. Hollywood va se lancer dans l'expérimentation de  nouvelles technologies : renaissance du film en couleurs,  essai de film en relief, son stéréophonique et films large écran, techniques visant à démarquer les produits cinématographiques du loisir télévisuel. L'essor des drive-in à la sortie des villes américaines  participe de ce même souci, en offrant aux adolescents un espace hors de vue des parents, moyennant l'abandon de l'écran télévisé.



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Fred Waller - Système de projection Cinerama



Le 30 septembre 1952 au Broadway Theatre de New-York on projette"This is Cinerama".  premier film utilisant le procédé baptisé Cinerama, il restera deux ans à l'affiche. Cette technique, conçue par  Fred Waller, utilise  les prises de vues de trois caméras synchronisées. Le film est projeté sur un écran "extra large" en arc de cercle de 146° par trois projecteurs. Le son est assuré par un autre film 35mm portant 7 pistes magnétiques.



Le Cinérama imposait des contraintes très lourdes,techniquement et financièrement, tant au tournage qu'à la projection : prise de vues avec trois caméras, trois projecteurs synchronisés dans la salle et trois cabines de projections distinctes, mixage du son en direct par un ingénieur du son. De plus le système n'est pas sans défauts : recoupements imparfaits entre les trois images, dédoublement... il nécessite la  modification des salles (avec diminution du nombre de places utiles, l'image étant distordue au delà d'un périmètre précis).



Dix films seulement on été tournés en cinérama, dont huit sont en fait des documentaires destinés à démontrer les possibilités du système, et deux seulement des fictions "How the West Was Won"  (La Conquête de l'Ouest, 1962), et "The Wonderful World of the Brothers Grimm" (Les Merveilleux contes de Grimm, 1962).



Malgré sa diffusion très limitée et ses inconvénients, ce procédé remporta un énorme succèsauprès des spectateurs et il fut l'étincelle qui déclencha la guerre des écrans larges à Hollywood dans les années 50.



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Spyros Skouras et Henri Chrétien



Devant le  succès du Cinéramaauprès des spectateurs les dirigeants de la Fox, Spyros Skouras et Darryl F. Zanuck se persuadent que le seul moyen de conserver des spectateurs est de leur offrir un spectacle que le petit écran ne peut leur donner. Zanuck lance ses ingénieurs dans la recherche d'un procédé qui tout en accroissant les effets de profondeur à l'écran, et l'enveloppement du spectateur ne reprendrait pas les contraintes techniques du Cinérama ni la nécessité de  l'utilisation de lunettes polarisées du cinéma en relief expérimenté à la même époque.



Henri Chrétien (1879-1956), un chercheur français  avait mis au point dès 1925 un système optique à objectif anamorphique l'Hypergonar.L'objectif "comprime" l'image sur la pellicule et restitue sa "vraie" dimension, par effet inverse à la projection, permettant ainsi une image panoramique sans toucher au format 35 mm de la pellicule. Claude Autant-Lara avait tourné un moyen-métrage en 1927 utilisant ce procédé,  "Construire un feu" d'après une nouvelle de Jack London. Le film est terminé en 1930 mais le  procédé rencontre l'hostilité des exploitants de salle te l'affaire n'aura pas de suite... en France. Il est repris en 1952 par la 20th Century-Fox qui rachète les droits d'utilisation du procédé ainsi que les objectifs existants, et les ingénieurs du studio mettent au point à l'aide de ce brevet le procédé Cinémascope.



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Matériel promotionnel de la Fox pour The Robe en Cinemascope



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Roxy Theater, le premier cinéma à projeter un film en Cinemascope - Ne"w-York 1953



"The robe" (La Tunique - Henry Koster) dont le tournage avait commencé, est arrêté pour être repris en Cinemascope.Le tournage fut techniquement assez difficile, la Fox ne dispose que de trois objectifs qui par ailleurs ne sont pas adaptés au matériel utilisé entrainant des problèmes de vignettage de perte de luminosité et des problèmes de mise au point." Le procédé en lui-même présente aussi des inconvénients : avec un rapport d'anamorphose de 2  l'image projetée couvre une surface d'écran double de celle qui serait obtenue en l'absence d'anamorphose elle est donc deux fois moins nette et deux fois moins lumineuse.



[size=16]http://www.dailymotion.com/video/x2iqxa_la-tunique-trailer_shortfilms[/size]


La première projection publique a eu lieu le 16 septembre 1953au Roxy, à New York. C'est un immense succès.qui rapportera au total près de 36 millions de dollars aux États-Unis



Zanuck annonce que tous les films produits par le studio le seront  désormais en Cinemascopeet en couleurs ajoutant "a ce stade du développement du Cinemascope nous devons sélectionner uniquement les scénarios qui soulignent clairement les ingrédients utiles non seulement pour l'histoire mais également pour l'exploitation du scope" Spyros Skouras déclare : "Nous voulons que le public puisse dire qu'il n'existe pas de mauvais films en Cinémascope, de même qu'il peut dire qu'il n'existe pas de mauvaises Cadillac". Le procédé originel de la Fox comportait l'écran large, l'anamorphose de l'image, un son stéréophonique 4 pistes magnétiques et un écran particulier (miracle screen). Devant les réticences des exploitants face aux coûts des investissements nécessaires seuls demeurèrent  l'anamorphose et l'écran large.



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En 1953, aux États-Unis, cinq films sortent en Cinémascope :trois sont produits par la Fox ("La tunique" (The Robe), "Comment épouser un millionnaire"(How to Marry a Millionaire de Jean Negulesco avec Marilyn Monroe), "Tempête sous la mer" ( Beneath the 12-Mile Reef de Robert D Webb) ,un par la Metro Goldwyn Meyer ("Les chevaliers de la table ronde " Knights of the Round Table de Richard Thorpe), un par Warner Bros ("la poursuite dura 7 jours" The Command de David Butler)



La 20th Century Fox organise la présentation du Cinémascope au Tout Paris du cinéma et de la pressele 18 juin 1953 au Rex, c'est également au Rex, en même temps qu' au Normandie  que "La tunique" commencera sa carrière le 4 décembre 1953, avec en première partie le  premier film français tourné en Cinémascope, un court métrage documentaire de Marcel Ichac "Nouveaux Horizons"



L'adoption de ce procédé entraine pour les salles de cinéma des travaux coûteux,rapidement réalisées aux États-Unis, puis pratiquement imposées aux salles européennes, ce qui amènera d’ailleurs en France  quelques polémiques anti-américaines.  Fin 1955, plus de 25 000 salles dans le monde sont équipées pour projeter en Cinémascope.  D'autres techniques concurrentes  verront le jour comme la Vistavision, le Warnerscope, le Superscope mais sans connaître le succès du Cinemascope.



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The Robe auc Chinese Thater de Los Angeles en 1953



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Vertigo en Vistavision - Alfred Hitchcock 1958



En 1954, environ une quarantaine de films sont tournésen format "wide screen"  et en 1955, plus de 100, dont le deuxième film de Lang avec la MGM, "Les contrebandiers de Moonfleet" tourné en Cinémascope malgré les réticences du réalisateur qui n'aimait pas ce format "bon seulement pour les serpents et les enterrements" et "La Main au collet" (To Catch a Thief) d'Alfred Hitchcock tourné avec un procédé concurrent le Vistavision (Contrairement aux systèmes habituels, le défilement de prises de vues se faisait horizontalement) mis au point par la Pramount pour "Noël Blanc" (White Christmas) de Michal Curtiz en 1954. Il tournera  "Vertigo" en 1958 avec ce même procédé, qui a aussi a son palmarès "Les dix commandements"  (Cecil B. D Mile - 1956)



En 1955 pour augmenter la définition de l’image la Fox développa le CinémaScope 55,qui consistait à tourner sur une pellicule négative 55 mm (sur 8 perforations), puis à tirer les copies sur positif 35 mm après réduction optique.



Le Cinemascope n'est pratiquement plus utilisé depuis 1965.



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"Les dix commandements" - Charlton Heston - 1956




Enfin c'est terminée!!!! je ne posterai plus autant,trop fatiguant à toujours recommencer!!!!


bonne après midi 1    Ninnenne       blog de partage   
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